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Les Mamans du Congo

« On chante pour donner du courage aux femmes »

Emmené par la charismatique Gladys Samba, ce groupe féminin revisite les berceuses bantu. Et entend bien préserver cet héritage culturel sur fond de modernité et d'émancipation.


Dirigé par la chanteuse et percussionniste charismatique Gladys Samba, le groupe féminin Les Mamans du Congo voit le jour en 2018 à Brazzaville. © Kinzenguele
Dirigé par la chanteuse et percussionniste charismatique Gladys Samba, le groupe féminin Les Mamans du Congo voit le jour en 2018 à Brazzaville. © Kinzenguele
Coups de fourchette, frappes de pilon, tintement d'assiettes… L'univers sonore des Mamans du Congo est posé. Et la métaphore, filée. Si la femme doit être assignée à la cuisine, elle fera de ses ustensiles des armes de résistance. C'est donc à l'aide d'instruments ménagers et autres matériels de récupération que les cinq membres du groupe rythment leurs berceuses bantu insufflées en lari. « Nous répétons souvent nos morceaux au bord de la rivière Djoué, à Brazzaville, là où les mamans se rendent pour laver leur linge et faire la vaisselle, glisse Gladys Samba, leadeuse de cette formation née en 2018 à l'initiative de l'Institut français du Congo. C'est devenu une habitude pour elles de nous accompagner. Nous chantons pour leur donner force et courage dans leur labeur », revendique celle qui n'a jamais chômé.

Recueillie par sa tante à la mort de son père, Gladys Samba a commencé à travailler dans les champs de manioc de son village dès son plus jeune âge. De retour à Brazzaville, elle intègre une école technique et décroche un diplôme en secrétariat. La guerre éclate, et la voilà de nouveau dans son village à s'atteler à la préparation de fufus. « Il fallait que je travaille, je ne pouvais pas baisser les bras », se souvient celle qui finira par décrocher le concours des Beaux-Arts de Brazzaville et à enseigner l'art plastique au CEG Angola libre.

C'est cette résilience que Gladys Samba chante au sein des Mamans du Congo, dont l'imaginaire puise directement dans le patrimoine culturel de l'ancien royaume du Kongo, reconnu pour sa société matrilinéaire. « Cette organisation a subi plusieurs modifications, mais à l'origine, la femme était l'égale de l'homme et travaillait dans les champs comme lui. Le modèle s'est ensuite renversé. Les femmes ont été réduites aux tâches ménagères et ne pouvaient ni recevoir d'éducation ni travailler », détaille cette activiste qui intervient aussi auprès des jeunes mères via l'association Femme du foyer (AFF) qu'elle a créée et qu'elle préside. « J'encourage les femmes à connaître leurs traditions pour les moderniser. Et ainsi accéder à l'émancipation, clame celle pour qui l'autonomie financière tient une place essentielle au programme. Également gérante du restaurant Kudia, situé dans le quartier populaire de Bacongo, elle apprend ainsi aux femmes à gérer un commerce ou une petite entreprise.

Si Gladys Samba agit sur le terrain, sa voix et celles de ses acolytes résonnent d'autant plus fort auprès de la nouvelle génération grâce à la musique, qu'elle conçoit comme un outil pédagogique. « Aujourd'hui, les jeunes Congolais écoutent essentiellement des musiques urbaines. C'est pourquoi on a jugé bon de mélanger les influences pour les sensibiliser. » Le combo féminin a ainsi fait appel au producteur français Rrobin pour secouer les mélodies traditionnelles à grand renfort de beats hip-hop et d'arrangements électroniques.

Les comptines, tantôt rappées tantôt chantées en chœur, narrent le quotidien des Congolaises, évoquent la pression familiale ou celle de la société à l'endroit des femmes, les questions d'éducation et de travail. Le fruit de cette collaboration a donné naissance à un album dont la sortie est prévue le 13 novembre (label Jarring Effect), que les Mamans du Congo espèrent défendre début 2021 sur scène – si le contexte de crise sanitaire le permet – à Dakar, Saint-Louis, Kinshasa, Brazzaville ou encore Pointe-Noire. La meilleure façon pour Gladys Samba de sauvegarder une coutume qui tend à se perdre. « Les mamans ne connaissent plus nos berceuses par manque de transmission. J'ai senti l'urgence de réinvestir ce terrain-là pour préserver notre culture », martèle celle qui est allée se documenter auprès des plus anciennes générations. Une manière aussi de rendre hommage aux « grands-mères du Congo ».


Source Le Point.fr/Afrique

Eva Sauphie
Rédigé le Mercredi 18 Novembre 2020 à 23:09 | Lu 181 fois | 0 commentaire(s)





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