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Zao, un rescapé du Congo

L’artiste recoud ses plaies


Zao
Zao
Même si sa verve a perdu un peu de son piment, Zao a conservé son côté mordant : "ce nouveau disque est une suite logique. Après avoir fait la guerre, l’ancien combattant doit panser les blessures pour reconstruire son pays. Il a le devoir de réconcilier les gens même si la tâche est difficile. Cela concerne la situation congolaise mais aussi toute l’Afrique. C’est pourquoi, j’ai trouvé L’Aiguille comme symbole pour recoudre les fils de la société".


A 53 ans, il affiche un dynamisme de jeune homme avec son bob vissé sur la tête et son inséparable guitare. En fait, son aiguille est une piqûre de rappel qui nous montre que le parolier de Goma est bien vivant, comme le titre satirique sur la femme Elle a deux diables. "Je suis un produit de la société et j’observe ce qui se passe autour de moi. En Afrique, lorsqu’une femme passe dans la rue, on la regarde d’abord de face et après on se retourne pour la voir de derrière. Ce sont ses deux diables : le premier nous troue le porte-monnaie et le second nous envoie en prison !", précise l’humoriste.

Dans la même veine La mouche, Ze t’aime et Chérie Ani ont l’étoffe d’être des succès et nous renvoient à la grande époque de l’artiste, celles des années 1980 avec les standards que sont devenus Soûlard, Moustique ou Sorcier ensorcelé. Pour cette nouvelle production, le musicien a écrit une partition aux couleurs arc-en-ciel avec des touches blues, zouk et salsa, en dehors de la traditionnelle rumba congolaise.

Nzonzi

Chroniqueur social, poète ironique, porte-parole comique, quels que soient les qualificatifs, Zao a forgé son identité en s’inspirant d’un patrimoine congolais : le Nzonzi. "Chez nous, le Nzonzi est à la fois un sage et un juge qui essaye toujours de faire la part des choses. Le choix de ses mots est juste car il se veut équitable dans ses critiques". Et ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le chanteur a voulu rester dans son pays même au plus fort de la crise, contrairement à d’autres artistes africains qui ont choisi l’exil en occident.


Pour lui, il est nécessaire d’être proche de ses concitoyens pour créer : "si je vivais à Paris, par exemple, je n’aurai pas la même inspiration car l’humour français est différent". Très attaché à son Congo natal, Zao a d’abord été instituteur avant d’embrasser une carrière artistique. Un rôle d’enseignant qu’il a pris au sérieux même si le rire était un élément indispensable dans sa classe : "je me souviens de Paul, un élève à qui j’avais demandé de me garder dans son pupitre un morceau de pain, car l’inspecteur arrivait et naturellement il ne devait pas me voir en train de manger. Et au milieu du cours, l’enfant se lève et me dit : maître, voici votre pain ! C’est une histoire qui m’a beaucoup marqué". Aujourd’hui, le pédagogue poursuit son travail d’éducateur à sa manière.

En dehors de ses chansons, le grand frère a créé une sorte d’école de musique à Brazzaville, l’espace Zao, où il initie à la guitare les jeunes musiciens en herbe. Une manière peut-être de susciter des vocations de chansonnier auprès d’une génération davantage tournée vers la danse du n’dombolo de son voisin Kinshasa. Car, ne l’oublions pas, depuis la disparition du Camerounais Francis Bebey, l’amuseur public congolais est quasiment unique sur le continent, avec le burkinabé Zêdess. Alors, profitons-en, et partageons sans retenue son expérience et sa vision de la société africaine !


Zao, L’aiguille (Lusafrica/Sony-BMG/2006)
En concert le 14 octobre au Cabaret Sauvage, à Paris

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Daniel Lieuze/rfimusique.com
Rédigé le Samedi 15 Juillet 2006 à 17:21 | Lu 2883 commentaire(s)




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