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Yahima Torres

La venus Noire

Au premier regard, Abdellatif Kechiche a choisi l’explosive YAHIMA TORRES pour incarner sa Vénus noire, une jeune Africaine qui se rêvait artiste et devint le jouet d’Européens aux fantasmes pervers. Un rôle violent, bouleversant, qu’elle endosse avec assurance. Portrait d’une débutante qui a trouvé sa voie.


Yahima Torres
Yahima Torres
Yahima Torres a vu le jour une première fois à Cuba, un 14 juin. Un mercredi 8 septembre, sur une autre île, on a assisté à l’éclosion d’une actrice. C’était à Venise, sur les terres du génie cinéphage et polyglotte Marco Müller, directeur artistique de la Mostra depuis 2004. On la rencontre juste avant la première de Vénus noire, le nouveau Kechiche dont elle est l’interprète principale. Le premier jour du reste de sa vie, en somme. Dans les jardins du très chic hôtel Quattro fontane, on attend donc la « révélation », forcément curieux de découvrir la nouvelle muse d’Abdellatif Kechiche. Celle qui, après Sara Forestier et Hafsia Herzi, est venue confirmer ce dont on se doutait : le réalisateur dispose d’un sixième et même d’un septième sens. non seulement il flaire les comédiennes talentueuses sous leurs frusques de débutantes, mais il sait les diriger comme personne. Sous son aile, Yahima Torres interprète de manière parfaitement convaincante Saartjie Baartman, cette jeune sud-africaine exhibée en Europe comme un animal de foire, la «Vénus hottentote» dont la dépouille fut disséquée en 1815 par l’académie des sciences– déçue de n’avoir pas pu observer plus tôt ses parties génitales hypertrophiées – avant d’être exposée au musée de l’Homme jusqu’en 1976. Un personnage historique, devenu le symbole politique de l’oppression du peuple noir (la France et l'Afrique du Sud se sont écharpées pendant près de dix ans avant que Paris n’accepte de restituer le corps à la ville du Cap), et sur lequel repose toute la crédibilité du film.

LEGERETE
D’abord, un éclat de rire. Puis Yahima Torres entre dans notre champ de vision. solaire, explosive. À des années lumières de la femme-objet introvertie découverte dans le film. On reconnaît en revanche la puissance féline et la grâce maladroite des mouvements, terriblement féminins. Et on imagine sans mal l’effet que le tout produisit sur le réalisateur cinq ans plus tôt lorsque, assis à la terrasse d’un café de Belleville, il vit passer sa déesse callipyge. « Il m’a dit avoir été saisi par ma présence, raconte Yahima. Enfin, c’est son assistante qui m’a interpellée car Abdel n’est pas le genre à aborder une fille dans la rue en lui fai-sant le coup du réalisateur qui cherche une fille pour jouer dans son film. » À l’époque, Kechiche est en pleine préparation de La Graine et le mulet, mais il a déjà l’idée de porter à l’écran l’histoire de saartjie Baartman. Quant à Yahima, elle vient de quitter La Havane pour Paris et donne des cours d’espagnol en attendant mieux. Entre eux, les choses en restent là, jusqu’à une nouvelle rencontre, toujours par hasard, en 2008. Le projet «Black Venus » en est cette fois au casting et Yahima est recrutée sans grand suspens : aucune actrice ne ressemble plus qu’elle à saartjie. Mais ses rondeurs naturelles ne suffiront pas à endosser le rôle de la jeune femme. Durant les neuf mois qui précèdent le tournage, Yahima prend treize kilos, suit des cours d’afrikaans, mais aussi de théâtre, de danse, de chant et de violon. Elle apprend à camoufler son accent cubain et à gérer sa respiration «avec le ventre, pour donner à Saartjie une voix plus grave», presque caverneuse. au dernier moment, elle se rase la tête. Canon de beauté peu commun, elle en garde un excellent souvenir : «Peu importe la transformation physique ; pour un tel rôle j’étais prête à tout. »

Yahima Torres
SINCERITE
Saartjie, Yahima en parle presque comme d’une amie qu’elle « respecte infiniment ». Là où Kechiche entretient un mystère volontairement dérangeant – sur les motivations réelles de Saartjie, sur sa relation avec Caezar, l’homme pour qui elle travaille –, l’actrice ne veut voir qu’une «artiste douée et généreuse. Une femme moderne qui a quitté l’Afrique pour l’Europe, seule, à une époque où cela ne se faisait pas et après avoir vécu la pire des douleurs pour une femme : perdre ses enfants ». La dimension politique du film? Elle n’y pense pas. Comme tout le monde à Venise, elle a entendu le réalisateur dresser un parallèle sans équivoque entre son film, une histoire «de classe, de mépris et de préjugés », et les expulsions de roms en France. «En ce moment les mots sont libérés sur le racisme et la xénophobie. J’ai voulu rappeler un passé pas si lointain ni très glorieux pour nous Français, et dire : attention à ne pas considérer l’étranger qui vient vers nous comme un être différent », avait lancé Kechiche au cours d’une conférence de presse à l’atmosphère tendue. On avait alors senti le réalisateur parvenu à un tournant dans sa carrière, engageant son récit et ses peintures de l’exclusion sociale hors des frontières de l’hexagone, après avoir conclu ce qui constitue, avec du recul, une trilogie naturaliste sur l’identité française (La Faute à Voltaire, L’Esquive, La Graine et le mulet).

FRAGILITE
À ce sujet, Yahima ne veut rien dire. Tout juste concède-t-elle : «Je sais ce que c’est que de quitter son pays dans l’espoir d’améliorer sa vie. » Elle qui s’est sentie «bien accueillie par la France» raconte la descente aux enfers de son personnage – foire aux monstres, salons libertins, bordel puis trottoir – avec un détachement candide en complet contraste avec la profondeur de son jeu. On la sent à la fois sincèrement touchée et totalement extérieure. une légèreté qu’elle assume et qui fait sa force, selon abdel Kechiche, qui y a vu l’opportunité de pousser l’actrice « loin dans l’émotion, sans qu’elle en soit meurtrie». grâce à lui, une jeune femme a trouvé sa voie. Désormais Yahima ne veut plus qu’une chose: jouer. «Pas forcément un personnage aussi puissant, réfléchit-elle. Quoique… Je crois que c’est ce qui me plaît, au fond, dans ce métier. »


Par Pamela Messi
Rédigé le Jeudi 28 Octobre 2010 à 09:41 | Lu 4124 fois | 0 commentaire(s)






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