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Winnie Mandela

L'icône de la lutte anti-apartheid n'est plus

Aux côtés de Nelson Mandela, cette militante avait consacré son existence à la lutte contre le système de l'apartheid. Elle s'en est allée le 2 avril 2018 à l'âge de 81 ans. Retour sur son parcours hors norme.


Winnie Mandela à Brazzaville à l'investiture du Président Congolais le 14 août 2009 © Wilfrid Massamba
Winnie Mandela à Brazzaville à l'investiture du Président Congolais le 14 août 2009 © Wilfrid Massamba
« C'est avec une grande tristesse que nous informons le public que Mme Winnie Madikizela Mandela est décédée à l'hôpital Milpark de Johannesburg lundi 2 avril », a déclaré Victor Dlamini, le porte-parole de l'icône de l'ANC dans un communiqué. Née en 1936 à Bizana (Cap oriental), Nomzamo (qui signifie « celui qui s'efforce ») Winifred Zanyiwe Madikizela, dite Winnie Mandela, est décédée à l'âge de 81 ans des suites « d'une longue maladie ». Elle fut l'épouse du premier président noir d'Afrique du Sud, Nelson Mandela. Plus qu'une icône, Winnie Madikizela Mandela a sacrifié sa vie pour lutter contre le système de l'apartheid en Afrique du Sud.

« J'étais mariée à l'ANC. C'était le meilleur mariage que j'ai jamais eu »

Elle est devenue toute jeune, en 1955, la première assistante sociale noire du pays dans un hôpital de Soweto, le township noir de Johannesburg. Le lieu de cristallisation des injustices dont souffrent les populations noires du pays. « J'ai commencé à me rendre compte de la pauvreté abjecte dans laquelle la plupart des gens étaient forcés de vivre, des conditions épouvantables créées par les inégalités du système », a-t-elle confié, des années plus tard.

C'est en 1957 près d'un arrêt de bus qu'elle rencontre Nelson Mandela, alors jeune avocat. « Je ne sais pas si quelque chose comme l'amour peut naître au premier regard, mais je sais parfaitement qu'au moment même où j'ai vu Winnie Nomzamo, j'ai voulu l'avoir pour femme », écrit-il dans son autobiographie, Un long chemin vers la liberté. Ils se sont mariés un an plus tard et ont eu ensemble deux enfants : Zenani Mandela-Dlamini et Zindzi.

Cependant, sa vie de mariage avec Mandela a été de courte durée, comme il a été arrêté en 1963 et condamné à la prison à vie pour trahison. Mandela a finalement été libéré en 1990. Durant le séjour de Mandela en prison, Madikizela-Mandela n'a pas été épargnée par les forces de l'apartheid. Elle a été placée en résidence surveillée et exilée un moment à Brandfort, une ville de l'État libre.

« Nous – Nelson et moi – n'avons jamais vraiment donné une chance à notre couple. Voyez-vous, je comprends vraiment les femmes d'autres prisonniers. Certaines ne pouvaient pas faire face à la situation. Affonter la vie en prison. Personne n'a jamais accordé une pensée à ces femmes », confiait des années plus tard Winnie Mandela. « Moi, d'un autre côté, je sentais qu'il était de ma responsabilité de maintenir le nom, l'héritage de Nelson Mandela, tout. »

En 1969, Madikizela-Mandela devint l'une des premières détenues en vertu de l'article 6 du tristement célèbre Terrorism Act de 1967. Elle fut détenue pendant dix-huit mois dans une cellule condamnée à la prison centrale de Pretoria avant d'être inculpée en vertu de la loi sur la répression de 1950. « J'étais mariée à l'ANC. C'était le meilleur mariage que j'ai jamais eu », a-t-elle souvent dit pour justifier ses choix et ses combats.

Dans le Soweto des années 80, Winnie, qui était surnommée la « mère de la nation », aurait notamment encouragé la violence pendant la lutte contre le régime ségrégationniste à travers le Mandela United Football Club. Elle se retrouve accusée de violence et de meurtre : en 1988, son club, qui est en fait un véritable gang, tue un jeune militant de 14 ans, Stompie Sepei, semble-t-il sur les instructions de Winnie. Elle sera jugée et condamnée à six ans de prison. Assignée à résidence à Brandfort – « un tombeau vivant » –, l'opposante, courtisée par les médias internationaux, assume d'être prête à tuer pour la liberté. Ne craignant rien ni personne, Winnie, qui recrute avec Chris Hani et Oliver Tambo les soldats d'Umkhonto we Sizwe, la branche militaire du Congrès national africain, joue aussi les courroies de transmission entre le terrain et le prisonnier légendaire dont le monde entier exige la libération.

Une figure toujours en lutte

The 81-year-old anti-apartheid hero and ex-wife to Nelson Mandela was only recently awarded an honorary degree by Makerere University in Kampala.
The 81-year-old anti-apartheid hero and ex-wife to Nelson Mandela was only recently awarded an honorary degree by Makerere University in Kampala.
L'image de Winnie tenant la main de Mandela au jour de sa libération de la prison Victor Vester du Cap, le 11 février 1990, masque la réalité. En 1991, elle a été reconnue coupable d'enlèvement et d'être un complice de l'agression de Stompie Seipei, une jeune activiste qui a été tuée par un membre de ses gardes du corps, le Mandela United Football Club. Les gardes du corps de Madikizela-Mandela avaient enlevé Seipei, 14 ans, en 1989, avec trois autres jeunes, de la maison du ministre méthodiste Paul Verryn.

Sa peine d'emprisonnement de six ans a été réduite à une amende et à une peine de deux ans avec sursis en appel. Son mariage avec Mandela a commencé à prendre l'eau quelques années après sa libération. Mariés en 1958, Nelson et Winnie ont divorcé en avril 1996, plusieurs années après leur séparation. Bien que Winnie ait été aux côtés de son mari lors de sa libération en 1990, les relations du couple s'étaient très vite dégradées.

Après les premières élections démocratiques en 1994, Madikizela-Mandela est devenue députée et a été nommée vice-ministre de la Culture dans le premier gouvernement post-apartheid, elle est renvoyée l'année suivante pour insubordination, elle reste députée et présidente de la Ligue des femmes. Ses méthodes intransigeantes et son refus de pardonner contrastaient fortement avec la réconciliation adoptée par son mari Nelson Mandela alors qu'il travaillait à forger une démocratie stable et pluraliste à partir de la division raciale et de l'oppression de l'apartheid. Apparaissant à la Commission vérité et réconciliation (CVR) créée pour dénoncer les atrocités commises par les deux camps dans la lutte contre l'apartheid, Madikizela-Mandela a refusé de montrer des remords pour les enlèvements et les meurtres commis en son nom. Ce n'est qu'après avoir supplié l'ancien président de la TRC, l'archevêque Desmond Tutu, qu'elle a admis à contrecœur que « les choses se sont horriblement mal passées ». Dans son rapport final, la CVR a jugé que Madikizela-Mandela était "politiquement et moralement responsable des violations flagrantes des droits de l'homme commises par le MUFC". Au fil des années, Madikizela-Mandela a perdu de son statut public. Elle est même devenue une personnalité controversée et son rôle dans la lutte de l'ANC est souvent relégué au second plan au profit de ses frasques judiciaires. Mais l'icône et mère de la nation arc-en-ciel a toujours dit de son vivant : « Je ferais tout ce que j'ai fait à nouveau si je devais le refaire. Tout. »


Source afrique.lepoint.fr


LE POINT AFRIQUE
Rédigé le Mardi 3 Avril 2018 à 04:00 | Lu 3351 fois | 0 commentaire(s)






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