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Wanderlei Coelho

Portraits : noirs dans l'élite brésilienne

Wanderlei Coelho a eu une enfance assez pauvre. Son frère et lui furent élevés par leur mère dans une baraque de bois de Vila Madalena, au cours des années durant lesquelles le réduit bohémien était encore habité par la classe moyenne basse de São Paulo.


Par Elaine Cotta et Adriana Nicacio

Adalberto Camargo
Adalberto Camargo
La présence des afrodescendants dans les classes sociales A et B passe de 9% à 15,8%. Faites connaissance avec certains des hommes qui ont conquis leur place au sommet de la pyramide.

Il fut cireur, vendeur de tapis, office boy, chauffeur de taxi et mécanicien. “Mon objectif était de gagner ma vie comme tout le monde”, dit-il. Et il a réussi.

Aujourd’hui, il est propriétaire d’une boite de nuit d’une capacité de deux mille places à São Paulo, d’un restaurant, d’une entreprise de Production événementielle et associé d’une entreprise de construction. Il a également investi dans l’immobilier et dans une école primaire.

Comment en est-il arrivé là? En plus de beaucoup travailler, il a fait des études de Droit. Une fois formé, il a monté un cabinet d’avocat, qui offrait également des services d'une agence immobilière et d’expédition, mais il a fini par se faire une place dans le monde des spectacles.

Je savais que si j’étudiais et que je me battais beaucoup, je réussirais à sortir de cette misère ”, raconte-il. A 52 ans, il est fier d’être le propriétaire d’une maison évaluée à plus de R$ 1 millions à Alphaville, quartier noble de São Paulo, d’une Mercedes SLK 200, d’une Pajero Sport, d’une Montana et de 15 autres immeubles.


L’histoire de la vie de Joaquim Barbosa est similaire. Avec un salaire mensuel qui représente le plafond salarial dans la fonction publique –même le président de la République gagne moins que lui ( il gagne d’ailleurs trois fois moins), le premier ministre noir du Tribunal Suprême Fédéral débuta sa vie professionnelle en tant que balayeur.
Fils aîné d’une fratrie de huit enfants, d’un maçon et d’une maîtresse de maison, Barbosa avait l’habitude de nettoyer la salle de bain du Tribunal Régional Électoral du District Fédéral en chantant en anglais avec un accent parfait.

Il laissa bouche-bée le directeur du tribunal d’alors Luz Cunha, qui le prit sous son aile. Il obtint un meilleur emploi et entreprit dès lors de reprendre ses études. Aujourd’hui, à 52 ans, Barbosa qui parle quatre langues est titulaire d’une maîtrise et d’un doctorat en Droit Public de l’Université de Paris, titulaire d’une maitrise de l’ UnB, professeur diplômé de l’UERJ et professeur invité de l’Université de Columbia, à New-York, et de l’Université de Californie.

Ma nomination est le couronnement d’une carrière ”, avait-il déclaré lors de sa prise de fonction. “J’espère que dans les prochains dix ou quinze ans, une indication comme celle-ci (d’un noir) deviendra une chose banale. J’accepte ainsi le fardeau, et c’est là le prix que je dois payer.”

Ce rêve de Barbosa a déjà commencé à donner des signaux de possible concrétisation. C’est pour le moins ce que démontre une recherche faite par l’Institut des Études du Travail et de la Société avec une base de données de la Pnad, de l’IBGE.
Les chiffres indiquent qu’en 2004, les afrodescendants étaient 15,8% dans l’élite (représentée par les 1% des plus riches du Pays), une évolution par rapport aux 9,1% confirmés par un indice similaire en 1992.

C’est un résultat important qui doit être célébré”, indique Hélio Santos, professeur de la Fondation Visconde de Cairu ( Bahia) à DINHEIRO . Selon lui, ce changement a commencé à s’effectuer grâce à une série de politiques publiques orientées vers l’inclusion sociale des noirs qui ont commencé à être élaborées à partir des années 90.

Mais l’idéal serait de représenter dans les 25%”, affirme-t-il. L’économiste Mário Theodoro, de l’Université de Brasília, va dans le même sens. À la demande de l’Institut Ethos, il a mesuré le coût du racisme pour l’État brésilien et est arrivé à un chiffre : R$ 67,2 milliards.

Ce coût, selon lui, représente ce que le Brésil n'a pas investi tout au long de l'Histoire –et qu'il devrait investir dès à présent —pour réduire le fossé qui existe entre les noirs et les blancs quand on parle de l'éducation, du logement d'habitation, et du système sanitaire.

"C'est un débat qui commence à peine à affleurer. Il y a encore beaucoup à faire pour atteindre l'idéal", affirme-t-il. Hélio Santos rappelle que le Brésil compte 80 millions de noirs, soit le double de la population argentine, qui attendent une chance d'inclusion sociale.


Quand ils arrivèrent au Brésil fuyant les misères vécues dans leurs pays d'origine, les immigrants européens avaient déjà, presque tous un domicile et un emploi garantis. Un privilège qui ne fut jamais donné aux plus de 750 000 noirs qui pendant plus de 350 ans ont travaillé comme esclaves dans les exploitations agricoles éparpillées dans les Pays. "S'il y des noirs dans l'élite, cela a beaucoup à voir avec l'effort qu'ils ont fait pour conquérir leur place", affirme Santos. Aujourd'hui, même s'ils représentent 46,4% de la population économiquement active, les noirs gagnent la moitié des salaires payés aux blancs.

Même parmi ceux qui possèdent des niveaux de scolarité, le salaire est 30% moins élevé, selon une étude effectuée par l'Institut Ethos.

La situation est encore pire pour les femmes. Elles gagnent à peine 46% par heure de ce que gagnent les hommes. "Être noir m'a obligé à faire plus d'efforts. Je devais toujours prouver que j'étais au moins deux fois plus compétent, mais la charge (de travail) a toujours été supérieure", confesse Domingo Ramos, qui à à peine 30 ans coordonne le département de contrôle dépendant de la multinationale DuPont dans toute l'Amérique Latine.

Fils d'un électricien et d'une maîtresse de maison, l'administrateur d'entreprises , titulaire d'un MBA de l'USP a déjà mené des projets en Holande et vécu aux États-Unis. "Des fois, je me sentais une étoile solitaire, car j'étais le seul noir dans la salle à l'université", lance-t-il. Ressentait-il un sentiment de solitude? "Non. De frustration. Cela doit changer un jour."

Le directeur Commercial chez Siemens, César Almeida, a la même opinion. A 42 ans, il affirme être fier de pouvoir offrir une vie confortable à ses trois três filhos, mais se plaint du fait qu'il n y ait pas plus d'engagement du gouvernement pour amplifier les politiques publiques d'inclusion. "C'est triste de voir que le nombre de noirs dans la favela et dans la population carcérale grandit de plus en plus."

Dans une tentative de renverser ces chiffres il faut évidemment et, bien sûr améliorer leur image, de nombreuses entreprises ont commencé à mettre en place des programmes de diversité et d'inclusion raciale. L'un d'eux est coordonné par Osvaldo Nascimento, cadre chez IBM. La compagnie, aux côtés d'institutions elles que Itaú et HSBC, qui fut l'une des pionnières dans le développement de ce type d'action a créé des projets spéciaux pour embaucher des stagiaires afrodescendants et offre des cours de formation et de langues. "Nous voulons réduire le fossé qui existe dans la formation entre les jeunes noirs et les jeunes blancs qui arrivent sur le marché du travail ", affirme-t-il. Fils d'un tailleur et d'une maitresse de maison, Nascimento a fait une formation en ingénieurie à l'Université Mackenzie.

Après avoir effectué un stage en Angleterre, il étudie à l'Unicamp, fait sa spécialisation à Harvard et un MBA à la Fondation Dom Cabral. Il peut être considéré comme un exemple de ceux qui sont arrivés au sommet de la pyramide, tout comme Antonio Carlos Buenos, directeur des Ressources Humaines de Bradesco, César Nascimento, propriétaire d'un Cabinet Conseil et ancien cadre dans des corporations telles que Price, Thompson et Microsoft, ou encore l'homme d'affaires de 82 ans Adalberto Camargo, élu en 1966 le premier député noir au Brésil.

Malgré cela, le nombre de noirs occupant des postes de direction dans les grandes entreprises est encore très faible. "Ils sont moins de 2% dans un Pays ou la population afrodescendante représente 54% ", alerte l'avocat Humberto Adami, un autre exemple de réussite qui défend des causes comme celle prévoyant la création de quotas pour les noirs dans les universités. Il rappelle que bien que le Brésil s'identifie comme un Pays multiracial, il y a encore beaucoup de chemin à faire. "Un jour j'étais avec Joaquim Barbosa dans un restaurant à Ipanema, à Rio, on attendait l'arrivée de nos voitures et une dame nous a donné les clefs de son véhicule en pensant que nous étions des voituriers", raconte-t-il.

"Il existe encore dans l'inconscient des gens l'idée qu'un noir en costume est voiturier ou agent de sécurité dans un supermarché ." César, de Siemens, a également une histoire intéressante : "J'ai pris un taxi à l'aéroport et quand j'ai dit que je partais à Alphaville, le taximan m'a demandé dans quelle équipe de foot je jouais", raconte-t-il. Cela semblait être une blague.

Mais, ils rappellent que inconsciemment, les gens imaginent que les noirs ne réussissent à gagner l'argent que dans les sports ou en tant que chanteur de pagode. Un fait erronné qui s'explique également par une autre statistique : les afrodescendants représentent 66% des 10% des plus pauvres de la population


Traduit par Guy Everard Mbarga



http://www.terra.com.br/istoedinheiro/455/economia/negros_elite.htm



Guy Mbarga
Rédigé le Lundi 9 Juillet 2007 à 15:43 | Lu 818 commentaire(s)




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