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South by SouthWest

L’Afrique de l’innovation a voulu faire entendre sa voix


L'entrée de South By SouthWest, à Austin (Texas).© Samir Abdelkrim
L'entrée de South By SouthWest, à Austin (Texas).© Samir Abdelkrim
Un rituel bien huilé depuis 1987. Chaque année au mois de mars, Austin, la capitale du Texas, se transforme en gigantesque forum de l’innovation avec le festival South By SouthWest. Et cette année encore, le festival texan a déplacé les foules avec plus de 45 000 participants. Au programme, des centaines de panels et autres keynotes pour découvrir les tendances technologiques des cinq prochaines années. Des promesses de la santé connectée aux possibilités offertes par l’intelligence artificielle, en passant par l’expansion internationale du mouvement Maker.
Et l’Afrique 2.0 dans tout ça ? La Banque mondiale et le réseau d’incubateurs africains Afrilabs ont cette année pris les devants en organisant conjointement plusieurs panels consacrés au boom des start-up africaines et au développement des écosystèmes sur l’ensemble du continent. En complément, d’autres panels ont été sélectionné par South By SouthWest pour mettre en lumière le rôle des diasporas numériques africaines, ou bien pour présenter au public américain les récents développements du capital-risque en Afrique.

Pour Tayo Akinyemi, responsable du réseau Afrilabs, il fallait utiliser la caisse de résonance offerte par South By SouthWest pour rappeler que la Silicon Valley n’est plus le centre de gravité mondial de l’innovation. « Promouvoir l’Afrique dans les plus grands événements doit devenir un réflexe, une évidence. Nous sommes venus cette année à South By SouthWest pour valoriser les start-up africaines, et parce que nous voulons que les écosystèmes africains témoignent dans les grandes conférences technologiques, même les plus élitistes. »

Venu du Togo pour parler de l’accélération du mouvement Maker en Afrique, Sénamé Koffi Agbodjinou, un des pionniers du mouvement FabLab en Afrique de l’Ouest, estime qu’il faut aller encore plus loin. « Je me suis promené tout l’après-midi dans l’Exhibition Hall de South By SouthWest, notamment pour rencontrer de possibles fournisseurs en kits Arduino pour équiper le Woelab, notre FabLab à Lomé. Du coup, j’ai visité tous les stands et j’ai malheureusement constaté que chaque continent possédait un pavillon promotionnel représentant et mettant chacun en avant ses start-up. L’Asie, l’Amérique Latine, l’Europe… sauf l’Afrique ! Il faut que l’année prochaine les start-up africaines puissent venir exposer et rencontrer des investisseurs à South By SouthWest, sur un stand unique. Ce n’est pas juste une question de visibilité, mais aussi tout simplement de crédibilité. »


« Africaniser » les grands-messes high-tech

Chaque année, South By SouthWest lance un appel à projets pour convier entre 700 et 800 innovateurs du monde entier à organiser leurs propres panels et à devenir speaker à Austin, le temps du festival. Une opportunité pour les start-up africaines qui peuvent, si elles sont sélectionnées, profiter sur place d’une belle couverture internationale et surtout rencontrer partenaires et possibles investisseurs. Un obstacle cependant, et de taille : les frais de transports et d’hébergement qui restent dans la majorité des cas à la charge des intervenants sélectionnés.
Pour se déplacer, les start-up africaines auront donc pour beaucoup besoin d’être soutenus financièrement. Et devant le silence poli de leurs gouvernements qui refusent de jouer les mécènes en participant aux frais de transport, de plus en plus d’entrepreneurs se prennent en main en levant les fonds nécessaires à leurs déplacements par des campagnes audacieuses de crowdfunding, souvent couronnées de succès. En faisant pour cela appel à la générosité de leurs communautés.

Si l’aventure South By SouthWest représente certainement un budget important, il s’agit d’abord d’un investissement explique l’entrepreneur africain Senam Beheton, cofondateur de l’accélérateur béninois TEKxl. Venu spécialement depuis Cotonou pour représenter les start-up qu’il accompagne en Afrique de l’Ouest, Senam Beheton constate que « l’Afrique reste complètement sous-représentée dans les conférences mondiales sur l’innovation, alors que nous pourrions utiliser ces événements comme des tremplins pour montrer au monde que nous existons ».
Par exemple pour lancer et « marketer » de nouveaux produits qui ne s’adressent pas seulement à l’Afrique, mais à l’ensemble des pays émergents et aussi à l’Occident. « Je viens par exemple de lancer une nouvelle start-up depuis le Bénin, Pikiz, qui est un outil de viralisation de photos en ligne. Notre application, développée par ma jeune équipe dans notre accélérateur à Cotonou jouit d’une forte traction hors d’Afrique et notre plus grosse communauté “d’Early Adopters” est basée en Italie. Et la croissance de notre base utilisateur grossit continuellement, chaque semaine ! ». De quoi aiguiser l’appétit des capitaux-risqueurs et autres business angels venus à Austin détecter de belles pépites dites « scalables » dans le jargon des entrepreneurs du numérique. Senam confie que « les investisseurs de la Silicon Valley sont partout ici à South By SouthWest. On peut les aborder très librement. Parfois même en marge d’un concert sur 6th Street, l’une des rues incontournables d’Austin où tout le monde se retrouve après les longues sessions de la journée ».

Le fait « d’africaniser » les grands-messes high-tech que sont South By SouthWest mais aussi le WebSummit de Dublin ou encore la conférence LeWeb de Paris aidera les écosystèmes numériques africains à se faire connaître auprès des investisseurs, du grand public et plus généralement les poussera à gagner en maturité. Ces conférences permettent aux start-up africaines participantes de suivre au plus près les évolutions technologiques les plus sophistiquées, par exemple dans le e-commerce ou les objets connectés. Les jeunes pousses africaines peuvent aussi y améliorer leurs « business models » en participant aux ateliers donnés par les plus grands spécialistes de l’innovation que sont Guy Kawasaki ou encore Tim Ferriss. Et de recevoir en prime « feedbacks » personnalisés et autres précieux « tips ».

Tout cela est vivement souhaitable concluera Senam Beheton. Mais à condition qu’une autre barrière invisible, trop souvent infranchissable, tombe pour de bon. Celle de la délivrance des visas qui, pour les entrepreneurs africains, doit devenir la règle et non plus l’exception. « On ne compte plus les cas d’entrepreneurs africains invités à participer dans des conférences internationales sur le numérique, et qui, à la dernière minute, ne peuvent pas prendre l’avion, faute de visa délivré à temps. Nos écosystèmes regorgent de ce genre d’anecdotes. Une situation humiliante que, de leur côté, les start-up européennes ou américaines ne connaissent pas, ce qui est un avantage compétitif pour eux et un gros désavantage pour nous. En restant les grands absents des conférences technologiques internationales, combien de belles opportunités sont en train de passer sous le nez des start-up africaines ? ».

Source lemonde.fr

Samir Abdelkrim Entrepreneur et consultant, fondateur de StartupBRICS. com, un blog spécialisé sur l’innovation dans les pays émergents. Depuis un an, il évolue au cœur des écosystèmes start-up et tech en Afrique avec le projet #TECHAfrique, avec une dizaine de pays déjà explorés et des centaines d’entrepreneurs rencontrés.

Par Samir Abdelkrim
Rédigé le Mardi 31 Mars 2015 à 12:19 | Lu 412 fois | 0 commentaire(s)





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