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Soudan

200 000 ans d'histoire

Questions à... Olivier Gabon, auteur, photographe et éditeur de "Soudan. Histoire et civilisations" aux éditions Soleb.


Méroé. Pyramide de Bataré © Olivier Gabon
Méroé. Pyramide de Bataré © Olivier Gabon
Pourquoi consacrer une somme à l’histoire et aux civilisations (vous insistez sur le pluriel dans le titre) du Soudan ?
Par amour pour un pays vivant, méconnu, souvent considéré comme une « annexe » de l’Égypte, dont on ignore la richesse culturelle et dont, généralement, on n’entend parler qu’à l’occasion de drames humains. Au Soudan, des civilisations souvent brillantes se sont succédé entre la Préhistoire et nos jours. Depuis les fouilles de sauvetages rendues nécessaires par la construction du barrage d’Assouan (entre 1960 et 1971) et les fouilles de Kerma, el-Hobagi, Saï, Doukki Gel, el-Hassa, Mouweis… nos connaissances sur de nombreuses périodes historiques ont été renouvelées. Or il n’existait aucune synthèse récente et complète.

Temple du Lion, à Musawwarat es-Sofra, Apédémak — © Claude Rilly
Temple du Lion, à Musawwarat es-Sofra, Apédémak — © Claude Rilly
Quelles innovations historiques ont été mises à jour par la recherche archéologique ces dernières décennies ?
Dans le domaine de la Préhistoire, le processus de domestication du bœuf, probablement « inventé » (du moins pour cette région du monde) en Nubie entre 8 000 et 6 000 est désormais bien établi.

De même, les changements climatiques — « Grand Humide », vers – 6 000, précédé (vers — 10 000) et suivi de périodes plus sèches — et les mouvements de population entre les zones « sahariennes » plus sèches ou plus humides et les bords du Nil plus ou moins hospitaliers sont désormais correctement documentés. La désynchronisation des changements climatiques d’environ cinq siècles entre l’Égypte et le Soudan et son incidence sur les mouvements de population est également une découverte récente.

L’île de Saï, occupée depuis au moins 200 000 avant notre ère et que son insularité a préservée des grands bouleversements (telles que l’implantation de zones industrielles ou la construction massive sur les terres agricoles…) est un « conservatoire stratigraphique » et un laboratoire des pratiques archéologiques. C’est, par exemple, à Saï que les différentes phases de la période « Kerma » ont été mises au jour. C’est à Saï que les traces les plus anciennes, au Soudan, de l’activité humaine ont été trouvées : habitat remontant à 200 000 ans, nodules de pigments d’ocre jaune et rouge et galets ayant servi à les broyer (vers 30 000). Il est à noter que si des traces aussi anciennes que celles de la vallée de l’Omo n’ont pas été mises au jour, c’est probablement dû aux changements fréquents du cours du Nil et à l’enfouissement des vestiges sous des dizaines de mètres de limon.


La recherche archéologique récente a également permis de préciser l’ordre des souverains de Koush et l’attribution des temples et des monuments funéraires. L’existence de certains souverains a été infirmée, la place et la durée de règne de certains autres précisée. Ces datations sont essentielles dans la mesure où, pour le Soudan et pour les périodes anciennes, aucune « chronologie relative » fiable — qui mettrait en parallèle les faits de civilisation du pays avec ceux de l’Égypte, du Proche-Orient ou de l’Afrique, par exemple — n’a pu être établie et que la datation (pour les périodes de Kerma, de Napata et de Méroé) repose donc essentiellement sur l’ordre de succession des souverains et la durée de leur règne.

Grâce à Claude Rilly, auteur de la partie « antiquité » de cet ouvrage, le déchiffrement du méroïtique a fait des progrès substantiels ces deniers temps. Il s’agit d’une langue et d’une écriture dont on sait lire les signes mais dont on connaît mal le vocabulaire et la grammaire. Pour reprendre une expression de Claude Rilly, le chercheur se trouve un peu dans la situation d’un Français familier des lettres du roumain et d’en reconnaître certains mots, mais incapable de lire le journal. Ces dernières années de nombreuses stèles ont été trouvées, dont certaines en très bon état, et le déchiffrement progresse.

Enfin, trois (puis deux) royaumes chrétiens ont prospéré en « Éthiopie » (ancien nom du Soudan, attesté dans la Bible) entre 500 et 1 500. Une civilisation brillante — connue notamment par les peintures des églises de Faras — a vu le jour et a tenu tête à l’Égypte islamisée. Les fouilles polonaises ont renouvelé nos connaissances de cette période et ont fourni d’inappréciables documents aux chercheurs.

Île de Saï, nécropole «Kerma», quatre tumuli princiers (vue aérienne) © Olivier Gabon
Île de Saï, nécropole «Kerma», quatre tumuli princiers (vue aérienne) © Olivier Gabon
Quelle place occupe la photographie dans cette somme historique ?
La photographie joue un rôle très important dont témoigne le nombre de documents présentés : près de 800. Pour les périodes les plus anciennes, il nous semblait essentiel de donner à voir les œuvres et les sites archéologiques dont parlent les auteurs : les lecteurs se rendront probablement compte que le Soudan a produit de nombreux chefs-d’œuvre… et que l’archéologie et l’histoire, disciplines passionnantes en elles-mêmes, permettent, quotidiennement, de côtoyer le beau.

Pour la période comprise en 1820 (conquête de Méhémet Ali) et nos jours, les dessins, les gravures puis les photographies viennent compléter et illustrer de manière vivante la présentation des faits historiques et permettent de mieux les comprendre. En outre, certaines des photographies sont, pour elles-mêmes, des œuvres d’art… et reflètent le point de vue de leurs auteurs, ce qui est en soi matière à réflexion.

Enfin, il nous semblait essentiel de donner à voir que le Soudan est un pays vivant. Malgré des points noirs incontestables sur lesquels notre ouvrage ne fait pas l’impasse, la vie — qui est une des raisons profondes de notre attachement à ce pays — ne s’y est pas arrêtée. Le Soudan n’est pas uniquement peuplé de gens morts il y a 2000 ans. Quel meilleur langage que la photographie ?

Par Jean-Pierre Bat
Rédigé le Samedi 28 Octobre 2017 à 01:41 | Lu 3560 fois | 0 commentaire(s)


Tags : Soudan




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