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Salon du livre de Paris

L’Afrique littéraire au bassin du Congo

"Livres et auteurs du bassin du Congo" accueille du 21 au 23 mars les lettres du continent tout entier. Avant-goût avec deux romans, du Sénégal et de Côte d’Ivoire.


Mohamed Mbougar Sarr
Mohamed Mbougar Sarr
Bien sûr, le Brésil, qui donne cette année ses couleurs au Salon du livre de Paris porte de Versailles sera présent sur le stand du bassin du Congo où le programme s’ouvre en musique afro-brésilienne, et suit, à travers les lieux de mémoire, les contes, les rythmes, et même la gastronomie, l’héritage africain du pays invité et leurs liens. Livres et auteurs du bassin du Congo met à l’honneur, comme il se doit, la littérature congolaise : du dernier roman d’Henri Lopès qui vient tout juste de paraître, Le méridional (Continents noirs, Gallimard), aux figures tutélaires de Sony Sony Labou Tansi ou Sylvain Bemba, sans oublier les nouveaux talents de la scène littéraire, à commencer par Fiston Mwanza Mujila et des éclairages sur le théâtre, la poésie et le cinéma.

Plus vastement, les lettres africaines au sens large se découvrent trois jours durant, de l’Afrique du Sud d’André Brink auquel il sera rendu hommage jusqu’à l'Algérie de Kamel Daoud, prix des Cinq Continents de la francophonie pour Meursault, contre enquête (Actes Sud). La femme se taille une part de choix dans la programmation, avec une ouverture spéciale au plaisir, autour de l’anthologie Volcaniques dirigée par Léonora Miano. Parmi les nombreuses nouveautés en librairie, Le Point Afrique, partenaire du bassin du Congo, a élu deux romans à découvrir sans tarder, dont les auteurs seront dans le stand le samedi 21 mars (1). À vos lectures…

Terre ceinte de Mohamed Mbougar Sarr

Terre ceinte, quel titre magnifique pour dire tant de villes, villages, régions en proie ou menacées par ceux qui, au nom d’un islam dévoyé, remplacent dans les faits le mot "sainte" contre le mot "ceinte". Nous sommes à Kalep dans un pays nommé Sumul. Quatre ans plus tôt, la ville a été prise par les soldats de «la Fraternité», sous la conduite d’Abdel Krim Konaté, commandant des troupes de Kalep devenu l’homme tout puissant des lieux. Le roman s’ouvre lors du procès devant le tribunal islamique d’un jeune couple adultère. L’écriture de Mohamed Mbougar Sarr est aussi calme et belle que la violence de son sujet est terrible. Il n’est pas sans rappeler le contexte du film Timbuktu de Sissako bien sûr. Le couple périt sous le feu des détonations.

Comment les habitants de Kalep réagissent-ils ? Et d’abord les parents de ces victimes d’une implacable charia ? Les mères des deux jeunes sacrifiés entament une correspondance bouleversante qui s’intercale tout au long du roman, tandis que les autres personnages répondent un à un à la question fondamentale du livre : que fait-on de la peur ? Comment la famille du médecin Malamine - dont l’épouse est sauvagement blessée par les miliciens, le jeune fils Idrissa, sa petite sœur Rokhaya - affrontera l’inacceptable ? Malamine est de ceux qui s’engagent. Il va monter un réseau de résistance dont les six membres se retrouvent dans la cave de la taverne du père Badji, travaillant de nuit à la publication d’un journal pour rallier au combat collectif une population tétanisée par l’occupant.

Pendant ce temps, dans la région, les djihadistes poursuivent leurs forfaits, détruisant l’ancienne bibliothèque de Bantika, derrière laquelle on reconnaît, bien sûr, la ville de Tombouctou et ses manuscrits. Dans ce contexte très finement décrit, où la singularité des personnages permet de cultiver la nuance et la réflexion, l’auteur n’oublie pas de soigner l’intrigue et le plaisir pur de la fiction. Que cherche l’inébranlable Abdel Krim dans le regard de Ndey Joor, la belle épouse de Malamine ? Et que va-t-il y trouver ? Dans son introspection des âmes d’une population livrée au pire, son talent à les incarner, à installer une atmosphère, à faire vivre cette ville d’hier à aujourd’hui, Mohamed Mbougar Sarr s’impose en romancier. À découvrir, et à suivre. (Ed Présence Africaine, 258 pages, 18 euros)

Le nouvel an chinois de Koffi Kwahulé

Koffi Kwahulé
Koffi Kwahulé
Le troisième roman du dramaturge Koffi Kwahulé est aussi parisien que l’auteur, qui vit depuis l’âge de 23 ans en France et plus particulièrement dans la capitale. Parisien, c’est-à-dire ? Son roman se déroule dans un petit périmètre du 11e arrondissement d’où son jeune héros a bien du mal à décoller. Ezechiel ne quitte pas sa chambre, il a déserté le lycée, et vit entre une mère qui fait semblant chaque jour d’aller travailler et le fantôme d’un père sombré dans le coma après un accident du travail - et dont les funérailles au pays auront lieu sans ses enfants. Ezechiel prie ardemment plusieurs fois par jour le «dieu» Onan. Ses fantasmes sexuels lui tiennent lieu de passe-temps, alimentés par un rapport incestueux à la mère mais qui se déplacent bientôt sur la personne d’une ravissante dentiste, Melsa Coën. La belle de blanc vêtue est, malheureusement pour Ezechiel, déjà mariée à Maximilien, gravement malade, mais auquel elle continue de vouer un amour torride, s’attachant à Ezechiel comme à un fils.

Et alors, ce nouvel an chinois ? C’est en cette période de fête dans le quartier métissé de Saint-Ambroise que débarque Guillaume Alexandre Demontfaucon, fils d’un couple ayant habité autrefois l’immeuble où vit Ezechiel, couple qui fut retrouvé assassiné. Le fils, accusé puis lavé du meurtre de ses parents, père français, mère polonaise, avait déserté la France pour s’engager dans la Légion. Ce jour-là, «le fils de la Polonaise» est de retour, sa haute silhouette sort du métro Saint-Ambroise, déjà la bouche pleine de «saillies haineuses» contre ces Chinois qui ont «envahi» le quartier. Demontfaucon est l’illustration du refus de la France multiculturelle dans une attitude de rejet obsessionnel au point que personne n’est à l’abri de ses harangues. L’ex-militaire se montre par ailleurs un voisin courtois, qui fait même la cour à la mère d’Ezechiel, ce que l’adolescent ne supporte pas. L’histoire finira mal. Le nouvel an chinois fêté en couleurs dans le quartier de Saint-Ambroise prendra celle du sang versé.

C’est à la fois l’itinéraire d’un enfant peu gâté, mais étonnamment solide, et le portrait d’un Paris métissé par des générations d’immigration, et ce qu’il suscite, que décrit ce roman dont l’originalité, la puissance de transgression et la folie plus ou moins douce passent entièrement dans une écriture inouïe, une prose ryhtmique, qui donne envie de lire des pages à voix haute. Koffi Kwahulé est un dramaturge reconnu, auteur d’une vingtaine de pièces de théâtre. Après Baby face, et Monsieur Ki (parus aux éditions Continents noirs Gallimard), il dépasse et confirme la singularité d’une œuvre romanesque élaborée discrètement, sûrement, et déjà récompensée des prix Ahmadou Kourouma, et du prix Édouard Glissant. La rencontre des imaginaires célébrée par Glissant est portée chez Kwahulé par l’inventivité jouissive de la forme. À tous les chercheurs d’étonnements, son Nouvel An chinois est à cueillir sous une, soit dit en passant, superbe couverture. (Ed Zulma, 235 pages, 18,50 euros.)

Source lepoint.fr

par Valérie Marin la Meslée
Rédigé le Vendredi 20 Mars 2015 à 07:59 | Lu 405 fois | 0 commentaire(s)






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Afropunk célèbre la créativité des cultures afro

La dernière édition parisienne du festival underground américain a révélé toute l'étendue des cultures afro-descendantes.

Un foisonnement de couleurs et de motifs influencé par l'Afrique
Né à Brooklyn en 2005, le festival alternatif Afropunk a essaimé aux quatre coins du monde, d'Atlanta à Londres, de Paris à Johannesburg en l'espace de treize ans. Présent pour la quatrième fois dans la capitale le week-end dernier, l'événement célèbre l'affirmation des cultures noires décomplexées et dénonce toutes formes de discriminations raciales, physiques ou sexuelles. « Ce mouvement traduit la volonté de dire que les Noirs ne sont pas associés à un type de musique en particulier », précise l'essayiste et documentariste Rokhaya Diallo qui a animé une des deux journées. « C'est une manifestation extrêmement bienveillante qui prône une forme de liberté que l'on croise dans le public », poursuit-elle. « J'adore m'apercevoir que le spectacle est autant parmi les festivaliers que sur scène, dans les looks des gens se dégagent quelque chose de spectaculaire. » Ouvert absolument à tout le monde, le succès de la formule repose sur un savant mélange d'une programmation musicale éclectique mêlée à la mode, l'art et la ripaille avec une vingtaine de food trucks. Preuve du succès, la manifestation a déménagé du Trianon à La Villette l'année dernière et affichait complet pour cette édition avec 8 000 personnes aux styles vestimentaires pointus. Poids plume à côté du mastodonte new-yorkais et de ses 90 000 spectateurs, la déclinaison française attire déjà les voisins, du Benelux à la Grande-Bretagne, puisque près de 40 % du public est étranger.

ROGER MAVEAU
28/11/2018





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