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STEVE BANDOMA

LE “POLITIC-ART”

Steve Bandoma, 34 ans, n’est pas seulement peintre de l’hybride, il a aussi des ambitions politiques, notamment pour promouvoir la culture au Congo.


Steve Bandoma
Steve Bandoma
Artiste ou politicien ? Le cœur de Steve Bandoma, 34 ans, balance. C’est qu’il a hérité des deux fibres. Côté maternel, la famille est créative. Versant paternel, on a la politique dans le sang. Paul Bandoma a ainsi été plusieurs fois ministre, puis ambassadeur en Allemagne. Qu’à cela ne tienne. Steve Bandoma qui brigue un mandat de député, agira sur les deux tableaux. « Un artiste est politicien d’une manière ou d’une autre, défend-il. Il a un message à communiquer, une idéologie à défendre. »

Le jeune homme nous accueille dans une maison ceinturée d’un jardin dans la commune de Ngaliema. Le calme du quartier résidentiel n’est qu’apparent. Passé la porte couleur rouille, un chien aboie, un perroquet hurle, un bébé crie. Steve Bandoma, lui, philosophe sereinement. « Chaque âge a ses enjeux culturels et dans chaque culture il y a des valeurs et des anti-valeurs, poursuit-il. La culture africaine est hermétique, conservatrice. Le phénomène kindoki, la sorcellerie, bat son plein et ça détruit la société. C’est un sujet si délicat que pour la justice elle-même c’est incontrôlable. »

Bandoma a une âme de rhéteur. Il questionne les prétendus bienfaits de l’étranger, estime que la démocratie occidentale n’est pas soluble dans la culture congolaise. « On peut s’en inspirer, mais pas l’assimiler intégralement, déclare-t-il. L’Occident ne donne pas que du rose. Je crois en notre développement, mais l’issue se trouve en Afrique. » Il pourrait ainsi ratiociner à l’infini si on ne l’entraînait pas sur le terrain de l’art.

Lincoln's vision by Steve Bandoma © 2014
Lincoln's vision by Steve Bandoma © 2014
Après avoir fait ses gammes à l’académie des beaux-arts de Kinshasa, il part étudier le multimedia pendant deux ans à Capetown, en Afrique du Sud. Il poursuit sa formation par une résidence à Zürich en 2009, décroche quelques prix avant de revenir en 2010 au Congo. La même année, il fonde une association, KOID9 qui, à son échelle, avec peu de moyens, tente de combler le manque d’action culturelle publique. Pas simple toutefois de penser collectif quand on a une carrière à mener.

C’est qu’il a beaucoup à dire Bandoma, y compris dans son œuvre. Fragmenté, mutant, grotesque, malade, le corps est récurrent. Ses premiers dessins aquarellés ne sont pas sans rappeler ceux de Barthélémy Toguo. Ses collages, accentuant le chaos des chairs et les yeux exorbités, évoquent parfois le travail de la Kényane Wangechi Mutu. Ses pièces actuelles jouent à plein régime l’hybridité, mixant fétiches à clou et figure de basketteur. Voilà pour la forme.

Quant au fond, il ne se départ pas d’un regard critique sur le monde. Malgré ses longs séjours en Europe, Steve Bandoma n’est pas tombé dans l’art pour l’art. « J’essaye parfois d’être formaliste, mais la politique me rattrape, confie-t-il. Je suis un activiste, je combats les abus de pouvoir. » Il nous montre un dessin récent, titré Qui perd gagne. « L’Afrique a perdu son âme avec les nouvelles technologies, grimace-t-il. Un gamin de 12 ans utilise Internet, mais pour de la curiosité mal placée, de manière non constructive. »

Ses préoccupations débordent tellement du champ de sa pratique artistique qu’elles doivent désormais se cristalliser dans l’action politique. S’il devenait un jour ministre de la culture, comme il en caresse le rêve, son premier chantier serait éducatif. « Les artistes africains tombent dans des stéréotypes parce qu’il y a un problème de formation. On est limité. Il faut inviter les experts de la culture à venir encadrer des formations courtes pour les jeunes créateurs qui se cherchent », insiste-t-il. Et d’ajouter : « Il faudrait des performances dans la rue, aller au devant des gens, mettre les installations publiques dans tous les recoins de la ville, dans les nouveaux bâtiments. Il faut faire comprendre à l’opinion publique que la culture, c’est l’âme d’un pays ». Le slogan de Steve Bandoma pour les prochaines élections est tout trouvé.

Source lemonde.fr

Roxana Azimi
Rédigé le Lundi 7 Septembre 2015 à 15:16 | Lu 387 fois | 0 commentaire(s)






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