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SON ALTESSE PAPA MFUMU’ETO 1ER

ROI DE LA BD SATYRIQUE

Il peint des toiles un peu mystiques, mais la vraie force de cet artiste de 52 ans, ce sont ses BD mordantes sur la vie au Congo


PAPA MFUMU’ETO 1ER
PAPA MFUMU’ETO 1ER
Un personnage que ce Papa Mfumu’eto 1er, que l’on rencontre dans une parcelle occupée par six familles dans la commune démunie de Kingasani. « Ici, c’est la vérité réelle, confie l’artiste alors qu’il nous aide à slalomer entre les ordures. Ces petits ruisseaux dégagent beaucoup de choses, j’y ai même vu des fœtus morts. » Il a voulu immortaliser notre visite : son neveu nous mitraille avec son iPad ; sa nièce filme, smartphone au poing.
Ce petit homme emphatique, qui se qualifie tour à tour de « poète bantou » et de « philosophe informel », digresse en vrai conteur. Sa vie, il la relate sur un mode picaresque. Difficile de faire la part entre le réel et la fiction. « Je suis né après cinq filles mortes. J’ai été du coup hyperprotégé. Ma mère était mon garde du corps. ». A l’âge de 17 ans, il se libère des jupes maternelles grâce au dessin. Il entre au service de maître Decantor, champion d’arts martiaux, entraîneur des gardes du corps du président Mobutu, et fondateur de la secte Puissance spirituelle du verbe.

Le jeune homme veut se faire connaître, coûte que coûte. Il l’admet, il est mégalomane. Pour cela, il lance en 1990 une rumeur, qui se répand aux quatre coins de la ville : un boa vient d’avaler une femme à Kinshasa ! Il s’isole pour illustrer cette fable en trois jours, cherche en vain un imprimeur, finit par déposer quelques photocopies agrafées chez un vendeur de revues. Succès immédiat pour cette BD qu’il publiera par la suite à des milliers d’exemplaires. Usant de l’allégorie du boa, Mfumu’eto révélait les noires pratiques de politiciens libidineux, prompts à flirter avec des mineures. Depuis, la centaine de bandes dessinées qu’il a réalisées cultivent toujours une morale, traquent le visible et l’invisible, soulignent les dysfonctionnements de la société congolaise avec un sens aigu de la satire.

Mfumu’eto travaille d’habitude assis sur un tatamis, dans un angle mort de la parcelle communautaire. Il a beau vivre en ermite, cet homo connectus est branché en permanence sur RFI, quand il ne jongle pas avec ses multiples téléphones portables. Il a toujours beaucoup à dire sur l’état de la société congolaise. Tantôt il fustige le désengagement des parents qui tolèrent la prostitution de leurs filles sans se poser de questions. Tantôt il montre du doigt les pseudo-pasteurs qui abusent de leur emprise spirituelle pour séduire les femmes mariées.

Autre préoccupation constante : la saleté de « Kin la poubelle ». La musette de Mfumu’eto est pleine de bien d’autres sujets à explorer, des heurs et malheurs du mariage à la propension de certaines épouses à dénigrer leurs maris… Depuis 2008, il a pris les pinceaux pour réaliser d’énigmatiques tableaux « mystico occultes » où le verso compte autant que le recto. « La peinture, c’est pour les Blancs, la BD, c’est pour les Congolais », résume-t-il. Plus cryptée, cette peinture n’en est pas moins acerbe. Même pas peur Papa Mfumu’eto 1er ! A vrai dire, les foudres des autorités l’inquiètent moins que la jalousie des voisins, que les petites médisances et le mauvais œil. « Ici, les gens savent vaguement que je dessine, mais ils n’en savent pas plus », chuchote-t-il. Cet artiste extravagant cultive ses secrets. Bientôt, il le promet, il quittera ce quartier sordide. On le devine, il trame déjà son prochain grand coup.

Source lemonde.fr

Roxana Azimi
Rédigé le Lundi 7 Septembre 2015 à 15:20 | Lu 360 fois | 0 commentaire(s)






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