Connectez-vous
BASANGO
Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Partager

SINGUILA

Ça fait mal

Ça fait mal, Congo, R'n'B, femmes, Sheryfa Luna Je déteste ma vie, double culture, fans, Dave ; l’inspiration, changé, Emilie de Secret’s story… Plus un dernier, assené depuis quelque temps par les tabloids : play-boy. Justement, quand il s’assoit sur le canapé en bois face à la piscine, on fait malgré soi quelque chose d’impoli : on le dévisage. Certes, les sourcils sont un peu hauts, mais les grands yeux sont expressifs. La bouche sublime, bien dessinée, les dents parfaites mais pas irréelles, le nez large mais spirituel, et puis il flotte sur son visage scintillant ce léger sourire, à la fois sûr de lui, et un peu méfiant, qui semble dire, je sais très bien pourquoi vous me regardez comme Ça, mais quelles questions allez-vous me poser ?


SINGUILA
Et il sait de quoi il parle…Sans peut être le vouloir, il a longtemps été un sex symbol pour la gente féminine qu’il ne laisse pas indifférente tant on le trouve «craquant, sexy, beau ». Ce Singuila semble
aujourd’hui appartenir au passé Comme il le dit à travers ses chansons, Il a « eu mal » (Ça fait mal, son dernier album), a « cherché les mots », s’est remis en question de nombreuses fois, mais aujourd’hui, Singuila a ôté sa carapace et chante des tranches de vie, des peintures de la réalité. Il essaie de raconter la vie quotidienne avec à la fois son côté charmeur et éducateur. Un modèle qui doit donc inciter l’Afrique et plus particulièrement le Congo d’où il est originaire à se « battre » pour y arriver :
« On a rien sans rien ». Un message qui tombe au bon moment car Singuila est de passage à Pointe-Noire le jour du cinquantenaire d’indépendance du Congo. Nous l’avons rencontré quelques heures avant son départ. Il nous parle de son quotidien, et de sa vision sur l’avenir. Nous l’attendons de pied ferme, car il nous a promis qu’il reviendrait pour s’installer à Pointe-Noire dans quelques années… « Singuila arrive dans 10 minutes, désirez vous boire quelque chose ?». Rien du tout, nous allons attendre dehors, au bord de la piscine. Sitôt le réceptionniste de l’hôtel parti, on traverse discrètement le salon. Et on contemple chacune de ses merveilles. Des reliquaires Kota, un siège et une canne de chef de tribu, des masques Bateké… : une decoration africaine chic et contemporaine. Les tons ocre, les bois de Casamance, des oeuvres d’art authentiques, les lumières tamisées et les tentures chaleureuses confèrent à l’ensemble un style à la fois raffiné et moderne. Étranges salons de grands hôtels. Ils vous plongent aussitôt dans un état mélancolique. Et vous ôtent, par la meme occasion, toute appréhension, celle par exemple, de rencontrer une star du R'n'B. Un chanteur que tout le monde apprécie, un « ghetto-compositeur » qui a « une voix sublime » disent les uns, qui a un « style bien à lui » disent les autres.

« Bonjour » C’est Singuila. Il s’est approché, silencieux avec son panama blanc entouré d’un liserai marron (le dernier cri de la mode), short noir taille basse, tee-shirt près du corps, pas peu fier de sa personne, une véritable «fashion victim ». Il semble Presque confus d’avoir interrompu notre rêverie. A le voir cordial et quasi timide, une litanie de mots à la fois grave et légers défile dans
notre esprit comme des bulles de BD :


SINGUILA
Bonjour Singuila, pourquoi es-tu venu à Pointe Noire, est-ce pour le cinquantenaire du Congo ?
(Il me fait une bise). J’ai été contacté par Assiam, la responsable du SAS BAR. Elle m’a proposé de venir faire un show en juin mais à cause de ce tragique accident de train de Yanga, on l’a reprogrammé à cette date-là. J' ai un nouvel album qui est sorti depuis le mois de septembre dernier. Je voyage beaucoup et je fais pas mal de showcases aussi pour présenter et faire la promo de l’album. Je fais des concerts pour maintenir le contact avec mon public. Ce que je pense
des 50 ans d' indépendance du Congo ? Espérons que le meilleur reste à venir !

Quelle différence constates-tu entre le public français et le public congolais ?
Les Congolais ont beaucoup plus l’impression que je les représente, dans le sens où comme j' ai vécu ici et que j' ai réussi à percer en France, ça montre que c’est possible, ça donne de l’espoir à beaucoup. Ici, je suis un peu comme un modèle. Je suis plus un frère alors qu’en France je suis
juste un artiste qu’on aime ou qu’on n’aime pas. Au Congo, il y a plus de personnes qui aiment ma musique et qui se reconnaissent à travers mes chansons et les choses que je fais. J’ai envie de dire que mes chansons parlent vraiment ici. Ça me fait kiffer de donner le sourire aux gens, voir les gens
réciter mes paroles…Ça fait vraiment plaisir
. Je me sens bien avec les Congolais, je me sens chez moi, c' est pourquoi je suis venu ici avec plaisir. J’adore ce pays. J' ai de vrais amis au Congo, des frères, et une grosse partie de ma famille vit à Pointe-Noire et à Brazzaville. J’ai passé quelques années à Brazzaville durant mon enfance.

Tes albums sont très réalistes. C’est ta vie que tu racontes (Très sérieux).
Jusque-là, dans mes albums précédents, j’ai montré le côté chaud lapin, un homme un peu instable. Mais dans mon dernier album (Ça fait mal), c’est un autre Singuila. C’est un album, effectivement très personnel. Parce que j’ai raconté des choses qui me concernent directement. Je ne dis pas forcément que je me suis calmé mais, mes centres d’intérêts, ces dernières années, ont changé. Je me suis focalisé sur d’autres choses de la vie que je n’avais peut être pas perçues avant. J’ai fait une sorte de visite intérieure, chose qu’on fait peu en réalité. Tu sais, on se balade beaucoup, on découvre tel endroit ou tel autre coin du monde, mais l’endroit qu’on connaît le moins, c'est nous-mêmes. Je me suis regardé et j’ai ressorti des choses négatives et positives de ma personnalité. Cet album est comme un journal intime. Les gens qui veulent connaître Singuila devraient l’écouter. C’est le Singuila loin du star system. Mieux encore, loin des jugements des gens. Parce que aujourd’hui, à cause des « qu’en-dira-t-on », on fait attention à ce qu’on va dire, à la chemise qu’on va mettre. On fait attention à ce qu’on va dire pour ne pas paraître de telle ou telle façon… Là, j’ai mis le paraître de côté, je parle de la réalité, de mes faiblesses, de mes torts, de ma haine. J’analyse aussi la vie comme dans le titre "Mes joies", c’est être en face des gens qui m’aiment. Être avec ma mère, mes soeurs, mes tantes, mes frères et être avec un public qui me rend bien tout ce que je peux donner. Ça fait du bien d’être en face des gens qui t’aiment et qui te sourient même quand tu chantes une chanson triste. Tu as l’impression qu’ils ont leur main posée sur ton épaule. Les souffrances que j’invoque, ce sont les moments difficiles comme la perte d’un être très cher. J’ai perdu mon père et une tante. Cela a réveillé des choses en moi.

Quelle évolution as-tu connu depuis que tu chantes? (Toujours très sérieux).
J’ai énormément évolué artistiquement puisque avant de sortir mon premier album, les gens qui critiquaient mes morceaux ce n’était pas dans un souci de détruire. C’était vraiment des commentaires pour que j'améliore mon projet. Et j' ai découvert en sortant mon album qu’il y a certains médias qui aiment bien chercher la faille. Au lieu de dire « tiens, bonne chanson, avec un bon texte... » ils vont plutôt dire « il aurait pu mieux faire » ou ci ou ça. Donc, par rapport aux critiques professionnelles que
j’ai eu face aux médias et par rapport aux difficultés de rentrer en radio pour mes chansons, inconsciemment il y a un effet qui est immédiat c’est continuer à faire la même musique en tenant compte de certains codes qui me permettront de rentrer en radio, toucher un public plus large, ou plus mûr, tu vois ce que je veux dire…On est forcé d’écouter à un moment parce qu’ avec le temps tu te rends compte que même si c’est toi l’artiste et que les autres ne font pas le même métier que toi c’est quand même ces autres qui t’écoutent et qui sont amènés de savoir ce qui leur plaît ou pas. Il faut tenir compte de toutes ces informations pour évoluer et c' est ce que j' ai fait. Je me suis extrêmement remis en question par rapport à ma démarche artistique, à mes textes, aux messages. Une image que j’ai dû travailler aussi…J'ai appris que le talent ne fait pas tout. Il faut aussi une bonne équipe, du charisme, de bons rapports avec les autres…

Est-ce que tu penses pouvoir un jour aider les artistes congolais, monter une structure…? (Très spontané).
Je prête une oreille H 24 à tout ce qui peut être intéressant que ce soit au Congo ou ailleurs. Je ne
suis pas sectorisé au Congo. Je suis ouvert. J’ai fait plusieurs morceaux avec des artistes à l’étranger, à savoir au Bénin, en Cote d’ivoire, au Gabon…on a aucun mal à me contacter, c’est ça que j' aimerai faire remarquer. Je ne joue pas les supers stars du tout. Je suis proche des gens mais par contre
je ne peux pas, moi, aller partout, frapper à toutes les portes, savoir s' il y a quelqu’ un de talentueux. J’estime que pour n’importe quelle personne qui aime la musique et qui en fait, il y a une part de travail qu’il doit aussi faire c’est de chercher, de marcher justement … Donc c’est à ces artistes de venir me
voir moi ou voir d’autres artistes et nous prouver justement qu’ils ont ce talent-là. Si on vibre, on va faire quelque chose. Si on ne vibre pas, ça ne sert à rien. J’ai eu quelques coups de coeur comme ça…J’ai fait Africa Star au Gabon et il y en a un qui m’avait vraiment marqué, il avait une bonne voix et
il avait l’attitude, tu vois…Un jour, j’ai cherché à le revoir, et le lendemain on a écrit et composé la chanson dans un studio au Bénin. Donc voilà, c’était parti pour lui ! Créer une structure, c’est
clair je compte le faire au Congo, je suis en train de voir ça avec Bob, c’est mon cousin qui vit ici. Je
sais qu’il y a beaucoup d’artistes au Congo, je n’en doute pas une minute, mais il faut que chacun y mette du sien, car il ne suffit pas de chanter ! Pour ma part, j’ai déjà travaillé avec des prestigieux artistes africains comme Lokua Kanza, Papa Wemba ou Mory Kante. Et si je devais faire un duo, ce
serait avec Fally…

Quand est-ce que tu montes sur scène ? (Il fronce le nez d’un air désespéré).
Le métier d’organisateur n’existe pas au Congo ! Ce sont des gens qui s’improvisent, qui se disent on a déjà fait une fête chez nous, on va en faire la même en plus grand et on va inviter untel, il y a un micro, tiens c’est suffisant ! Alors avant que je réussisse à faire un vrai gros show, il en faut du travail… Je sais très bien que Ça va faire du boucan ce que je raconte mais c’est une réalité. (Rires). Franchement les mecs oublient que pour chaque élément il y a un métier, des études, une expérience… et c’est la même chose pour la musique. Il faut que les choses se mettent en place, que les gens soient de plus en plus carrés ; tout est encore vague. Pour chaque poste, on met quelqu’ un de vague. Il faut que les choses soient de plus en plus structurées. On a de la chance parce que les gens sont de plus en plus instruits.

Et coté perso, comment vois-tu ton avenir..., des enfants? (Il se concentre, me jette un regard glacial puis sourit).
Chaque histoire d’amour dans mon métier c’est un peu comme des séries, l’aventure 1, l’aventure 2, la saison 1 c’est avec Emilie, la saison 2 c ‘est avec X. C’est dur de construire. J’aimerai avoir des enfants c'est clair…mais pour avoir des enfants, il faudrait une femme qui me supporte parce que en dehors de mon métier j’ai aussi mon caractère!On sait bien que les artistes ont des goûts certains, et entre les voyages, l’ego et la pression, car parfois il y a aussi la pression médiatique qui peut jouer…, euh…, c’est pas évident!

Que souhaites-tu aux Congolais ? (Il réfléchit).
Je souhaite que le Congo continue de m’aimer comme j’aime le Congo, parce que j’aime vraiment
le Congo. Je suis en train de faire tout ce que je peux pour m’installer ici. Donc bon, pour les musiciens comme je l’ai dit on va faire ce qu’on peut, on va monter la structure… ; je ne doute pas un instant que je vais trouver des gens talentueux, il y a de très bons artistes ici…Sinon, je leur souhaite tous de travailler, car il ne faut pas croire que l’on obtient ce que l’on veut les bras croisés. J’ ai énormément
galéré pour arriver là ou je suis… La réussite passe par le travail et donc je leur dirai tout simplement « Aide-toi, le ciel t’aidera ».

C’est l’heure de partir…Tu pars dans 1 heure ?
Oui, je prends l’avion ce soir pour Paris puis je pars directement en Guyanne…Le Temps Passe Trop Vite. La fraîcheur de la soirée arrive, la luminosité diminue, on sent l’écume des vagues. L’interview est terminée. Conquis nous sommes. Singuila, naturel et charmeur, tout comme sa musique. C’est ma nature. Beau gosse, on ne va pas le nier, mais pas seulement… C’est un battant. Par sa double culture dont il est fier, il montre aux jeunes de tous horizons, des beaux quartiers ou du ghetto qu’ « on peut avoir une bonne évolution d’où qu’on vienne. Et que le ghetto a des charmes qu’il n’y a pas ailleurs ». Il se bat pour réussir et nous offre un métissage culturel musical. Nous le remercions. Il se lève; le corps d’un athlète…, son pantalon laisse apparaitre son caleçon blanc. Il avance jusqu’à la terrasse du restaurant avec aisance et détermination… Reviens, je t'en prie!


Album "Ça fait mal" sorti en 2009 chez Mercury

http://singuilaofficiel.skyrock.com
http://www.myspace.com/singuilaghettocompositeur

Marie de Clauzade / Wilfrid MASSAMBA
Rédigé le Lundi 3 Janvier 2011 à 08:17 | Lu 2955 fois | 0 commentaire(s)






À lire aussi :
< >

Samedi 28 Octobre 2017 - 01:41 Soudan

Jeudi 26 Octobre 2017 - 17:20 Hommage à Malick Sidibé

L'OEIL DE BASANGO | LISAPO | TAM-TAM | TENTATIONS | ÉCONOMIE | DÉCOUVERTE | BASANGO TV | BONS PLANS






Afrique - Découvrez gratuitement tous les articles, les vidéos et les infographies de la rubrique Afrique sur Le Monde.fr.



App Store
Facebook
Twitter
Google+
Instagram
YouTube




Facebook
App Store
Google+
Instagram
Rss
Twitter
YouTube