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Reines d’Afrique

Publication d’une contrefaçon allemande du livre « Reines d’Afrique », avec l’aval de l’éditeur français SEPIA

Une maison d’édition allemande, PETER HAMMER VERLAG, partenaire de l’éditeur SEPIA qui a publié mon livre Reines d’Afrique et héroïnes de la Diaspora noire, a profité du succès de cet ouvrage pour en diffuser une contrefaçon à visée raciste et révisionniste signée de mon nom. Or malgré les lois sur la Propriété intellectuelle et le Droit moral censées protéger les auteurs, j’ai du mal à obtenir, pour l’heure, réparation du Tribunal de Créteil désigné comme compétent pour ce litige.


Reines d’Afrique
Dès sa sortie fin 2004, Reines d’Afrique, premier ouvrage à traiter du rôle des femmes dans l’histoire de l’Afrique et de sa diaspora de l'antiquité au début du 20e siècle, a été plébiscité par un large public francophone. Et c’est sur Internet que j’ai découvert par hasard en début novembre 2006, des annonces sur la parution au 15 novembre de sa version allemande titrée Konïnginnen Afrikas. J’avais pourtant prévenu mon éditeur de mon souhait de faire vérifier cette traduction avant publication. Je m’en suis donc étonnée et deux jours avant la sortie présumée du livre, je recevais, toujours de SEPIA, une copie du manuscrit allemand.

Ne comprenant pas cette langue et ne pouvant m’offrir les services d’un traducteur, ce qui m’aurait coûté environ dix mille euros, il m’a fallu plusieurs semaines pour trouver une enseignante allemande bilingue qui accepte de m’éclairer sur la teneur de l’ouvrage. Dans l’intervalle, le livre sortait en Allemagne, sans mention de date de publication. C’est alors que nous avons découvert la falsification : plusieurs dizaines de paragraphes figurant dans l’orignal, supprimés par la version allemande et des portraits réécrits en travestissant grossièrement mes idées. A la place, des allégations truffées de contrevérités et de clichés racistes. Par exemple, une tribu angolaise qualifiée de cannibale ; un portrait de Néfertiti d’Egypte amputé de 23 paragraphes pour laisser place à des allégations ridicules, sans aucun respect de ma démarche scientifique. De la même façon, 14 paragraphes supprimés du texte consacré à la mère de Chaka, fondateur de l'empire zoulou, en particulier ceux évoquant la confrontation des populations sud africaines à l’avancée anglo-hollandaise au 19e siècle. Il y est en outre affirmé que Nandi, mère de Chaka, serait morte de dysenterie pendant que son fils était à la chasse à l’éléphant avec un voyageur anglais, et non pas assassinée par ce dernier, hypothèse privilégiée dans l’ouvrage original. Autre exemple, une légende de tabouret (ne figurant pas dans mon livre) alléguant que les chefs africains ne connaissant pas l’utilisation des chaises, s’asseyaient sur le dos de leurs esclaves ! Et sur l’ensemble de l’ouvrage, les mêmes manipulations visant à ridiculiser l’histoire de l’Afrique et des peuples noirs.


Faisant montre d’un mépris insultant, ces gens ont non seulement tronqué l’esprit de mon livre mais aussi dénaturé sa forme, usant d’une rédaction infantile et approximative pour décrédibiliser mon travail d’historienne. Même l'iconographie a subi des rajouts d’illustrations sans rapport avec mes récits, ainsi que la bibliographie où figurent des sources dont j'ignore le contenu. Ils se sont appropriés mon nom et le titre de mon livre pour me faire endosser une publication douteuse qui porte gravement atteinte à ma réputation d’auteur et me cause un lourd préjudice moral. On peut s’interroger sur les motivations de tels agissements sachant que cette affaire a été traitée dans la plus grande opacité. SEPIA a en effet cédé les droits de mon livre à cette maison sans m’en informer au départ. Et c’est par un professionnel venu d’Allemagne et croisé dans un salon littéraire à Paris en avril 2005, que j’ai appris l’existence d’un projet de traduction de Reines d’Afrique. Un an plus tard, suite à un courrier que je lui avais adressé à ce propos, mon éditeur admettait un récent (!) contact avec un partenaire allemand. J’ai eu du mal à obtenir une copie de leur contrat, rédigé en anglais et non daté. Un contrat mentionnant le titre de mon livre sans nom d’auteur et une cession de droits d’une durée de dix ans ; engagement pris, là aussi, à mon insu.

Face au viol manifeste de propriété intellectuelle que constitue cette contrefaçon, j’ai intenté une action en Référé afin que mon éditeur contraigne son partenaire à suspendre la vente de l’ouvrage litigieux. J’ai aussi réclamé la résiliation des contrats liant mon œuvre à ces éditeurs délictueux. La demande en a été faite auprès du tribunal de Créteil, juridiction du siège de SEPIA désignée comme compétente par les deux contrats d’édition. On aurait pu s’attendre à ce que mon éditeur réagisse à l’atteinte à l’intégrité de l’oeuvre qui lui a été confiée et dénonce la contrefaçon, en tant que garant du contrôle d’une traduction qu’il a lui-même autorisée. Or, s’exonérant de toute responsabilité au motif que cette traduction ne lui est pas imputable, il couvre son partenaire allemand et s’oppose à la résiliation des contrats. L’ouvrage, il est vrai, soutenu par une forte campagne de promotion, a connu un grand succès commercial dans l’espace germanophone où il a suscité la curiosité d’un lectorat assez divers. Il est d’ailleurs à craindre que la même opacité ne touche les droits d’auteur qu’il a pu générer, sachant que SEPIA ne m’a toujours pas informée de cette parution allemande. Et n’eût été Internet, je n’aurais rien su de cette escroquerie.

Malgré le détournement abusif de mon œuvre, le magistrat des Référés, bien que constatant la contrefaçon, a refusé de trancher en se déclarant incompétent du fait que la publication ait été réalisée en Allemagne. Créteil est pourtant le seul tribunal désigné comme recours. Il n'a pas non plus jugé utile de statuer sur la demande de résiliation des contrats. A noter que l’éditeur SEPIA est largement subventionné par l’Action culturelle française et a longtemps bénéficié de crédits du ministère des Affaires étrangères. Mais ne pouvant, malgré tout, abandonner mon oeuvre à des officines aussi douteuses, j’ai décidé de poursuivre la procédure sur le fond et suis dans l’attente d’une nouvelle audience prévue le 30 janvier prochain.

Je dois insister sur l’énorme préjudice que m’a causé ce discrédit jeté sur un travail qui m’a demandé des années de recherches et d’importants efforts financiers. Récemment conviée à une conférence internationale à Vienne, je me suis trouvée confrontée à l’indignation de lecteurs et lectrices d’Allemagne, de Suisse et d’Autriche choqués des clichés racistes et tendancieux propagés par ce livre. Ils m’ont demandé comment j’ai pu, en tant qu’historienne, participer à une opération aussi humiliante pour l’histoire des Noirs. Certes ils ont ensuite été scandalisés d’apprendre la spoliation dont je suis victime, mais le mal est fait puisqu’une confusion a été introduite dans l’esprit du public par cette manoeuvre visant à briser l’impact de Reines d’Afrique.

Evidemment nul écho de cette affaire dans la presse nationale française, pourtant alertée, alors qu’une contrefaçon aussi scandaleuse aurait été dénoncée dans tout autre démocratie respectueuse des libertés. Mais l’information a heureusement circulé sur le Net, et en particulier dans l’espace germanophone, contraignant l’éditeur à effacer le titre de son catalogue et de son site Internet. J’ai également reçu des messages de soutien d’écrivains, chercheurs, universitaires et lecteurs des Etats-Unis, du Canada, du Royaume-Uni, d’Allemagne, d’Espagne, de Suède, d’Afrique. Tous s’étonnent d’une telle complaisance, aujourd’hui en France, envers des pratiques aussi suspectes.

sylvia.serbin@free.fr

Sylvia Serbin
Rédigé le Jeudi 14 Février 2008 à 00:00 | Lu 2596 fois | 0 commentaire(s)





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