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ROKHAYA DIALLO

« CE QUI M’IMPORTE, C’EST L’ESTIME DE SOI »

Rokhaya Diallo, l’une des premières femmes noires militantes antiracistes et féministes visibles dans les médias français, inaugurait hier l’exposition Afro !, à La Maison des métallos de Paris (11e). Nous en avons profité pour savoir ce qu’il reste de son engagement d’alors.


Rokhaya Diallo.LP/MATHIEU DE MARTIGNAC
Rokhaya Diallo.LP/MATHIEU DE MARTIGNAC
Petit afro top fade légèrement blondi, combinaison noire de cocktail, Rokhaya Diallo, 39 ans, est prête à accueillir ses premiers visiteurs, la presse de niche et généraliste, à la Maison des métallos pour présenter Afro !, l’extension de son livre de portraits éponyme célébrant la beauté noire au naturel qu’elle défend depuis maintenant deux ans.

Sur les murs, les tirages de son ouvrage en grand format. On aperçoit l’ancienne garde des sceaux Christiane Taubira, la blogueuse beauté Fatou Ndiaye, l’actrice Aïssa Maïga ou encore la chanteuse malienne Inna Modja… Mais aussi des personnalités anonymes. « Les rôles-modèles sont hyper importants pour la génération actuelle, il faut qu’elle puisse avoir des référents. Quand j’étais jeune, je n’en avais pas, il n’y avait personne de visible qui me ressemblait ».

Visage connu de tous les Français, Rokhaya Diallo fait en effet partie de ces rares personnalités publiques noires et féminines surexposées dans le paysage cathodique depuis plus de 10 ans. Polémiste et chroniqueuse, elle est de tous les plateaux télé et rendez-vous radiophoniques. Passée par Canal +, RTL, Mouv’, LCP et consorts, elle s’est imposée en tant que femme noire issue des quartiers dans des face à face musclés avec des intellectuels conservateurs comme le journaliste politique Eric Zemmour ou dernièrement le philosophe Alain Finkielkraut, sans se laisser désarçonner.


La militante de toujours

© Rokhaya Diallo
© Rokhaya Diallo
Militante antiraciste, elle est de tous les combats en faveur des populations les plus vulnérables et minorées. Longtemps taxée de communautarisme pas ses détracteurs, la Française née de parents sénégalais et gambien s’en défend.

« Quand on parle de communautarisme, cela veut dire que des communautés organisées se créent contre une entité majoritaire. Or, je suis plutôt en faveur des mouvements communautaires, tout le monde appartient à une communauté quelle que soit sa couleur de peau, au sein desquelles des solidarités se créent autour de convictions partagées », nuance celle qui a grandi à la Courneuve, en Seine Saint Denis, département dans lequel elle a vu poindre son éveil politique suite à la mort de Zyed Benna et de Bouna Traoré, ces deux adolescents électrocutés dans un transformateur EDF à Clichy-sous-Bois en 2005 après une course poursuite avec la police.

L’année suivante, elle créera l’association antiraciste Indivisibles, laquelle donnera naissance à la cérémonie des Y’a Bon Awards récompensant les pires boulettes racistes. 10 ans plus tard, son ras-le-bol est toujours aussi cuisant. « Il faut que l’état reconnaisse sa part de responsabilité dans un certain nombre de faits racistes. Et la première chose à faire est de commencer par nommer les choses, on parle de racisme d’état. » s’indigne-t-elle.

De cette révolte, l’auteure de l’ouvrage Racisme : mode d’emploi (ed. Larousse, 2012), accouchera en 2016 du documentaire De Paris à Ferguson : coupables d’être noirs. Un film sur les bavures policières et le racisme institutionnel qui sera projeté dans le cadre de l’exposition Afro ! (19 octobre). Si outre-Atlantique, le mouvement Black lives Matter bat son plein, pour la militante française, « il est important que l’on ait nos propres vocables, correspondant à nos propres réalités, dans le sens où il y a autant de personnes maghrébines, si ce n’est plus, qui meurent entre les mains de la police, sans oublier la communauté chinoise », souligne-t-elle.

Une afro, féministe

Aujourd’hui chroniqueuse sur C8, la militante antiraciste a créé la surprise en rejoignant l’écurie de Cyril Hanouna dans l’émission grand public Touche pas à mon poste, pourtant plusieurs fois critiquée pour ses dérives faites à l’encontre des personnes minorées.

Rokhaya Diallo aurait-elle succombé au militantisme mainstream ? Pas si sûr. Elle semble plutôt happée par un désir de transmission et de sensibilisation auprès de la jeunesse. Le temps de cette exposition, elle organisera un atelier d’écriture autour du cheveu et de la transmission parents-enfants. « C’est très important pour moi ».

Si elle s’est longtemps exprimée au nom de sa génération, Rokhaya Diallo est consciente que la jeunesse noire se politise. Cette jeunesse est d’ailleurs affichée au premier plan dans l’ancienne usine de métallurgie où se tient l’expo, avec l’adolescente Imany, aux côtés « d’ados de classes de 4e de Bobigny ou d’étudiants de la Sorbonne ».

« Cette nouvelle génération est à la fois décomplexée et sans concession, parce qu’elle sait de l’expérience de ses aînées que les concessions n’apportent pas forcément l’acceptation. Aujourd’hui, les jeunes femmes veulent être acceptées dans leur entièreté sans forcément composer avec des critères et des canons esthétiques », constate celle qui se sent proche du mouvement afro-féministe. « Les afro-féministes se sont rendu compte que le mouvement féministe traditionnel français n’appréhendait pas correctement les problématiques auxquelles elles étaient confrontées. Pour moi, tout cela est positif, cela veut dire qu’il y a des gens qui agissent ».

Si elle compte parmi les afro-fem de nombreuses amies avec qui elle n’hésite pas à collaborer et qu’elle est solidaire au mouvement, Rokhaya Diallo ne souhaite « pas [se] définir ». Ni s’enfermer dans un mouvement figé. Présente là où elle l’entend à l’instant T, ce qui compte pour cet électron libre, pour le moment – notamment à travers cette expo – « c’est l’estime de soi, notamment l’acceptation de son enveloppe corporelle face aux canons dominants ». Parce que la beauté est, selon elle, également politique.

Source http://www.intothechic.com

Eva Sauphie
Rédigé le Mardi 7 Novembre 2017 à 19:16 | Lu 1956 fois | 0 commentaire(s)






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Afropunk célèbre la créativité des cultures afro

La dernière édition parisienne du festival underground américain a révélé toute l'étendue des cultures afro-descendantes.

Un foisonnement de couleurs et de motifs influencé par l'Afrique
Né à Brooklyn en 2005, le festival alternatif Afropunk a essaimé aux quatre coins du monde, d'Atlanta à Londres, de Paris à Johannesburg en l'espace de treize ans. Présent pour la quatrième fois dans la capitale le week-end dernier, l'événement célèbre l'affirmation des cultures noires décomplexées et dénonce toutes formes de discriminations raciales, physiques ou sexuelles. « Ce mouvement traduit la volonté de dire que les Noirs ne sont pas associés à un type de musique en particulier », précise l'essayiste et documentariste Rokhaya Diallo qui a animé une des deux journées. « C'est une manifestation extrêmement bienveillante qui prône une forme de liberté que l'on croise dans le public », poursuit-elle. « J'adore m'apercevoir que le spectacle est autant parmi les festivaliers que sur scène, dans les looks des gens se dégagent quelque chose de spectaculaire. » Ouvert absolument à tout le monde, le succès de la formule repose sur un savant mélange d'une programmation musicale éclectique mêlée à la mode, l'art et la ripaille avec une vingtaine de food trucks. Preuve du succès, la manifestation a déménagé du Trianon à La Villette l'année dernière et affichait complet pour cette édition avec 8 000 personnes aux styles vestimentaires pointus. Poids plume à côté du mastodonte new-yorkais et de ses 90 000 spectateurs, la déclinaison française attire déjà les voisins, du Benelux à la Grande-Bretagne, puisque près de 40 % du public est étranger.

ROGER MAVEAU
28/11/2018





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