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Quand l'Afrique mise sur l'art

Musées, fondations, collections

Du Bénin à l'Angola, en passant par le Cameroun, le continent se structure et sème pour l'avenir. Revue de détail d'un univers pluriel qui se bonifie


Marie-Cécile Zinsou, présidente de la Fondation Zinsou, et son père, Lionel, à la soirée de gala du 10e anniversaire de leur Fondation. © Fondation Zinsou
Marie-Cécile Zinsou, présidente de la Fondation Zinsou, et son père, Lionel, à la soirée de gala du 10e anniversaire de leur Fondation. © Fondation Zinsou
Rares, très rares sont les pays du continent africain qui misent sur l'art pour le développement, à part sans doute les géants de l'Afrique du Sud et du Nigeria. Devant le manque d'initiative de l'État, des femmes et hommes fortunés, des professionnels passionnés et des artistes militants changent le paysage en faisant de l'art une route d'avenir et de dialogue avec le monde, chacun à sa façon. C'est le cas de Sindika Dokolo, qui, depuis l'Angola où il réside, est à la tête d'une phénoménale collection africaine d'art contemporain et classique, et a créé la fondation qui porte son nom. C'est celui de Marie-Cécile Zinsou, fille du nouveau Premier ministre du Bénin, Lionel Zinsou.

Elle est à la tête de la fondation de Cotonou (Fondation Zinsou), lancée il y a dix ans avec le compagnonnage de l'artiste béninois Romuald Hazoumè. En effet, les artistes sont souvent les premiers combattants sur le continent, à l'instar de Barthélémy Toguo, qui a fondé un musée d'art contemporain dans son Palais du Facteur Cheval camerounais. Ces trois aventures sont les exemples d'innombrables et diverses initiatives - la Fondation Donwahi en Côte d'Ivoire, celle de Kamel Lazaar au Maghreb, etc. - qui émanent du continent africain par la voie de l'art contemporain dans un monde globalisé. Elles sont liées à la réappropriation de son histoire de l'art et écrivent un nouveau chapitre de l'histoire.


Sindika Dokolo : au nom de l'art puissant

Sindika Dokolo devant un masque pende de sa collection, l'une des plus importantes sur l'art contemporain africain, à l'exposition "Uruzi Wa Dunia" ("Beauté des mondes" en swahili) à Bruxelles en juin 2015. © DR
Sindika Dokolo devant un masque pende de sa collection, l'une des plus importantes sur l'art contemporain africain, à l'exposition "Uruzi Wa Dunia" ("Beauté des mondes" en swahili) à Bruxelles en juin 2015. © DR
Ce quadragénaire charismatique né au Congo, du premier banquier de l'ex-Zaïre et d'une infirmière danoise de la Croix-Rouge, élevé chez les jésuites à Paris, est un visionnaire et un militant de l'art pour l'Afrique : « Notre chance passe par la culture et par l'art. » La sienne est d'avoir les moyens de ses ambitions, entrepreneur marié à la femme d'affaires Isabel dos Santos, fille du président angolais. Sindika (qui signifie « l'envoyé » en kikongo) a déjà reçu de son père une sensibilisation à ce qu'il nomme l'art « classique » africain : « Plus chic que arts premiers, vous ne trouvez pas ? » Avec son ami le galeriste bruxellois Didier Claes, il enrichit la collection paternelle et rachète des masques volés au cours de l'histoire pour les rendre au musée de Luanda. « Picasso a parlé de sa découverte d'un art de l'exorcisme. Cet art puissant est dans l'ADN de l'Afrique, mais n'appartient pas seulement aux Africains ni à une époque donnée. Ma collection est pensée en continuité entre le passé et le présent, à travers ce critère. » Dokolo trouve cette puissance chez Basquiat, Barcelo, ou chez son cher Kendell Geers, plasticiens que l'on retrouve parmi les quelque 5 000 oeuvres de sa collection, sans oublier son pilier, Fernando Alvim, l'artiste angolais auquel il doit son engagement dans l'aventure de l'art contemporain en 2003. La fondation voit le jour en 2005, soutenant des initiatives qui marquent la contribution de l'Afrique à l'art et l'intègrent dans les circuits (du pavillon africain à la Biennale de Venise, en 2006, en passant par la Foire de Londres 1.54). Elle finance la Triennale d'art contemporain à Luanda (la prochaine s'y ouvre en novembre). En attendant d'y voir naître le musée de ses rêves, Sindika Dokolo a installé à Porto, où une partie de sa collection vient d'être exposée, le siège hors Afrique de sa fondation.



Romuald Hazoumè, l'« Arè » de la Fondation Zinsou

Marie-Cécile Zinsou, présidente de la Fondation Zinsou, et l'artiste de renommée internationale Romuald Hazoumè à Cotonou lors du 10e anniversaire de la Fondation Zinsou. © Fondation Zinsou
Marie-Cécile Zinsou, présidente de la Fondation Zinsou, et l'artiste de renommée internationale Romuald Hazoumè à Cotonou lors du 10e anniversaire de la Fondation Zinsou. © Fondation Zinsou
Sans lui, est-ce que l'entreprise de Marie-Cécile Zinsou aurait été si fulgurante ? À 21 ans, née et ayant grandi en France, la voilà qui débarque au pays du père pour y implanter une fondation familiale d'art contemporain à Cotonou. Sur place, elle va trouver Romuald Hazoumè, l'artiste béninois déjà reconnu à l'étranger, en lui proposant de l'exposer « chez lui », dans un bâtiment qu'elle vient de louer. Enthousiasmé par son audace, Hazoumè accepte, et c'est le début d'une collaboration qui, dix ans plus tard, a gagné son pari, et plus encore avec l'ouverture, à Ouidah, d'un musée d'art contemporain et, cette année, avec le lancement d'une application, Wakpon, permettant de le visiter à distance. Pour fêter cette décennie, une nouvelle exposition d'Hazoumè se tient jusqu'en novembre, sous le titre « Arè », un mot yoruba (du Nigeria voisin) qui désignait les artistes itinérants de royaume en royaume, diffusant leur culture. Les pièces (six masques et quatre installations), dont une a été produite à l'origine pour le musée de Seattle, sont réalisées avec le matériau premier de l'artiste, le bidon d'essence usagé symbolisant le peuple béninois (bidons qui servent au trafic entre son pays et le Nigeria). Toutes dénoncent la mauvaise gouvernance au Bénin, dont des affaires récentes de détournement de fonds pour l'eau disent encore la réalité (l'installation « mongouv.com » ou encore « le rouleau décompresseur » symbolisant le caractère éphémère du pouvoir...). Et maintenant que le père de Marie-Cécile Zinsou est au pouvoir ? « Il est passé dans le camp que je déteste, et moi je reste dans le camp des artistes, un homme libre, affirme Hazoumè. Cela ne remet pas en question mes relations avec la présidente d'une fondation au bilan formidable, respectée au Bénin, qui n'a jamais été aidée par l'État et a trouvé le moyen d'acheter un bus pour amener des milliers d'écoliers visiter les expositions . Je souhaite qu'elle continue ! Et si le gouvernement béninois veut commencer à investir dans la culture, il y a des lieux et des espaces à créer pour les artistes... » En attendant, notons que le fameux bus a été offert par un mécène du secteur privé, en l'occurrence, l'entreprise béninoise Bv Shipping.

Le palais de Barthélémy Toguo

Barthélémy Toguo donnant des explications devant l'une de ses oeuvres. © DR
Barthélémy Toguo donnant des explications devant l'une de ses oeuvres. © DR
D'aucuns diront qu'il faut être fou - ou artiste - pour construire un édifice avec cinq plateaux de 120 mètres carrés au service de l'art dans le village de Bandjoun, sur les hauts... plateaux de l'ouest du Cameroun ! Et sur fonds propres, nous confie Barthélémy Toguo, créateur de Bandjoun Station, musée d'art contemporain. Oui, son continent d'origine peut accueillir une collection permanente d'un millier d'oeuvres qui est le fruit de vingt-cinq ans d'échanges entre l'artiste de renommée internationale et ses pairs. Elle va de Louise Bourgeois à Tàpies, sans estampille « ghetto africain », mais contient aussi des oeuvres du patrimoine classique qui resteront ainsi en Afrique. Le musée accueille une exposition temporaire, « Stories Tellers », la deuxième en ces lieux, où cohabitent David Lynch et ses 35 lithographies et Gabriel Tegneto et ses « Fauteuils des chefs ». Inaugurée en 2013, Bandjoun Station s'adosse aussi à une communauté agricole, accueille des artistes en résidence comme Hervé Youmbi ou Freddy Tsimba, et tisse des partenariats avec des écoles d'art. Une fois par mois, des écoliers sont invités à visiter le musée. « Il faudrait faire plus, beaucoup plus, mais, en attendant des soutiens, je continue », dit Toguo, sachant que, sur la route des Chefferies, et non loin du palais du sultan Njoya, son musée vient donner une autre dimension au voyage au Cameroun, celle de l'Afrique de l'art, bien présente au monde contemporain.

Thread, une fondation américaine au coeur du Sénégal
La Josef and Anni Albers Foundation, d'un couple membre du Bauhaus qui réunissait l'architecture (Josef) et le tissage (Anni), dirigée par Nick Murphy, vient d'ouvrir un centre culturel et résidence d'artistes au coeur du village de Sinthian, dans un bâtiment signé par le cabinet Toshiko Mori. Cet été, la fondation accueille la styliste Siri Johansen (Kenzo) et reçoit la visite de la créatrice sénégalaise Aïssa Dione. Depuis Dakar, où cette dernière réside et travaille (à 450 kilomètres de là), elle viendra explorer les possibilités de développer le tissage, mais aussi une fabrique de mobilier avec les matériaux locaux. L'artiste Sidy Diallo (originaire de cette région de Tambacounda), repéré à la dernière Biennale de Dakar, et le photographe américain Thatcher Cook se retrouveront aussi dans ce havre de la création animé par Moussa Diogoye Sène ... Un groupe de rap sénégalais succède à une équipe de réalisateurs londoniens, signe de l'ouverture de ce lieu à toutes les disciplines, pour tendre un fil (Thread) entre les peuples.


Source lepoint.fr

Par Valérie Marin la Meslée
Rédigé le Jeudi 23 Juillet 2015 à 13:42 | Lu 2797 fois | 0 commentaire(s)





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