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Paola Audrey Ndengue

"À Abidjan, je me sens libre"

Éditorialiste, blogueuse, consultante, influenceuse mode, Paola A. Ndengue a quitté Paris pour s'établir à Abidjan où elle est la professionnelle qui monte.


Paola Audrey Ndengue
Paola Audrey Ndengue
C'est au Cameroun que Paola Audrey Ndengue est née il y a 26 ans, mais c'est en France qu'elle a grandi à partir de l'âge de 13 ans. Cofondatrice du magazine de mode Fashizblack, la dynamique jeune femme a décidé en août 2014 de faire ses valises pour la capitale ivoirienne. Et cela semble lui réussir.

Pourquoi avoir quitté la France ? Vous avez d'ailleurs choisi la Côte d'Ivoire plutôt que le Cameroun…
Paola Audrey Ndengue : Mon projet initial a toujours été de rentrer en Afrique avec mon magazine sous le bras (Fashizblack, consacré à l'industrie de la mode africaine, lancé en 2008 sur le web puis en version print dans treize pays). Il fallait d'abord stabiliser les choses en France mais cela s'est avéré difficile. Nos interlocuteurs ne comprenaient pas notre ligne éditoriale. Aussi, au bout de cinq ans, je me suis remise en question. Le temps passait et je réalisais que j'étais en retard sur mon plan de carrière. Quand nous avons arrêté la version papier de Fashizblack, j'ai réalisé que plus rien ne me retenait en France dans la mesure où je pouvais travailler sur le web depuis n'importe où. Je visais d'abord le Ghana mais je n'avais pas énormément de contacts à Accra. J'ai ensuite considéré le Nigeria. Et c'est à ce moment que l'on m'a proposé un poste au sein d'une agence de pub à Abidjan. Je n'ai pas hésité. Vis-à-vis des domaines dans lesquels j'évolue, que ce soit l'entertainment, les métiers créatifs ou le marketing, le Cameroun n'était pas la meilleure option.

Vous considérez-vous comme faisant partie des jeunes « repats », ces enfants ayant grandi en Occident et qui décident de se tourner vers l'Afrique pour lancer leur carrière professionnelle ?
Oui et non. À Abidjan, j'ai tout autant l'impression d'être rentrée chez moi que d'être une expatriée. Je reste afropéenne, afroparisienne et mes racines sont camerounaises. J'ai aussi une vision panafricaine des choses. Je suis aussi à l'aise sur le terrain de l'Afrique anglophone, francophone ou lusophone. Sans compter que je n'ai jamais été en phase avec l'idée que « rentrer en Afrique » va de pair avec « rentrer dans son pays d'origine ».

Qu'est-ce qui vous a le plus frappée d'un point de vue culturel à votre arrivée à Abidjan ?
J'ai d'abord été frappée par les infrastructures comme, par exemple, le Palais de la culture sur l'avenue Christiani. Je rêve qu'un espace pareil soit érigé à Douala. Les gens consomment réellement la culture. Du zouglou dans les maquis aux expositions de peinture ou de sculpture en passant par les salles de cinéma. Il y a un nombre conséquent de galeries d'art ici. C'est une ville très riche culturellement parlant et qui attire de nombreux artistes internationaux. Je me souviens aussi avoir été marquée par le fait que l'on vende du tissu pagne au supermarché ! (rires). À Douala, je ne connais qu'un seul magasin qui vend du tissu wax. Mais la nouvelle génération de stylistes ivoiriens cherche à dépasser l'imprimé wax alors qu'au Cameroun, ce tissu fait un tabac ! Si les Abidjanais sont très critiques envers leur propre industrie culturelle, ils ne réalisent pas à quel point cela peut forcer une certaine admiration chez un Africain d'ailleurs même si, en matière de musique, le coupé-décalé a vampirisé moult styles de musique.

Après avoir été manager des activités numériques au sein d'une agence de pub, vous venez d'être nommée rédactrice en chef de Life, magazine lifestyle ivoirien, et êtes également responsable des éditions et du digital du groupe dont fait partie ce titre. Quels sont vos missions ?
J'ai pour mission de repositionner sur le web l'ensemble des titres de presses du groupe Voodoo Media que sont Life, magazine people, entertainment et lifestyle, Tycoon, consacré au business et success stories économiques, ainsi que Swag, dont la cible sont les ados de 12 à 17 ans. Il s'agit de développer ces produits média pour en faire de véritables marques. En qualité de rédactrice en chef de Life, je réfléchis à une nouvelle formule, de nouveaux contenus, soit une nouvelle approche. D'autres projets sont à venir au sein du groupe. Cela demande beaucoup de travail mais j'ai pour modèles des femmes de médias comme la Sud-Africaine Bonang Matheba et la Nigérianne Mo Abudu qui ont su relever de nombreux défis.

Selon vous, que manque-t-il aux pays d'Afrique francophone pour développer leur industrie culturelle ?
Je pense que dans les pays d'Afrique francophone, il y a un problème de compréhension quant au business qu'engendre la culture. Les anglophones ont très vite commencé à réfléchir à la monétisation de la culture. Tout ce qui est culturel reste folklorique en Afrique francophone. Il y a un réel problème de mentalité couplé à un manque de volonté, de réflexion et de professionnalisme. Il est temps de reprendre les rênes des succès qu'ont été des styles de musique comme le ndombolo ou le soukouss des années 90. Il n'existe pas de mécènes intéressés par l'art contemporain que produisent les jeunes artistes. Aussi, il y a un réel problème générationnel. On ne s'intéresse pas à la relève. J'ai trouvé cela dommage qu'une exposition telle que « Beauté Congo » soit assurée par la Fondation Cartier. Il aurait été plus logique qu'elle soit présentée au Congo quitte à être itinérante en passant par toute l'Afrique pour finir à Paris.

La France ne semble pas vous manquer…
Je ne vois pas ce qui pourrait me donner envie de retourner en France. Je sais que la Côte d'Ivoire a un passé houleux, qui n'est pas si lointain, et qu'une prochaine élection approche. Si ça se passe mal à Abidjan, je partirai sûrement pour un autre pays d'Afrique. Les choses sont dures en France et le sont encore plus en Afrique, mais pas de la même façon. En Afrique, il y a une sorte de fatalité qui fait que les gens sont moins stressés et moins défaitistes. Ici, je me sens utile. Même si tu es doué en France, tu as toujours un plafond de verre au-dessus de la tête. J'ai été découragée par le fait d'être systématiquement cantonnée au monde « afro ». Sans compter que je suis une femme. J'en avais marre que l'on me colle des étiquettes. Ici, j'ai la possibilité de me concentrer sur quelque chose de positif et de productif. À Abidjan, je me sens libre.


Source lepoint.fr

Par Katia Touré
Rédigé le Jeudi 15 Octobre 2015 à 08:45 | Lu 235 fois | 0 commentaire(s)






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