Connectez-vous
BASANGO
Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Partager

PIERRE BODO ET BODYS KINGELEZ

DISPARUS EN 2015, PERSONNE NE LES OUBLIERA. SAUF LES CONGOLAIS


Le peintre congolais Pierre Bodo devant une de ses oeuvres. © Galerie MAGNIN-A
Le peintre congolais Pierre Bodo devant une de ses oeuvres. © Galerie MAGNIN-A
Ils sont en deuil, qui d’un père, qui d’un frère, et ils ne décolèrent pas. La mort en mars de deux grands créateurs congolais, Pierre Bodo, éminent représentant de la peinture populaire, et Bodys Isek Kingelez, merveilleux architecte maquettiste, est passée inaperçue au Congo. « Dans notre société, on ne connaît pas la valeur des artistes. Personne n’a fait l’effort de voir qui était maître Bodo. Ce qui intéresse le gouvernement, ce sont les musiciens qui le servent », soupire Amani Bodo. « On n’a reçu aucune condoléance du ministère de la culture, aucune chaîne de radio n’a parlé de la mort de M. Kingelez », renchérit Fabrice Mukidi. Ce dernier nous reçoit dans le patio jouxtant l’ancien bureau de Bodys Kingelez. Une table en plastique recouverte de fleurs artificielles a été dressée pour l’occasion. Sans avoir l’aura altière de son aîné, Fabrice Mukidi en partage l’aplomb. Sur un ton ampoulé, plus déférent qu’affectueux, il évoquera « M. Kingelez », ce génial visionnaire qui réalisa en 1979 sa première œuvre à partir de carton et de plastique. Vers 1994, il inventera des villes alternatives au design syncrétique, à mi-chemin entre l’afro-futurisme et le design italien Memphis, petits Etats laïcs sans police ni cimetière, sans trafic aussi, chatoyantes et propres. « Il travaillait des nuits entières, de 21 heures à 5 heures du matin, se souvient son frère. Il voulait devenir célèbre. Il est tombé malade parce qu’il raisonnait beaucoup. » Ce dernier, qui l’avait rejoint en 1979, avant de voler de ses propres ailes en 1997, affirme vouloir préserver l’héritage.


Femme surchargée (2005) by Pierre Bodo - Pigozzi Collection 2014 - Contemporary African Art
Femme surchargée (2005) by Pierre Bodo - Pigozzi Collection 2014 - Contemporary African Art
Le chagrin est plus vif du côté d’Amani Bodo, 26 ans. Sa voix s’étrangle quand il évoque la mémoire d’un père adoré, ancien sapeur devenu artiste, puis pasteur pentecôtiste. Il en est sûr, il a été empoisonné par un entourage malveillant. Mais Amani Bodo ne s’appesantira pas sur ses intuitions, préférant évoquer la prodigalité artistique d’un peintre avec lequel il collaborera à partir de 1998. Empathique, politique et prolifique, Pierre Bodo voulait changer le cours des choses. Son style se fait onirique au début des années 1990. i[« Chaque fois qu’il découvrait des peintres célèbres, ça nourrissait son travail. Il a vu l’œuvre de Jérôme Bosch [peintre néerlandais du XVe siècle] au moment où il travaillait sur la question de la sorcellerie. On l’appelait d’ailleurs le “Bosch africain” »]i, raconte Amani Bodo. On le reconnaîtra à ses représentations de sapeurs à tête de volatiles. La figure féminine dominait aussi ses toiles. « Pour lui la femme était importante dans la société, elle apportait les solutions. Il avait depuis toujours en tête ce qu’on appelle aujourd’hui la parité », souligne Amani Bodo, qui entend suivre la voie et « apporter un plus à la société ». De son père, il ne retient pas seulement le peintre, mais aussi le pasteur, qui avait créé un centre de rattrapage pour les enfants abandonnés dans le quartier de Kingabwa, à Kinshasa. Il s’est promis de ne pas les laisser
tomber.

Source lemonde.fr

Par Roxana Azimi
Rédigé le Lundi 7 Septembre 2015 à 15:26 | Lu 1055 fois | 0 commentaire(s)





À lire aussi :
< >

Vendredi 1 Février 2019 - 15:55 Wilson Borja

Mercredi 12 Juillet 2017 - 04:51 SHOLA ADISA-FARRAR

Profil | Vue de Basango | Coup de coeur | Histoire de... | Le Festival









Afropunk célèbre la créativité des cultures afro

La dernière édition parisienne du festival underground américain a révélé toute l'étendue des cultures afro-descendantes.

Un foisonnement de couleurs et de motifs influencé par l'Afrique
Né à Brooklyn en 2005, le festival alternatif Afropunk a essaimé aux quatre coins du monde, d'Atlanta à Londres, de Paris à Johannesburg en l'espace de treize ans. Présent pour la quatrième fois dans la capitale le week-end dernier, l'événement célèbre l'affirmation des cultures noires décomplexées et dénonce toutes formes de discriminations raciales, physiques ou sexuelles. « Ce mouvement traduit la volonté de dire que les Noirs ne sont pas associés à un type de musique en particulier », précise l'essayiste et documentariste Rokhaya Diallo qui a animé une des deux journées. « C'est une manifestation extrêmement bienveillante qui prône une forme de liberté que l'on croise dans le public », poursuit-elle. « J'adore m'apercevoir que le spectacle est autant parmi les festivaliers que sur scène, dans les looks des gens se dégagent quelque chose de spectaculaire. » Ouvert absolument à tout le monde, le succès de la formule repose sur un savant mélange d'une programmation musicale éclectique mêlée à la mode, l'art et la ripaille avec une vingtaine de food trucks. Preuve du succès, la manifestation a déménagé du Trianon à La Villette l'année dernière et affichait complet pour cette édition avec 8 000 personnes aux styles vestimentaires pointus. Poids plume à côté du mastodonte new-yorkais et de ses 90 000 spectateurs, la déclinaison française attire déjà les voisins, du Benelux à la Grande-Bretagne, puisque près de 40 % du public est étranger.

ROGER MAVEAU
28/11/2018





Facebook
Instagram
Twitter