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Ozwald BOATENG

L'homme qui habille le tout Hollywood

D’origine ghanéenne, le créateur anglais qui a pour clients Will Smith, Leonardo DiCaprio, Jamie Foxx et Spike Lee entre autre a dû combattre les préjugés.


Ozwald Boateng et Jamie Foxx
Ozwald Boateng et Jamie Foxx
À la fin de chaque défilé, véritable boule de nerfs, il jaillit des coulisses, sautille dans tous les sens, agite un Union Jack sous le nez des premiers rangs, tape dans les mains, distribue les clins d’oeil, embrasse sa femme, quand il n’esquisse pas un petit jeu de jambes de boxeur… Là où la majorité des designers sortent faire un timide signe de la main, Ozwald Boateng agit en rockstar venue chercher sa récompense après des mois de labeur.
Dans le milieu, il est l’un des seuls à afficher sans réserve ce rapport physique et décomplexé à la création. Le film A Man’s Story raconte cela à merveille. Car, invité par le vibrionnant tailleur à le suivre pendant quelques semaines en 1998, le réalisateur Varon Bonicos a finalement passé douze ans collé à ses basques, devenant le témoin privilégié du quotidien infernal de celui que le célèbre critique mode de The Independent, John Walsh, qualifia un jour de «coolest man on earth» (l’homme le plus cool de la Terre, ndlr).

Assurément, Ozwald ne laisse personne de marbre. Depuis 1995 et son arrivée sur Savile Row, la Mecque du sur-mesure anglais, cet autodidacte n’a eu de cesse de bousculer l’establishment feutré dans le milieu des tailleurs. Sa précocité, sa couleur de peau et sa confiance inébranlable en son talent : tout en lui détonnait avec la tradition du tailoring anglais. Boateng aime à raconter l’anecdote de sa première visite sur Savile Row, en 1987, à 19 ans. Alors qu’il traverse la rue, il est abordé par une des légendes du sur-mesure anglais, Tommy Nutter. « La raison pour laquelle il est sorti de son magasin, c’est qu’il voulait voir de plus près ce que je portais (…). C’était ce costume trois-quarts en flanelle grise, fermé jusqu’en haut », se souvient Boateng dans la bible illustrée de James Sherwood. Cette rencontre lui donnera envie d’en faire son métier. Couvé par Nutter, Boateng présente une première collection - prometteuse - en 1994, avant de prendre son envol. L’année suivante, il ouvre son premier magasin sur Vigo Street, à portée de Church’s de Savile Row l’année suivante.

Une révolution de mohair

Ozwald Boateng
Ozwald Boateng
Si Boateng a depuis réussi à se tailler une place dans la jungle du tailoring anglais, c’est avant tout par la finesse de ses coupes. Influencé par la mode, habituellement considérée par les tailleurs comme la cousine vulgaire et tapeà- l’oeil, Ozwald Boateng prône une silhouette plus italienne, plus étroite. Surtout, il la décline sur des lignes haute-couture et prêt-à-porter. Ce parti pris lui a permis de toucher une clientèle plus moderne que celle habituée à Savile Row, notamment Hollywood, où les amis et fans du tailleur sont légion, de Will Smith à Laurence Fishburne en passant par Spike Lee et Gabriel Byrne. L’occasion pour lui d’envoyer bouler la sacrosainte discrétion qui entourait le métier et la clientèle des grands tailleurs. Car Ozwald Boateng aime la lumière, les tapis rouges et les photos avec des stars. Une révolution de mohair, dans ce monde de tweed et de laine.

Plus que la matière, ce qui caractérise le vestiaire de Boateng, c’est la couleur, qui irradie littéralement de ses collections. Il s’est d’ailleurs fait une spécialité du violet, qu’il cuisine à toutes les sauces depuis près de 20 ans, voire plus… Sa dernière collection, une des plus enthousiasmantes de la saison estivale 2012, est un véritable manifeste pour les couleurs bariolées et l’Afrique, avec des costumes manches courtes et des silhouettes d’explorateur coupées au cordeau.

De la faillite à Givenchy

Si l’ascension de ce petit génie de la sape a été fulgurante, elle n’en a pas forcément été linéaire, connaissant de sérieux coups d’arrêt. Comme cette maudite année 1999, où l’intégralité de sa collection est dérobée dans son studio, alors qu’il croule déjà sous les dettes et se débat avec un divorce. Les journaux de l’époque ne tardent pas à relayer la mise en faillite de sa marque. « J’étais à poil », confie Boateng à la caméra de Bonicos, ajoutant qu’il atteint à ce moment là « le pire moment de sa carrière ».

Mais Boateng va rebondir plus fort, plus haut. Animé par cette énergieincroyable, il trouve les ressources pour se relancer et décroche en 2000 le titre de meilleur designer masculin aux British Fashion Awards. Plus rien ne peut l’arrêter. Quatre ans plus tard, trois propositions tombent sur son bureau : la direction de l’homme chez Kenzo, Givenchy et Dior. Une véritable consécration pour un tailleur autodidacte de 37 ans. Il optera pour Givenchy et mènera de front pendant trois ans la création pour la marque parisienne et sa propre griffe avec un investissement de tous les instants. Son mariage n’y résistera pas. Il termine son contrat sur les rotules et décide de ne pas le renouveler, pour se recentrer sur ses projets, et d’abord sur Savile Row.

En 2007, il s’installe au 30 de la fameuse rue, confiant la confection de la boutique à l’un des plus prometteurs architectes africains, le tanzanien David Adjaye. Là encore, cet écrin va le démarquer des autres tailleurs de la rue, aux échoppes très classiques et discrètes.
Car malgré ses incartades dansla couture, Boateng est sans doute le plus ardent défenseur du Row, qu’il avait privatisé à l’occasion d’un défilé mémorable en 2002, la « Savile Row
Street party ».

Source lesinrocks.com

Par Gino Delmas
Rédigé le Lundi 2 Février 2015 à 12:52 | Lu 1384 fois | 0 commentaire(s)





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