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Ouattara Watts

Le plus américain des artistes ivoriens


Ouattara Watts
Ouattara Watts
« Ma vie en Côte d’Ivoire ? You know, j’ai pas grand-chose à dire. » Voilà presque 30 ans que l’artiste ivoirien Ouattara Watts, 58 ans, vit à New York. Trente ans que son français s’est tavelé de locutions en anglais. Il s’en excuse dans un éclat de rire. Bonhomme, le peintre que l’on rencontre à la Galerie Boulakia n’a rien de l’artiste maudit. « Je ne suis pas dans ce type de délires, admet-il. Je ne suis pas angoissé, ce qui ne veut pas dire que je ne vis pas des choses dures. » Bien qu’il ait figuré à la Documenta d’Okwui Enwezor à Cassel, en 2002, et à la Biennale de Venise en 1993, il ne prend pas la pose.
S’il prétend en préambule qu’il n’a pas grand-chose à confier, c’est moins par feinte que par pudeur. Ainsi ne veut-il rien dévoiler des rituels auxquels l’a initié son grand-père chamane. « Il y a des choses qui ne se disent pas, c’est secret, souffle-t-il. Et puis Marcel Griaule et Michel Leiris l’ont mieux raconté que moi. » Son aïeul ne lui a pas juste révélé les mystères de la nature et du cosmos. Il lui a donné l’envie d’être artiste. En bibliothèque, le jeune Ouattara avait déjà avalé quantité de livres sur Mondrian, Picasso, Braque et Derain, se prenant à rêver de Montparnasse et de Montmartre. Sa décision est prise, il fera ses études à Paris.
Débarqué en 1977, il s’inscrit aux Beaux-arts. Il y observe ses pairs, évite les moules et les clichés. « Les profs avaient en tête l’art d’aéroport, se souvient-il. Ils pensaient que comme artiste africain, je devais travailler le marron. Mais en Afrique, il y a des couleurs ! Je connaissais déjà mes racines, ce n’est pas ça que j’étais venu chercher. » Même s’il ne montre pas encore en galerie, Ouattara Watts est déjà sûr de lui et de sa ligne. A raison : il développe une petite clientèle privée de haute volée, de Claude Picasso, fils du peintre andalou, au designer Andrée Putman.

Un protégé de Basquiat

Mais c’est à l’artiste Jean-Michel Basquiat qu’il doit son grand bond. Les deux hommes se rencontrent en 1988, lors d’un vernissage à la galerie Yvon Lambert à Paris. Plébiscité par le Tout-New York, le peintre d’origine haïtienne est alors au faîte de sa gloire. Coup de foudre amical. Bien que de trois ans son cadet, Basquiat se montre protecteur envers son nouvel ami. « Jean-Michel cherchait l’Afrique, raconte Ouattara Watts. Il était allé en Afrique en 1986 et il avait aimé mon village, Korhogo. J’avais l’impression d’avoir grandi avec lui depuis des années. »
Basquiat presse Ouattara de migrer en Amérique. Le voilà plongé dans le chaudron new-yorkais. Son ami l’héberge, lui présente son réseau, l’emmène en escapade à la Nouvelle Orléans. « Il ne voulait pas que je vive ce qu’il a vécu. » Comprenez : le racisme rampant. « C’était difficile pour les artistes noirs dans les galeries dans les années 1980, reconnaît-il. Jean-Michel et moi avons ouvert la voie. » Les œuvres de Ouattara Watts se vendent aujourd’hui entre 27 000 et 60 000 euros.

En à peine quatre mois, Basquiat, qui décèdera en octobre 1988, aura bouleversé la vie de Ouattara Watts. Même sa peinture semble traversée par cette rencontre électrique. Aux Etats-Unis, le jeune homme voit soudain grand : ses formats se dilatent. Ses thèmes portent toujours la marque de l’Afrique. Sa palette en a gardé les stridences. Mais au fil des ans, d’autres codes et images s’y sont greffés. « Je me sens citoyen du monde, Africain, Français, New-yorkais », résume-t-il. Et c’est ce monde globalisé, fragile et chaotique, qu’il tente de restituer. Soudain, son ton devient grave, quasi mystique : « le rôle d’un artiste c’est de guérir le monde qui est malade de la consommation, de la spéculation, du manque de repères. Il faut que tout le monde fasse des efforts, you know. »

Ouattara Watts, jusqu’au 27 juin 2015, Galerie Boulakia,
10, avenue Matignon, 75008 Paris,
www.boulakia.net

Source lemonde.fr


Par Roxana Azimi
Rédigé le Lundi 4 Mai 2015 à 18:20 | Lu 1135 fois | 0 commentaire(s)






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