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Oscars 2019

« Zin'naariyâ ! » de Rahmatou Keïta dans la course

C'est une première pour le Niger, dont les couleurs sont représentées en ce moment à Hollywood, où la combative et talentueuse Rahmatou Keïta défend son premier film de fiction.


La sélection de son film Zin'naariyâ ! (The Wedding Ring en anglais et L'Alliance d'or en français) à la 91e édition des Oscars, dans la catégorie « film en langue étrangère », la réalisatrice nigérienne Rahmatou Keïta l'a apprise un frais matin d'octobre. Il est 7 heures et son téléphone se met à biper. « Je vois alors des félicitations pour la sélection du film aux Oscars par des publicistes américains qui proposaient déjà leurs services pour la campagne médiatique, à coups de centaines de milliers de dollars, alors que je n'avais même pas reçu la lettre officielle de l'Académie des Oscars m'informant de la sélection ! J'ai appelé ma productrice à Niamey et je lui ai dit : Je crois qu'on y est ! » narre-t-elle.

Deux mois de promotion aux États-Unis

Affiche du film Zin’naariyâ ! de Ramatou Keïta en lice pour les Oscars 2019. © Sonrhay Empire Productions
Affiche du film Zin’naariyâ ! de Ramatou Keïta en lice pour les Oscars 2019. © Sonrhay Empire Productions
Aussitôt, c'est le branle-bas de combat. Les festivals de cinéma internationaux, Rahmatou Keïta connaît. Déjà en 2005, elle se distinguait avec Al'lèèssi..., premier documentaire africain en sélection officielle au Festival de Cannes. Plus récemment, Zin'naariyâ ! – histoire d'amour et de traditions qui campe le retour au pays d'une jeune femme issue de l'aristocratie peule - l'a menée de Zanzibar à Toronto en passant par Ouagadougou, Londres ou Rotterdam pour promouvoir ce premier long-métrage de fiction dans de prestigieux festivals. Mais les Oscars ! C'est encore autre chose. Et ça commence par un long séjour imposé à Hollywood (quartier de Los Angeles). « Il faut que les films soient vus par le plus grand nombre et, pour ce faire, il faut organiser des projections, louer les salles de cinéma, répondre à des interviews, parler de son film lors de cocktails, réceptions, etc. Il faut être sur le sol américain au moins deux mois, ce qui suppose frais d'hôtel, de restauration, de transport… C'est très cher et c'est comme une campagne électorale : il y a une tournée à organiser dans certains États américains. Quand ils m'ont dit que je représentais le Niger, mais également l'Afrique de l'Ouest, je l'ai vécu comme un sportif qui va aux Jeux olympiques et qui rêve de faire gagner son pays », explique la Nigérienne.

« Stratégie parallèle »
Pour se démarquer des 86 autres films sélectionnés dans la catégorie « film en langue étrangère », Rahmatou Keïta a conscience que la bataille risque d'être inégale, elle qui ne croule pas sous les liasses de billets verts comme « ces grands studios qui se mènent une guerre sans merci ». Mais de là à s'avouer déjà vaincue... « J'ai convaincu Sonrhay Empire Productions (l'unique producteur du film, à Niamey) en lui disant qu'on pouvait mener une forte résistance active, car ça, nous savons faire : trouver des plans parallèles, des salles de projection moins chères, des annonces publicitaires à notre portée, faire les coursiers et les manutentionnaires, coller nous-mêmes nos affiches, nous déguiser en hôtes et hôtesses d'accueil dans nos réceptions, organiser des événements dans des lieux inattendus et peu onéreux... Et, vous savez, la plupart du temps, quand elle est du bon côté, la résistance gagne sur la guerre ! Voyez nos guerres d'indépendance, on les toutes gagnées contre la barbarie, toutes ! (éclats de rire) », résume-t-elle.

Une première pour le Niger
Pour l'heure, les soutiens de cette campagne sont maigres. « On se débrouille dans la jungle, et la production compte sur une participation du Niger, qui, j'espère, ne tardera pas à venir », glisse la réalisatrice, dont la reconnaissance internationale – doublée d'une opiniâtreté et d'un franc-parler devenus aussi sa marque de fabrique – n'est pas étrangère à la mise sur pied du Centre national pour le cinéma nigérien (CNCN), en 2008, sous la présidence de Mamadou Tandja.

C'est la première fois qu'un film nigérien est sélectionné aux Oscars. Un film dans lequel se mêlent les langues songhoy, zarma, hausa, fulaani et qui, de surcroît, a été financé uniquement par des fonds africains.

Les nominations seront annoncées le 22 janvier par l'Académie des Oscars. La 91e cérémonie de remise des trophées est, quant à elle, prévue le 24 février.

On souhaite bonne chance à Rahmatou Keïta !

Source : afrique.lepoint.fr

AGNÈS FAIVRE
Rédigé le Mardi 11 Décembre 2018 à 01:00 | Lu 4933 fois | 0 commentaire(s)






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