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Nappy, ce mouvement conquérant de la planète afro

Fière de ses cheveux, fière de sa peau. Le phénomène Nappy s'est emparé de la Toile et des podiums, de la Côte d'Ivoire à Paris.


Nappy ! Les cheveux de la chanteuse Ina Modja, tout un programme © Arthur Delloye
Nappy ! Les cheveux de la chanteuse Ina Modja, tout un programme © Arthur Delloye
Elles ont décidé d'arborer leurs cheveux afro naturels : les "Nappy girls" sont partout. On ne compte plus les évènements qui s'inscrivent dans cette tendance. Lancée en octobre 2011 sur les réseaux sociaux, la communauté "Nappys de Babi" compte aujourd'hui 7 800 membres à travers le monde, de la Côte d'Ivoire au Sénégal, des États-Unis au Japon. "Au départ, c'était un groupe destiné à deux ou trois personnes, afin de discuter des bons gestes pour entretenir les cheveux crépus", explique Mariam Diaby, jeune ivoirienne fondatrice de la communauté. Chacune des amies a ensuite rajouté une personne et la viralité de la Toile s'est occupée du reste. Depuis, le festival Crépu d'Ebène se déroule chaque année à Abidjan, tandis que Miss Nappy vient d'être lancée sur les réseaux par Afriquefemme.com. À Paris, les événements comme le salon Boucle d'ébène, la Natural Hair Academy et Miss Nappy Paris se succèdent.

D'Oprah Winfrey à Solange Knowles

Aujourd'hui revendiqué comme la contraction de "naturel" et "happy", le terme n'est à l'origine pas très heureux. Nappy désignait plutôt une personne débraillée, les cheveux emmêlés comme si elle se réveillait d'une sieste, nap en anglais. "Les cheveux crépus ont longtemps été diabolisés, perçus comme sales et moches", rappelle Fatou N'Diaye, qui tient le blog BlackBeautyBag. C'était sans compter le "coming out" capillaire de nombreuses stars, décidées à se débarrasser du défrisage, et par là des canons de beauté, imposés jusqu'alors par l'Occident. Raven Symone, Oprah Winfrey, Willow Smith, Noémie Lenoir, toutes ont fait leur "Big Chop", comprenez la grande coupe. Une tendance qui se popularise avec des chanteuses de R'n'B au look plus sophistiqué, comme Janelle Monae, Inna Mdja ou Jetta. Et, bien sûr, Solange Knowles, devenue l'une des représentantes du mouvement lorsqu'en 2009 elle décide de se raser la tête pour permettre à sa crinière naturelle de repousser.


"Shrinkage", "bantu knot", "yarn locks"

Dans les rues d'Abidjan ou de Dakar, à New York et dans le métro parisien, il est devenu fréquent de croiser des femmes couronnées d'une afro explosive ou d'une chevelure crépue, plus simple, mais toujours naturelle. Sur Google, Nappy, c'est 18 millions de résultats. Des blogs, tutoriels et forums à n'en plus finir. Ivoirianappies Blogspot ou Les Bidouilles d'une Nappy ne sont que les premiers d'une longue liste de sites qui dégainent leurs tuyaux pour sublimer sa "crépitude". Dans ces communautés, les internautes évoquent cette première où elles ont décidé de "faire péter l'afro". On parle "twist", "shrinkage", "bantu knot" ou "yarn locks". "Le défrisage, pour les femmes noires, c'est le premier geste de beauté. Nos mamans nous l'apprennent dès l'enfance. Alors porter les cheveux naturels, c'est découvrir une autre facette de soi et de sublimer sa beauté", explique Fatou N'Diaye, qui porte son cheveu naturel depuis 2006. À un moment donné, le phénomène est tel, qu'il prend même une tournure conflictuelle, opposant une dictature Nappy à celles qui préfèrent continuer à se lisser les cheveux, accusées de renier leur identité.

Quête identitaire

Historiquement, la tendance du retour au naturel s'inscrit dans le mouvement d'émancipation et d'affirmation culturelle des Afro-Américains, descendants d'esclaves, alors qu'ils luttent contre la ségrégation. Dès les années 1950, le défrisage, inspiré des rituels de coiffure des "maîtresses blanches" et qui s'est imposé comme une norme, se voit interprété comme un déni des origines africaines. Angela Davis, militante phare des Blacks Panthers, mais aussi d'autres personnalités artistiques comme Jimi Hendrix, feront alors de leur afro un étendard de leurs revendications. La coiffure sera popularisée par le phénomène du disco avant de tomber dans un relatif oubli. Les années 1990 signent le retour en grâce du cheveu naturel avec Lauryn Hill ou Erykah Badu. Preuve que les stéréotypes ont la vie dure, il faudra encore attendre 2009 pour que la première Barbie noire aux cheveux naturels soit proposée aux petites filles.

Un enjeu de santé publique

De retour sur les podiums, le naturel n'est-il qu'un simple effet de mode ? Alors que les femmes noires sont celles qui consomment le plus de cosmétiques au monde, selon une étude de Softheen Carson, filiale de L'Oréal, il est aujourd'hui reconnu que certains produits de beauté peuvent avoir des effets nocifs sur la santé des utilisatrices. "Les produits pour blanchir la peau et les défrisants sont parfois responsables de brûlures, de cancer, d'insuffisance rénale ou de diabète et peuvent perturber les cycles hormonaux lorsqu'ils sont utilisés chez les petites filles", prévient Isabelle Mananga-Ossey, fondatrice de l'ONG Label beauté noire, qui propose des certifications, "pour séparer le bon grain de l'ivraie". Une prise de conscience du côté des consommatrices, qui les amène de plus en plus à s'interroger sur leur mode de consommation. Si les défrisants dominent encore largement le marché de la beauté, des marques qui revendiquent une fabrication artisanale émergent, comme les Secrets de Loly, Activilong ou Shea Moisture. Motivé par des raisons identitaires, sanitaires, économiques ou simplement esthétiques, Nappy, plus qu'une tendance, tend à s'imposer comme une véritable alternative aux canons, encore uniformes, de la beauté.

Source lepoint.fr

Par Laurène Rimondi
Rédigé le Mercredi 4 Février 2015 à 14:33 | Lu 1473 fois | 1 commentaire(s)





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Afropunk célèbre la créativité des cultures afro

La dernière édition parisienne du festival underground américain a révélé toute l'étendue des cultures afro-descendantes.

Un foisonnement de couleurs et de motifs influencé par l'Afrique
Né à Brooklyn en 2005, le festival alternatif Afropunk a essaimé aux quatre coins du monde, d'Atlanta à Londres, de Paris à Johannesburg en l'espace de treize ans. Présent pour la quatrième fois dans la capitale le week-end dernier, l'événement célèbre l'affirmation des cultures noires décomplexées et dénonce toutes formes de discriminations raciales, physiques ou sexuelles. « Ce mouvement traduit la volonté de dire que les Noirs ne sont pas associés à un type de musique en particulier », précise l'essayiste et documentariste Rokhaya Diallo qui a animé une des deux journées. « C'est une manifestation extrêmement bienveillante qui prône une forme de liberté que l'on croise dans le public », poursuit-elle. « J'adore m'apercevoir que le spectacle est autant parmi les festivaliers que sur scène, dans les looks des gens se dégagent quelque chose de spectaculaire. » Ouvert absolument à tout le monde, le succès de la formule repose sur un savant mélange d'une programmation musicale éclectique mêlée à la mode, l'art et la ripaille avec une vingtaine de food trucks. Preuve du succès, la manifestation a déménagé du Trianon à La Villette l'année dernière et affichait complet pour cette édition avec 8 000 personnes aux styles vestimentaires pointus. Poids plume à côté du mastodonte new-yorkais et de ses 90 000 spectateurs, la déclinaison française attire déjà les voisins, du Benelux à la Grande-Bretagne, puisque près de 40 % du public est étranger.

ROGER MAVEAU
28/11/2018





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