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Nafissatou Dia Diouf

La plume et le plaisir


Nafissatou Dia Diouf
Nafissatou Dia Diouf
Elancée, la voix chantante roulant légèrement sur les « r », Nafissatou Dia Diouf porte fièrement son identité sénégalaise. Son discours comme son écriture sont à la fois pudiques et sans fards.
Cette écrivaine est issue de la génération montante d’auteurs sénégalais, comme Felwine Sarr, « un de nos plus grands espoirs », se félicite-t-elle. Nafissatou Dia Diouf vient de publier un premier roman : La Maison des épices (Ed. Mémoire d’encrier), après avoir affiné son style par le biais de nouvelles, poésies, livres de jeunesse et « Sociobiz », des chroniques irrévérencieuses sur l’« homo senegalensis ».
Avec le recueil Volcaniques, édité par la maison Mémoire d’encrier, de l’auteur québéco-haïtien Rodney Saint-Eloi, elle fait ici sa première incursion (littéraire) sur le thème du plaisir féminin : « Quand mon amie Léonora Miano a fait ses deux anthologies du désir et du plaisir, elle a regardé autour d’elle les femmes dont la plume lui parlait. Certaines ont refusé. J’ai fini par accepter. »

Elle fantasme et subit la réprobation de sa mère

Si l’écrivaine a hésité, ce n’est pas tant pour le qu’en-dira-t-on que pour la lecture qu’en feraient ses enfants et parents : « Après tout je suis écrivaine et, à la quarantaine, je peux m’affranchir de certaines convenances pour dire des choses qui sont naturelles et vécues par tout le monde. »
Sa nouvelle Maître Es est soft et poétique par rapport à certaines des douze plumes du recueil, dont celles de Marie Dô, Hemley Boum ou Elizabeth Tchoungui. Nafissatou Dia Diouf y décrit son héroïne peule Bilguissa Below « comme une avocate libre, qui travaille, a une vie qu’elle a choisie », mais frustrée dans sa chair. Elle fantasme et subit en cela la réprobation morale de sa mère : « Les mères africaines sont souvent les éducatrices. Elles veulent protéger leur progéniture de ce que peuvent en dire les voisins, la société et les mettre dans le droit chemin. »
Ce code de conduite qui régit les mœurs au Sénégal, Nafissatou Dia Diouf le fustige pour son hypocrisie. Elle reconnaît avoir un peu forcé son trait, n’ayant pas elle-même grandi dans un environnement liberticide. Déjà, en 1982, Ken Bugul, sous ce nom de plume imposé par son éditeur, avait choqué les bonnes mœurs et décomplexé des générations d’écrivains avec l’autobiographique Baobab fou, parlant ouvertement de sexe et de drogue.

« Notre société n’est pas prête »
Le sulfureux Volcaniques aurait-il pu être édité au pays de la Teranga ? « J’espère que ce recueil sera distribué, diffusé et lu au Sénégal, répond-elle. Mais je ne pense pas qu’un éditeur sénégalais aurait pris le risque de l’éditer. Peut-être dans un autre pays d’Afrique… Notre société n’est pas prête à ça. Autant un pamphlet politique peut être un best-seller, autant certaines questions taboues sur le sexe seraient ostracisées par les bien-pensants. »

L’auteure s’enchante de cette expérience : « C’est novateur et très descriptif au regard de la société pudique d’où je viens. Je suis très contente de l’avoir fait aux côtés de ces femmes, connues ou moins connues, qui ont toutes une écriture singulière qui repousse les limites… »
Son regard de femme aiguisé, nourri par le parcours de battantes, comme la révolutionnaire de Casamance Aline Sitoé Diatta ou l’écrivaine Mariama Ba, Nafissatou Dia Diouf entend bien continuer à le porter. Son deuxième projet de roman est le combat d’une femme du Fouta-Toro qui a migré à Paris et lutte pour sauver ses enfants enlevés par son mari.

Source lemonde.fr

Par Julien Le Gros
Rédigé le Mercredi 1 Avril 2015 à 11:36 | Lu 572 fois | 0 commentaire(s)






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