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Mode : l'Afrique revisite ses tissus

Les tissus traditionnels africains ont souvent inspiré les couturiers occidentaux qui les ont fait vivre à leur manière. Aujourd'hui, les créateurs de mode du continent s'emparent à leur tour de ces étoffes pour les remettre au goût du jour


Men in Fashion - Kitenge Festival
Men in Fashion - Kitenge Festival
Un samedi après-midi d'octobre dernier, dans le quartier de Gigiri à Nairobi, la zone commerçante de Village Market a été le théâtre d'une explosion de couleurs. Les passants s'arrêtaient devant les différents stands pour regarder les tenues inspirées de motifs africains, présentées dans le cadre du "Kitenge Festival".

Une grande partie des articles exposés étaient fabriqués dans un tissu dit ankara, ou kitenge, et dans d'autres étoffes comme la shuka masaï. Autant de textiles qui ne sont plus réservés à l'ancienne génération, comme l'a montré cette exposition, mais qui sont désormais populaires auprès de la jeunesse. “Le kitenge est aujourd'hui associé à la mode africaine contemporaine et on s'en réjouit ” explique Grace Makosewe, qui travaille pour Nairobi VIP, la société qui a organisé le festival.

Ces tissus sont utilisés pour créer des collections plus modernes, de façon à plaire aux consommateurs de tous âges. “Les imprimés africains ont des couleurs très riches,” renchérit Alvin Mei, PDG et directeur artistique d'Urban Phunk, une maison de mode installée à Nairobi.

Ces derniers temps, le kitenge comme d'autres tissus se sont fait une place sur les podiums internationaux : le kitenge a été utilisé par la marque Burberry pour sa ligne Prorsum, par Marni (Italie) pour sa collection dédiée à H&M. La marque Louis Vuitton s'est quant à elle servi de l'étoffe masaï [shuka masai] pour sa collection hommes en 2012.

Ann McCreath travaille depuis longtemps dans le monde de la mode et connaît bien le secteur. C'est à Milan, il y a près de 30 ans, qu'elle a vu des tissus africains pour la première fois. Elle a eu un véritable coup de foudre pour ces étoffes. Dix ans plus tard, elle a lancé sa griffe KikoRomeo et elle se sert de ces tissus pour créer des vêtements actuels.

Récemment, elle a remarqué une hausse du nombre de clients âgés de moins de 35 ans qui investissent dans ces imprimés africains traditionnels. “C'est probablement dû aux musiciens et aux célébrités qui portent des habits d'inspiration africaine” pense-t-elle. Ainsi les musiciens du groupe kenyan d'afro-pop Sauti Sol ont-ils contribué à faire progresser cette tendance, depuis qu'ils sont montés sur scène habillés de vestes et de shorts en tissu kitenge.

La Kenyane Wambui Mukenyi fait partie de ces jeunes créateurs qui intègrent divers tissus africains à des matières plus traditionnelles comme le satin, la mousseline de soie, le jean et le coton pour concevoir des pièces uniques. “Comme les imprimés africains sont éclatants, nous les utilisons avec d'autres tissus pour ajouter une touche colorée,” explique pour sa part Winston Nyabera, le directeur artistique de la maison de mode Dishol basée à Nairobi.

Le kitenge ne sert plus uniquement pour créer des ensembles -tailleurs, robes ou costumes- mais aussi pour des accessoires pour cheveux, des ceintures, des sacs, des boucles d'oreille et même des chaussures. C'est ainsi qu' Alvin Mei intègre des pièces de tissus africains à sa collection de sacs : cela lui permet d'ajouter de la couleur à ses sacs à dos en jean.

L'engouement pour ces tissus ancestraux prend de l'ampleur à mesure que croît le nombre de personnes qui choisissent de porter au quotidien des motifs africains très colorés. Mais pour garder une longueur d'avance, chaque créateur doit inventer un style unique. “Dans la mode, ce sont les détails qui font la différence et ces tissus permettent plus facilement d'ajouter une touche de couleur,” précise Alvin Mei.

Qui peut acheter ces créations ? Les petites entreprises proposent des articles à la portée de budgets modestes, mais les grandes maisons de mode comme KikoRomeo ciblent une clientèle au pouvoir d'achat plus important. “Nos clients dépensent vite 10 000 à 15 000 shillings kenyans [86 à 129 euros], voire 35 000 [300 euros] pour les grandes occasions,” affirme Ann McCreath.

Source Courrier International

Doreen Wainainah
Rédigé le Vendredi 18 Janvier 2013 à 08:32 | Lu 1114 fois | 0 commentaire(s)






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ROGER MAVEAU
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