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Mémoire du Monde noir

Il y a ceux qui tiennent à décrire le monde, à le disséquer, à l’analyser rigoureusement et paternellement, et ceux qui le vivent, vibrent avec lui. Il y a ceux qui grognent, qui geignent, râlent et tempêtent, et ceux dont la sérénité désarme. Ni justicier ni bagarreur, si nous défendons la cause du monde noir, c’est en nous donnant à voir ce qu’il a de plus créateur, ce monde, de plus divers, de plus poétique et de plus courageux. Les souffrances noires d’hier et d’aujourd’hui n’ont pas été gommées, au contraire. Mais elles sont, on le comprend, sources d’aventures historiques extraordinaires, elles sont le terreau de la musique, du dire et du tenir, du rêve et du rire lui même.


La vitalité et la magie des peuples africains

mémoire du monde noir
mémoire du monde noir
Oui, lutter contre l’oubli du passé c’est préparer l’avenir. Car un peuple qui a la mémoire courte est un peuple qui n’a pas d’avenir.

De l’Afrique et des diasporas africaines les médias ne nous montrent généralement que les plaies; nombreuses il est vrai: famines, maladies, guerres fratricides, saccages écologiques, tentatives de démocratisation sans lendemain. sont ainsi englouties par les images des médias dans ce maelström de calamités.
Briser ce regard réducteur et sinistre est l’une des raisons d’être des mémoires du monde noir. Nous sommes de la couleur du genre humain, nous ne voulons pas nous enfermer, ni nous barricader dans une négritude narcissique pour démontrer à d’autres la richesse de notre histoire, l’égale ou la supérieure puissance des cultures des peuples noirs. Un seul souci nous guide, nous motive: la reconstitution d’une mémoire fissurée, écartelée, déboussolée par cinq cents ans d’oppression physique et symbolique. Fixer cette mémoire, lui donner un sens, l’interroger, c’est exprimer une conviction: c’est en sachant d’ou nous venons que nous saurons mieux cerner ou nous sommes et mieux définir ou aller. “ Coupe tes chaînes et tu es libre, coupe tes racines et tu meurs”, dit le proverbe.

En effet les peuples sont comme les arbres. Sans racines ils ne peuvent pas tenir debout, ils s’écroulent.
Et s’ils ne tombent pas ils ne peuvent plus grandir. Ils se recroquevillent sur eux mêmes, s’accrochent aux vestiges du passé, rentrent dans leur carapace, se posent en s’opposant à d’autres. A ceux qui leur sont différents. Ou alors, perdus, ils ils appauvrissent l’humanité en se dissolvant dans un universalisme béant.
Fixer la mémoire d’un peuple ce n’est donc pas nécessairement affirmer le passé au détriment du présent et de l’avenir. Cela peut être tout simplement une conjugaison des temps. On ne peut vivre serein et l’esprit ouvert dans le présent et marcher confiant vers l’avenir que si on est des hommes du passé. Fixer la mémoire c’est un combat d’utilité actuelle.

Les mémoires noir sont l’histoire d’un peuple dépossédé, déporté par millions; une histoire faite de bleus et de rires, de désespoirs et d’espoirs. Il y a eu le marquage au fer rouge, les traversées d’océans au fond des cales de bateaux, les fouets, les travaux forcés, les dieux et les forets brûlés, les langues interdites, la ségrégation brutale ou sournoise... Face à cela il y a eu des hommes et des femmes aussi se sont levés. A Issandlwana, à Palmares, à Soweto, dans le Mississippi, ils ont tenu bon. Ils ont agi en levain et en levier de la conscience collective et rebelle de leur peuple, et en défenseurs de la dignité humaine. L’histoire officielle ne les honore pas. Sur les bancs de l’école on nous appris que le grand Tchaka Zoulu n’était qu’un criminel; que l’imdomptable Samory Touré était un sanguinaire, que l’infatigable Marcus Garvey n’était qu’un Charlatan, que le juste Malcom X n’était qu’un apôtre de la violence... Quant à notre terre, on nous a dit qu’avant l’arrivée des colons, elle n’était qu’un repaire de sauvages infesté de superstitions et de fanatisme, voué au mépris lourd de la malédiction de Dieu, un pays d’anthropophagie qu’il fallait civiliser. Certain d’entre nous ont intériorisé ce regard dépréciatif; ils se sont mis à haïr et à vouloir ressembler à leur maître. Tchicaya : “ Je vois des gens qui refusent d’etre des indigènes, ils veulent être des Européens, des évolués, des blancs...Ils sont à la mesure de ce que l’ennemi veut qu’il soient. A ce compte là, comment peuvent ils récupérer l’indépendance si ce n’est par l’échec? C’est ce qui s’est produit, hélas.” ://

Cheikh Anta Diop n’est pas tombé du ciel

Téké
Téké
La science a depuis révisé sa copie. Cheikh Anta Diop est passé par là. En 1954, une maison d’édition publie une thèse d’un étudiant africain. Cet ouvrage va fonder l’afrologie qu’on retrouve encore aujourd’hui dans le rap de Boogie down Production ou dans la musique de Stivie Wonder. Théophile Obenga a repris le flambeau dans son centre international des civilisations Bantoues. Dans cette école africaine de Libreville on apprend que les fondateurs de la philosophie, Hérodote, Hippocrate, Solon, Thalès, ont été des étudiants initiés en Égypte nègre. Comme les étudiants africains sont formés aujourd’hui en occident. On y apprend aussi que la langue wolof de l’Egypte antique, que la société égyptienne était avant tout noire, qu’elle est à l’Afrique ce que la Grèce et Rome sont à l’occident. Cheikh Anta Diop n’est pas tombé du ciel. Il est le produit de la rencontre de l’Afrique avec la culture panafricaine née dans les diasporas africaines. La déportation, l’oppression, la marginalisation de ces diasporas ont donné naissance au panafricanisme. Du Harlem de Marcus Garvey et de Duke Ellington au Kingston de Edward Brathewaite et de Bob Marley, en passant par Brixton de Race Today et du Dub de LKJ, le panafricanisme a été longtemps la source d’inspiration du monde noir.

Aujourd’hui, avec le sacre de Nelson Mandela, le centre du combat s’est déplacé vers l’Afrique en général. Ce combat s’appelle aujourd’hui construction de la paix, éducation, développement, santé pour tous...

Chanter l’Afrique des temps immémoriaux, la beauté des vieux aux sourires fanés, faire revenir le passé du fond de la mémoire comme un serpent totem aux chevilles liées du monde noir peut aider à relever ces défis. A condition qu’on ne confonde pas droit à la mémoire et repliement sur soi.

Guinée, Ghana, Congo, Mali, Zimabwe; Ouagadougou, Tombouctou, Djenné, Kilwa, Monomotapa; Nil, Niger, Congo, Kivu; Nègre Bateke, Nègre Bembe; baobab, kailcédrat; Amazone, Hougan, Babalao; arrachement, rapt, Négrier, carcans, baracoon, fer rouge, ferrement, caravelle, cales, galère, vente, fouets, champs de coton, gardes chiourme, Maîtres; marronage, silex, laves, pierres, couteaux, serpents venimeux; émancipation, astres, étoiles; villes, grattes ciel, acier, béton, dividendes, banquiers; orages, inondations, tremblement de terre, raz de marée, tonnerre, éclair, foudre, ouragan, cyclones, mer, sel, feu, phénix, pluie, eau, ovaires, germes, graines, pollen, fécondation, soleils... C’est un fleuve de larmes, de douleur que cette histoire du monde noir; une montagne d’injustices, une vallées de peines, une plaine de promesses oubliées. Mais c’est aussi de grands fleuves charriant la liberté que cette histoire, des vallées vertes de foi en vie, de fortes montagnes touchant le ciel, de grandes plaines regorgeant d’amour.
Pour la raconter, la restituer au jour le jour nous avons fait le choix d’emprunter le tempo des griots de Kayes, des rappeurs du Bronx et des poètes de la cordao Récife. Car nous croyons que l’histoire ce n’est pas les mathématiques. Ce n’est pas un alignement froid de chiffres.

David Gakunzi
Rédigé le Mardi 21 Janvier 2003 à 00:00 | Lu 753 fois | 0 commentaire(s)





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Afropunk célèbre la créativité des cultures afro

La dernière édition parisienne du festival underground américain a révélé toute l'étendue des cultures afro-descendantes.

Un foisonnement de couleurs et de motifs influencé par l'Afrique
Né à Brooklyn en 2005, le festival alternatif Afropunk a essaimé aux quatre coins du monde, d'Atlanta à Londres, de Paris à Johannesburg en l'espace de treize ans. Présent pour la quatrième fois dans la capitale le week-end dernier, l'événement célèbre l'affirmation des cultures noires décomplexées et dénonce toutes formes de discriminations raciales, physiques ou sexuelles. « Ce mouvement traduit la volonté de dire que les Noirs ne sont pas associés à un type de musique en particulier », précise l'essayiste et documentariste Rokhaya Diallo qui a animé une des deux journées. « C'est une manifestation extrêmement bienveillante qui prône une forme de liberté que l'on croise dans le public », poursuit-elle. « J'adore m'apercevoir que le spectacle est autant parmi les festivaliers que sur scène, dans les looks des gens se dégagent quelque chose de spectaculaire. » Ouvert absolument à tout le monde, le succès de la formule repose sur un savant mélange d'une programmation musicale éclectique mêlée à la mode, l'art et la ripaille avec une vingtaine de food trucks. Preuve du succès, la manifestation a déménagé du Trianon à La Villette l'année dernière et affichait complet pour cette édition avec 8 000 personnes aux styles vestimentaires pointus. Poids plume à côté du mastodonte new-yorkais et de ses 90 000 spectateurs, la déclinaison française attire déjà les voisins, du Benelux à la Grande-Bretagne, puisque près de 40 % du public est étranger.

ROGER MAVEAU
28/11/2018





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