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Matilde Ribeiro

Valoriser la diversité stimule l’inclusion

Article de la ministre Matilde Ribeiro publié à l’origine dans la rubrique Tendances/Débats de la Folha de São Paulo du 16/10/2007.


Matilde Ribeiro, Ministre Afrobrésilienne
Matilde Ribeiro, Ministre Afrobrésilienne
Une transformation importante pour la consolidation de la démocratie au Brésil est en marche depuis les quatre dernières années, avec l’introduction d’actions affirmatives par les administrations publiques de l’ensemble du pays. En augmentant l’accès des groupes historiquement discriminés à des services essentiels, les institutions publiques ont commencé à encourager les noirs brésiliens à assumer leur propre couleur, et à ne plus être obligés d’occulter leurs caractéristiques physiques et culturelles pour éviter la discrimination dans les divers espaces de la vie politique et sociale.

Ce mouvement de valorisation de l’identité Afro-Brésilienne aide assurément à combattre le racisme et à recouvrer la contribution des immigrants africains à la richesse et à la diversité culturelle et économique du pays.
Les données du Pnad (Pesquisa Nacional por Amostra de Domicílios - Enquête nationale par échantillonnage des Ménages) publiées à la mi-septembre démontrent que la population noire a gagné en visibilité dans les statistiques officielles.

Le nombre de personnes qui se déclarent noires est passé de 11,5 millions à 12,9 millions, entre 2005 et 2006. Et la population de noirs et de métisses, 49,5% du total , est bien proche de celle du nombre de blancs (49,7%), un fait qui ne s’était pas produit depuis de nombreuses années. De plus, la proportion de métisses dans la population a chuté de 43,2% à 42,6%, ce qui confirme qu’il y a eu un déplacement de personnes se déclarant métisses vers le groupe de ceux qui se déclarent noirs.

Une analyse comparative des données du Pnad avec des statistiques antérieures est importante, puisqu’elle démontre l’inversion d’un processus discriminatoire et raciste, très longtemps encouragé par l’État, qui a conduit la population noire et métisse à plonger de 66%, lors du recensement de 1890 à 34% dans les années 40.
La croissance du nombre de personnes se déclarant noires et métisses ne coïncide pas par hasard avec la période durant laquelle les politiques d’actions affirmatives furent développées et renforcées par le gouvernement fédéral, à partir de la création du Secrétariat Spécial des Politiques de Promotion de l’Égalité Raciale en début 2003.
Somme toute, si les noirs représentent dans la réalité presque 50% de la population du pays, l’ inclusion de leurs demandes spécifiques dans les politiques publiques est étroitement liée à la lutte historique qui a éclot depuis la campagne pour l’abolition de l’esclavage.

A partir des actions du Seppir, des questions peu visibles, comme l’existence de milliers de communautés issues des quilombos au Brésil ont commencé à recevoir l’attention du pouvoir public. Jusqu’à 2002, 743 quilombos avaient été identifiés au pays.
Actuellement, le nombre de quilombos enregistrés est allé jusqu’à 3.224 communautés, dont les populations sont aujourd’hui considérées du point de vue de la régularisation foncière et de la réponse à d’autres demandes.
La valorisation culturelle des africains dans la formation scolaire des enfants, par le biais de la loi 10.639, qui a institué en 2003 l’obligation de l’enseignement de l’histoire afro-brésilienne dans le curriculum officiel de l’enseignement de base a également lancé un processus qui doit aboutir à une nouvelle conception, plus juste et moins raciste de l’histoire du Brésil.

Une autre initiative importante de l’Exécutif a été de présenter au Congrès National le projet de loi 73/99, qui a institué des réserves (quotas) de places pour les étudiants provenant des écoles publiques, en respectant la proportionnalité des noirs et d’indigènes dans chaque division de la Fédération.
La discussion de cette proposition a encouragé les institutions d’enseignement de l’ensemble du pays à approuver dans leurs collèges l’adoption de quotas en faveur des noirs et des indigènes, actuellement pratiqués par près de 40 universités publiques.
En plus de viabiliser l’entrée de près de 100 000 bénéficiaires de quotas dans les universités fédérales, grâce aux actions affirmatives , 200 000 boursiers qui se déclarent afrodescendants sont admis dans des institutions particulières par le biais du ProUni (Programme Université pour Tous).

Bien que ces résultats soient encore timides pour placer la population noire à court terme en situation d’équité, il est indéniable que, au cours des ces 119 ans suivant l’abolition de l’esclavage, jamais auparavant autant de mesures n’avaient été prises dans des secteurs aussi divers pour l’inclusion sociale des noirs.
Ainsi, le Brésil vit une opportunité unique de rendre effective une véritable démocratie raciale . Cela veut dire que nous pouvons et nous devons profiter de l’importance et de l’effervescence acquises par le sujet pour transformer les actions tournées vers la promotion de l’égalité raciale en politiques d’État, en faisant un pas décisif pour instituer dans la pratique le principe constitutionnel de l’égalité entre tous les citoyens.

Matilde Ribeiro
Traduction de Guy Everard Mbarga

*Matilde Ribeiro, 47 ans, assistante sociale, mestre en psychologie sociale du PUC-SP (Pontifícia Universidade Católica de São Paulo), est ministre du Secrétariat Spécial des Politiques de Promotion de l’Égalité Raciale.

http://www.maurorubem.com.br/mostra_artigo.php?cod=129 .

Guy Mbarga
Rédigé le Jeudi 1 Novembre 2007 à 16:03 | Lu 1360 commentaire(s)




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