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Leadership Africain Américain

La crise

Plus de 30% des Noirs ne se reconnaissent dans aucun leader. Jesse Jackson en tête devance Condoleezza Rice.


Barack Obama
Barack Obama
Le sondage AP/AOL Black Voices paru le 15 février 2006, portant sur le leadership africain américain laisse apparaître une profonde crise de représentation auprès des populations noires des Etats-Unis, qui dans les années 60 se reconnaissaient massivement derrière les King et Malcolm X.

Ce sondage réalisé par téléphone entre le 09 janvier et la 03 février 2006 auprès 600 adultes africains américains par l’Institut Ipsos a mis en avant quelques surprises et paradoxes.

Le grand vainqueur semble être nettement l’absence de leader puisque un tiers des sondés ne se reconnaissent derrière aucune personnalité actuelle, allant même jusqu’à questionner l’utilité de la notion de «most important leader» pour certains. Parmi ce bon tiers, 21% se déclarent incertains sur le choix d’une personnalité, alors que 13% n’en choisissent aucune. Seuls 18%, moins d’un cinquième des répondants, affirment que les représentants communautaires font un travail satisfaisant...

Barack Obama
Barack Obama
Malgré tout, c’est un militant des Civil Rights, au plus haut de sa popularité dans les années 80 quand il postulait à la candidature démocrate, Jesse Jackson, qui pointe en tête avec 15 % d’opinions favorables. Ce qui n’est pas nécessairement rassurant quand on voit la faible tension de pugnacité et de présence de ce rescapé des mouvements d’émancipation sur les thèmes touchant la communauté noire aujourd’hui.
Autre signe de cette relation distordue entre les Africains Américains et leurs élites, c’est le secrétaire d’Etat Condoleezza Rice qui, à 11 % est la seconde personnalité préférée, suivie de son prédécesseur Collin Powell à 8%, ancien général de l’armée américaine. Ces deux étant républicains, parti traditionnellement boudé par les couches populaires noires, leur classement montre probablement un fléchissement des clivages démocrates-républicains, et une moindre valorisation partisane dans la confiance à un leader, au profit de la stature individuelle.

Le sénateur démocrate de l’Illinois, premier sénateur noir de son parti, Africain Américain né de père kenyan, Barack Obama apparaît à la quatrième place avec 6% d’opinions favorables. Relativement peu connu il représente la figure montante des élites noires.
Louis Farrakan, Ministre de la Nation of Islam, et ses 4% de sondages favorables aurait pu attendre mieux de sa communauté, lui qui a réussi en 1995 à inspirer et co-organiser la Million Man March et en 2005 le Million More Movement, ressuscitant le souvenir moteur des grandes marches d’émancipation. Certes son positionnement islamique dans un pays et une communauté noire majoritairement chrétiens en plus des effets d’une communication exclusivement présentée comme agressive, ne jouent pas en sa faveur.
La désamour de la communauté vis-à-vis de ces nouvelles figures de proue s’affiche encore plus ostensiblement lorsque le révérend Martin Luther King, mort assassiné par l’establishment blanc en 1968 fait jeu égal avec une méga star actuelle des médias, Oprah Winfrey avec 3%.

Des explications sociologiques sont tentées, telles que les mutations internes à la composition de la communauté qui a explosé depuis les années 70 en une classe moyenne et une classe minoritaire de très nantis. De plus, l’écart de revenus entre Noirs et Blancs s’est réduit sur cette période même si les inégalités demeurent profondément marquées et les discriminations aussi.

Cette diversification de la composition de la communauté s’ajoute au remplacement des générations, avec l’influence actuelle d’un mouvement Hip-Hop dépolitisé, et axé sur les valeurs de l’argent et de la consommation lubrique. Cependant c’est un rappeur, Kanye West et pas un politique qui a le mieux fait entendre la voix des Africains Américains face à la catastrophe quasi ethno-nègre provoquée par l’ouragan Katrina en 2005, accusant les retards d’intervention des forces US du fait d’un biais racial.

Cette forme d’acéphalie communautaire rencontrée par la société africaine américaine ne dénote pas beaucoup, coïncidence troublante, avec l’acéphalie politique africaine contemporaine. Et deux processus qui se résumeraient, en quelque chose, en un seul, rendent raison de ces involutions parallèles : premièrement le travail de purge mené dans les années 60-70 contre les militants Africains Américains, des plus célèbres assassinés aux moins connus qui ne connurent pas toujours un sort plus enviable. Le programme illégal du FBI, le Cointelpro avait justement pour mission d’éradiquer l’émergence d’un leadership au sein duquel les Black Panthers furent une cible privilégiée. Deuxièmement le même travail de purge mené contre les leaders nationalistes africains, intensifié pendant la période d’indépendance et davantage ciblé après, a sorti prématurément les Lumumba, Olympio, Nkrumah, Cabral, Sankara, etc. d’une trajectoire qui aurait pu déboucher sur une élite éveillée et aguerrie.
La question de l’élite des peuples noirs, à l’instar des Etats-Unis est très sensible et cruciale. L’absence d’une classe dirigeante, d’investisseurs, de créatifs, de politiques responsables et éclairés semble résulter des différents processus de domination et d’éradication des virus résistants en Afrique et dans les pays à substrat nègre. Or, éliminer une classe, une génération d’élites c’est nécessairement la remplacer par une autre, plus docile, souvent corrompue, et sans préjudice de la répartition des intérêts en jeu.

Ze Belinga
Rédigé le Mercredi 22 Février 2006 à 07:32 | Lu 2481 commentaire(s)




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