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Le safari sort du circuit

A l'heure où des ombres mauves s'étirent au pied des palmiers, on s'échappe en file indienne du Chem Chem, établissement luxueux du Nord tanzanien. Onesmo, guide d'origine massaï, ouvre la marche, fusil en bandoulière. Devant nous s'étend le vaste corridor animalier qui relie les parcs nationaux de Manyara et de Tarangire. Nous avisons bientôt un groupe de girafes qui mâchent paisiblement des feuilles d'acacia au milieu d'une clairière. « Le cœur de ces mammifères pèse plus de dix kilos, chuchote notre guide. Le sang doit pulser très haut... »


La jeep n'est plus l'outil principal de la découverte : la balade se fait à pied, au contact des odeurs et des rumeurs. © JONAS UNGER
La jeep n'est plus l'outil principal de la découverte : la balade se fait à pied, au contact des odeurs et des rumeurs. © JONAS UNGER
Les girafes nous ont repérés. Elles se figent, méfiantes et curieuses, puis s'éloignent de leur démarche bancale. Onesmo s'agenouille un peu plus loin pour froisser quelques feuilles de basilic sauvage entre ses doigts : ingérée en infusion, explique-t-il, cette plante permet d'apaiser les maux de tête.
Nous voilà loin des safaris motorisés qui promettent les « Big five » en une seule après-midi : lion, léopard, éléphant, buffle, rhinocéros. « Le “slow safari” s'affranchit de la frénésie qui entoure généralement la découverte du bush en voiture, sans pour autant renoncer à l'aventure, précise Fabia Bausch, fondatrice du Chem Chem avec Nicolas Negre. Nos invités sont là pour toucher, observer et sentir l'Afrique. »
Cette nouvelle manière de découvrir la savane – à pied, sans précipitation, avec une attention particulière aux odeurs, aux rumeurs, aux empreintes – est aujourd'hui mise en avant par les établissements de luxe en Afrique. Les camps perdus dans les solitudes de Kafue, en Zambie, proposent ainsi des excursions singulières : lorsque les circonstances sont favorables, on peut approcher des lions à pied, à une distance de quelques mètres.

Autre activité en vogue dans le bush africain : les tree houses (cabanes), qui permettent de passer une nuit au plus près de la nature, sur une plateforme suspendue au sommet d'un arbre. Cette mode a été lancée il y a quelques années en Afrique du Sud, près du parc national Kruger, par le groupe More avec sa « chambre aux mille étoiles ».

Pourquoi ces expériences extrêmes ? D'abord pour se démarquer des concurrents, qui sont légion. L'industrie du safari, réservé au départ à une poignée de chasseurs fortunés, s'est démocratisée dans les années 1960. Elle atteint aujourd'hui des proportions inattendues, comme en témoigne la fréquentation du légendaire cratère de Ngorongoro, au nord de la Tanzanie : en haute saison, plus de 400 véhicules sillonnent cette caldeira large de 20 kilomètres...
« Il y a une forme de mécontentement face à l'uniformisation des safaris, explique Roberto Viviani, directeur commercial de Wilderness Safaris, l'un des leaders du voyage haut de gamme en Afrique australe. Beaucoup de clients sont aujourd'hui à la recherche d'une expérience forte, capable de changer leur perception de la vie et de la nature. »

Face à une industrie du safari désormais démocratisée, les établissements de luxe cherchent à se démarquer avec ces "slow safaris". © JONAS UNGER
Face à une industrie du safari désormais démocratisée, les établissements de luxe cherchent à se démarquer avec ces "slow safaris". © JONAS UNGER
Wilderness Safaris offre ainsi un séjour inédit au coeur du règne animal : les hôtes d'Abu Camp, établissement ultra-luxueux caché dans le delta de l'Okavango au Botswana, sont invités à participer à la vie d'une harde d'éléphants. Ils peuvent les nourrir, marcher à leurs côtés, monter sur leur dos. La harde partage son temps entre le camp et une vie libre dans les plaines inondées du delta.

Le lodge offre également des excursions en mokoro, embarcation taillée dans le tronc des ébéniers ou des figuiers sycomores : emmené par un piroguier, on se fraie en silence un passage dans les marais, entre nénuphars et roseaux, découvrant la réalité du bush. « La patience, le pistage et le travail d'approche rendent les safaris plus savoureux, observe Valérie Jobin, responsable du département Afrique au sein du tour-opérateur Horizons nouveaux. Pour avoir le privilège de croiser un gorille dans les forêts équatoriales du Congo ou un chimpanzé sur les rives du lac Tanganyika, il faut parfois marcher de longues heures, sans garantie de résultat. Lorsqu'on touche au but, le plaisir est décuplé. »

C'est pour répondre à cette quête d'enrichissement personnel que plusieurs lodges haut de gamme associent à présent leurs clients aux recherches scientifiques qu'ils parrainent. Dans le tout nouveau camp Hoanib, sur la côte des Squelettes, en Namibie, les hôtes partagent les découvertes de Flip Stander, spécialiste des félins évoluant en milieu désertique. Au Zimbabwe, l'Elephant Camp, non loin des chutes Victoria, propose quant à lui la visite d'un centre de recherche établi sur sa concession, où des scientifiques travaillent à la prévention des épidémies et à la réintroduction des animaux blessés dans leur milieu naturel. « A mesure que l'industrie du tourisme s'étend en Afrique, les voyagistes cherchent des niches de plus en plus étroites », remarque Cassie M. Hays, qui enseigne la sociologie au Gettysburg College, en Pennsylvanie.

Cette jeune chercheuse note que la quête d'« authenticité » et d'« aventure humaine » peut aussi conduire au pire, comme les visites guidées dans les villages misérables en bordure des aires de conservation. La découverte des « tribus locales » orchestrée par les hôtels – fussent-ils de luxe – prend souvent des airs de « zoo humain ». Même s'il existe des exceptions, à l'image du dispositif mis en place par Serra Cafema auprès du peuple himba, en Namibie : les touristes sont peu nombreux et ne restent que quelques minutes dans les camps nomades.

En Tanzanie, au contraire, les chasseurs hadza de babouins ont fait de ces visites un spectacle purement artificiel. Vêtus de peaux d'impala, poussant des grognements sauvages, ils offrent aux Occidentaux ce qu'ils attendent : l'image d'un « peuple fossile » surgi de la nuit des temps. La demande étant supérieure à l'offre, la plupart des figurants n'appartiennent même pas à la tribu hadza... Eternelle ironie du tourisme, toujours en quête d'une authenticité que son développement compromet.

Source lemonde.fr

Par Alexandre Kauffmann
Rédigé le Mardi 31 Mars 2015 à 12:02 | Lu 444 commentaire(s)





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