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Le phénomène DJ à Pointe-Noire

Comme un maniaque qui, d’une voix d’enfant, sort des obscénités d’un tombereau. Ainsi chantent ces chanteurs. Ces musiciens rebelles de la nouvelle génération qui ne connaît pas ce qu’est la parole châtiée veulent ainsi montrer qu’eux aussi sont prêts à s’offrir un nouveau bail avec l’histoire.


Night Club Le Moulin Rouge à Pointe-Noire
Night Club Le Moulin Rouge à Pointe-Noire
A la lisière de la paranoïa, ils s’expriment en laissant la lune commander au soleil dans leur tête et dans leurs voix. Conscience de rupture. On lit la musique à l’envers. On la joue à l’envers. On l’écoute même à l’envers. Ce sont des D. J. (Disc Jockey) convertis en musiciens chanteurs compositeurs. Ce ne sont pas de vrais musiciens, a dit un jour Papa Wemba au cours d’une interview à l’émission Célébrités de la chaîne de télévision privée DRTV de Brazzaville. Pouvions-nous attendre d’eux des sons et des compositions de la musique des sphères ? Cette musique par ordinateur assistée, au texte d’un langage pas très clair, manque de vitalité et traduit un malaise linguistique. Leur musique est une utopie, une production culturelle sans culture avec des paroles insubstantielles et des onomatopées discordantes pour cacher un vide désespérant en matière de musique.Ce qu’ils font ne constitue que des soubresauts aux marges de la musique. On n’a pas besoin de talent pour chanter comme ils chantent aujourd’hui. N’importe quel imbécile peut chanter sur ce registre gris de chansons d’animation. Les chanteurs compositeurs disparus ne les laisseraient jamais entrer dans leur cercle, eux qui savaient chanter la femme. L’œil, l’ongle, la dent, le nez qui avaient un éclat minéral dans les chansons des anciens ont perdu de leur éclat minéral dans la poésie mal slammée des jeunes musiciens d’aujourd’hui. Ils ne participent plus à l’univers étincelant de lumière de ces grands maçons de la musique congolaise dont la voix chantait une vérité divine. L’œil en amande, la joue, la pommette saillante, le cou, le ventre, le nombril, le derrière… faisaient l’objet d’une adoration. Aujourd’hui ils chantent le corps de la femme et particulièrement le cul de la femme de manière immonde. Ils parlent sexe avec grossièreté. Ils ne nous font pas grâce de ces pires descriptions dans des textes vulgaires d’une apparente incohérence où une prétendue démence laisse place à l’émergence de toutes sortes d’insolence. Ici ce cul voyeurisé est insolemment détaillé. Il y a une crise. Une crise musicale comme on n’en a jamais connu.

Les anciens se laissaient aller à une rêverie sur la plastique féminine, sur ce corps de la femme comparable au corps exemplaire de la Vierge Marie : Kingo mwambe lokola Santa Maria…(la femme aux huit cous comme la Sainte Vierge Marie. En fait il s’agit d’un long cou qui monte en spirale et que finit par surplomber un menton à la forme gracile. Un cou qui tourne sur une octave supérieure à chaque spirale), N’Zambe a kela yo seli a pona solo mokolo ya bopemi…(le Dieu qui t’a créée chérie a choisi vraiment un jour de repos), Yo na ngondo Maria bo kokani…(la Vierge Marie et toi vous êtes semblables), E sekeli na yo Maria Valencia, etamboli na yo Maria Valencia (ton sourire Maria Valencia, ta démarche chaloupée reconnaissable entre dix-huit mille, Maria Valencia), Ba lobi o zali moyi ya ntongo, basusu moyi ya mpokua (on dit que t’es le soleil au lever, d’autres disent que t’es le soleil au coucher), Miso mike lokola minzoto (tes petits yeux sont aussi étincelants que des étoiles), Mino na yo pauni (tes dents sont des pépites d’or ou de diamants), N’Tumba na kanisi o zalaki na sanza na Lubumbashi o yaki mobembo ba si ba proclamé yo balobi yo mama leki ya Yezu (N’Tumba je crois que tu es une extra-terrestre en provenance de la lune ou d’une autre planète, venue en visite à Lubumbashi et déjà proclamée mère cadette de Jésus). Les anciens chanteurs les ont aimées bien bronzées, la peau couleur de silure, noires de silure (mwindo ya ngolo) et non plus seulement noires d’ébène. Dans cette ancienne époque que je qualifierai de galante, au temps des belles chansons et des belles danses, le chanteur savait alors apprécier la femme, s’étrangler d’amour pour elle et même se sacrifier pour elle, jusqu’à étudier comment acheter ou racheter la mort d’une belle femme comme Antoinette Mwanga qui s’en est allée trop tôt se perdre dans les enfers. Antoinetti Mwanga soki ba sombaka liwa na m’bongo, soki ba sombaka liwa na mossolo, Bukaka a ko somba, Manu a ko somba, bana Aiglons ba ko somba. (Antoinette Mwanga, si l’on pouvait acheter ou racheter la mort avec de l’argent, si l’on pouvait acheter ou racheter la mort ici-bas, Bukaka l’aurait achetée, Manu l’aurait achetée, les Aiglons, ces joueurs de foot du C.A.R.A. l’auraient achetée pour que tu ne meures pas, pour que tu restes encore avec nous). Le chanteur de cette époque-là savait faire l’article pour la femme. Il voyait dans la femme une multitude d’idéaux. Ainsi il la vénérait, la divinisait. C’était le symbole de la mère divine.
Aujourd’hui le nouveau chanteur (oh chanteur, que dis-je, d.j. plutôt) incarne un type d’homme qui a oublié les mystères sexuels et la beauté sublime de la femme. Un type d’homme qui a perdu le sens des valeurs morales. L’humanité du Congo est en décadence. Ah si ces jeunes pouvaient savoir ce qu’ils doivent au sang royal de Ta’ Zinga N’Kanza, de Makoko, de Ma’ Loango, ou de Ta’ Mabiala ma N’Ganga, ils respecteraient la femme comme si elle était Maya, Isis, ou Marie notre mère divine pleine de grâce. Toutes ces femmes que ces grands musiciens ont chantées ont lancé la révolution de la beauté. Elles étaient lumineuses. Leur image glamour a plané longtemps sur la conscience des mélomanes. On a comme l’impression que tous les hommes voulaient les avoir dans leurs bras. Surtout les hommes d’argent, et particulièrement les rapaces et les grands fauves de la politique. Les formules obscènes d’un musicien coupeur décaleur, parfois d’une interprétation difficile cachent peut-être des messages à décrypter, le contraire de ce qu’ils disent. Ces formules méritent aussi plusieurs lectures, tant directes qu’opposées. Il y a le signifiant, le signifié, le caché. Peut - être les aînés traditionalistes comme des saints infaillibles se sont – ils mépris sur le sens qu’il fallait donner au regard porté sur cette musique qui n’a de bouche que pour l’obscène ! Peut-être ces aînés ont-ils du mal à comprendre cette génération dans son propre contexte, dans son lingala non châtié comme celui des anciens. Et elle ose se tourner vers les anciens pour les invectiver : Ne jetez pas la pierre sur nous, semblent dire les jeunes. Derrière il y a de vénérables anciens et de respectables autorités qui font de captivants discours pleins d’espérance avec leur centre sexuel. C’est pourquoi nous nous permettons de les citer nommément dans nos chansons, sans gêne et sans crainte. Notre éthique s’avère immorale pour des bigots et des carcasses oxydées. À l’entrée du septième ciel, en vérité nous vous le disons, le chérubin en ouvrant grandement les portes dira de sa voix d’autorité : les révolutionnaires, les dépravés et les adultères d’abord !
Qu’il nous souvienne que nous avons vu des hommes et des femmes amers et déçus par la vie, changer radicalement d’attitude après qu’ils eurent écouté un certain genre de musique noble et sublime. C’est ainsi que nous dirons que le vrai musicien doit être mathématique dans sa composition et exigeant dans son expression.

Par Georges MAVOUBA-SOKATE
Rédigé le Mardi 8 Janvier 2013 à 11:51 | Lu 942 fois | 0 commentaire(s)






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