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La capoeira, savoir culturel d’un peuple forgé dans la lutte

Patrimoine Culturel

En inscrivant la capoeira au patrimoine culturel, l’Institut du Patrimoine Historique Artistique National (Instituto do Patrimônio Histórico Artístico Nacional -Iphan) a grandement contribué à l’histoire du Brésil en ce qu’elle a de plus singulier dans l’héritage du peuple noir.


La formation de l’identité culturelle brésilienne est construite tous les jours par la conscientisation de chaque citoyen qui au cours de ces nombreux siècles, est l’acteur des histoires par lesquelles s’affirme la riche diversité dans laquelle s’est formé ce pays. Il en faut encore beaucoup pour casser la barrière de l’intolérance, mais, étant face à une action politique de cette envergure, la seule chose à faire est de célébrer.

La reconnaissance de la capoeira comme patrimoine culturel rapproche le Brésil, selon Juca Ferreira, le secrétaire-exécutif du Ministère de la Culture de l’idéal de la démocratie raciale. Cela prend en compte la sauvegarde et la valorisation des racines africaines dans la culture brésilienne, menées par la Fondation Culturelle Palmares (Fundação Cultural Palmares) qui depuis sa création il y a 20 ans se distingue par la production et la divulgation des savoirs culturels afro-brésiliens. L’inscription de la capoeira comme bien immatériel n’est qu’une des nombreuses batailles dans lesquelles la Fondation s’est engagée dans ce processus permanent visant à assurer les conditions d’égalité dans l’accès à la visibilité des manifestations culturelles de la communauté noire.

D’origine lointaine et controversée, il est vrai que la capoeira est brésilienne. C’est ici qu’elle a transpercé ses racines et a créé des mythes et des légendes, comme celle qui entoure le maître Besouro et tant d’autres, dans l’affirmation de la résistance contre l’oppression. La capoeira, fait aujourd’hui partie de la scène urbaine. Persécutée pendant presque trois cent années, elle était pratiquée en cachette. Marginalisée, c’était un jeu qui se jouait par quelques courageux. Ce n’était qu’une tradition des noirs.

L’héritage laissé par les noirs bantus venus de l’Angola en tant qu’esclaves fut cultivé et pratiqué par les esclaves fugitifs, qui menacés d’être à nouveau capturés se défendaient en utilisant sa technique. Pour ne pas soulever des soupçons, les mouvements de lutte furent adaptés aux cantorias africaines pour qu’ils ressemblent à une danse.

La proposition d’inscription a été approuvée par acclamation par les conseillers de l’Iphan, qui surent reconnaitre la valeur de cet art, qui a même été criminalisé et est aujourd’hui symbole de l’identité afro-brésilienne. Ce fut maître Pastinha qui souligna le côté ludique et artistique de la capoeira, mettant en avant les pratiques de chants et le jeu des instruments. Comme ça l’était pour lui, ça l’est également pour nous: la capoeira est un sport, une lutte, mais également une prière, une complainte, une gambade, une danse, un temps de flânerie et un moment de communion.

Félicitation à Mário de Andrade qui inspira Aloísio Magalhães, à la tête de l’Iphan dans les années 80, et en arriva de même que l’écrivain à la conclusion que le concept de bien culturel au Brésil ne devait pas se limiter aux biens meubles et immeubles. Pour Magalhães, c’est à partir de la création populaire "que l’on mesure le potentiel, qu’on reconnait la vocation et que l’on découvre les valeurs les plus authentiques d’une nationalité ". Aujourd’hui, notre regard se tourne vers les maîtres de la capoeira, les vendeuses de l’acarajé, la samba de roda du Recôncavo Bahianais, la Feira de Caruaru, les pieds des habitants de Pernambuco dansant le frevo, le délicieux queijo de Minas et autant d’autres créations populaires, déjà devenues patrimoines culturels, qui font cette riche nation brésilienne.

La culture brésilienne n’est pas devenue plus riche qu’elle ne l’est déjà. Le défi est de valoriser ces savoirs et leur donner la dimension exacte qui est la leur. Il ne s’agit pas d’exotisme ou de folklore. Ce n’est pas ce que le touriste étranger vient voir. Il s’agit plutôt de raviver ces savoirs comme des manifestes de la résistance contre la violence des inégalités qui continuent de salir notre histoire.

C’est l’action qui vainc la résistance de ceux qui ne veulent pas vivre avec les transformations que le pays expose dans toute sa vigueur. Grâce à cette vitalité et à la résistance d’un peuple intrépide, le futur s’annonce meilleur.

Le Brésil est plus joyeux au son des berimbaus, qui résonnent sur les places, dans les rodas de capoeira, dans le mouvement de corps noirs. C’est l’esthétique de la résistance. C’est l’auto présentation au monde, avec dignité. C’est le savoir culturel d’un peuple forgé dans la lutte qui est inscrit pour toujours dans l’identité brésilienne.

Félicitations à maître Pastinha, maître Bimba, maître João Pequeno ....

Par Zulu Araújo
Président de la fondation Culturelle Palmares

Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga


Guy Mbarga
Rédigé le Mardi 22 Juillet 2008 à 23:27 | Lu 1648 commentaire(s)




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