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La belle résistance du marché de l'art contemporain africain

L'Afrique attire encore. Confirmation en a été faite lors de la dernière vente aux enchères organisée par Piasa. Les acheteurs sont toujours là.


La belle résistance du marché de l'art contemporain africain
La maison de vente Piasa imprime son empreinte sur le marché de l'art contemporain africain. Le 24 juin dernier, elle présentait à la vente plus de 170 œuvres de 106 artistes africains et de la diaspora. Les œuvres étaient exposées dans ses locaux, un ancien hôtel particulier de la fin du XVIIIe siècle, de la très chic rue du Faubourg-Saint-Honoré. C'est sa 12e vente sur ce thème. Le montant de la vente à 1,6 million d'euros rejoint l'estimation initiale. C'est aussi dans ce même ordre de grandeur que se sont jouées les dernières vacations de la maison Piasa sur l'art contemporain africain. Bonne nouvelle : les acheteurs et les collectionneurs sont toujours là. « Les bons résultats de la vente confirment que cette jeune spécialité se développe sur des bases solides et pérennes. Nous sommes sollicités par un nombre toujours croissant de collectionneurs qui font confiance à la sélection et à notre regard pour bâtir des collections panafricaines », se félicite Christophe Person. Près des deux tiers des œuvres ont trouvé preneur.

Le sens du partenariat entre Piasa et Aspire

En passant un partenariat avec son homologue sud-africaine, Aspire Auction, Piasa élargit ses horizons et fait rentrer dans son catalogue des artistes sud-africains majeurs, comme l'incontournable William Kentridge, mais aussi Irma Stern, ou l'emblématique Gerard Sekoto. « Cela nous permet de monter en gamme », reconnaît Christophe Person, directeur du département art africain chez Piasa. La scène artistique sud-africaine reste l'une des plus dynamiques du continent, avec un marché bien structuré.

Après une première collaboration réussie entre Piasa et Aspire, sur une vente organisée à Cape Town le 14 février dernier, en marge de l'Investec Cap Town Art Fair, les deux entités ont décidé de poursuivre l'expérience. « La première fois qu'une maison de vente aux enchères africaine présente une collection d'œuvres à vendre en Europe marque un moment important dans l'histoire et le développement du marché mondial de l'art. C'est avec plaisir que nous collaborons avec Piasa alors que nous travaillons ensemble pour développer et internationaliser le marché de l'art moderne et contemporain d'Afrique », se réjouit Ruac Peffers, directeur général d'Aspire Auction.

L'Afrique du Sud sur le devant de la scène
Au moment où William Kentridge fait l'objet d'une grande rétrospective au Musée d'art moderne de Villeneuve-d'Ascq, rétrospective qui se prolonge jusqu'à la fin de l'année, il était intéressant de retrouver certaines de ses œuvres à la vente et notamment le dessin « Drawing from Johannesburg, 2nd greatest City after Paris (Soho Eating) ». Réalisé au fusain et pastel en 1989, le personnage de Soho, inspiré par la pièce de théâtre Ubu roi d'Alfred Jarry, symbolise la cupidité. En quelques traits de fusain, William Kentridge nous plonge dans une atmosphère d'abondance malsaine et dresse une critique de la bourgeoisie. Ce dessin, estimé entre 190 000 et 250 000 euros, est parti à 234 000 euros. Le portrait de Dora Swoden par Irma Stern a été adjugé à 182 000 euros. Parmi les autres artistes sud-africains, une sélection d'œuvres de Sam Nhlengethwa, Nicholas Hlobo, Bambo José Sibiya, Simphiwe Ndzube et Peter Clarke, entre autres, ont été proposées.

« Nous avons choisi des œuvres que nous n'avions pas l'habitude de présenter à la vente. Des pièces plus politiques comme le tableau de Peter Clarke sur la déportation et l'esclavage, des pièces qui abordent des aspects politiques, un sens historique différent et qui apporte une nouvelle dimension », explique Christophe Person. Le triptyque de Peter Clarke, The Crossing : Africa ; Crossing the Atlantic ; America a été adjugé à 37 700 euros. La photographie de Mary Sibande, Her Majesty, Queen Sophie, est elle allée au-dessus de sa côte à 13 000 euros. Depuis plusieurs années, le travail de l'artiste tourne exclusivement autour de la représentation de Sophie, l'archétype de la bonne noire durant l'apartheid. Autour de ce personnage, elle évoque la construction identitaire et dénonce les stéréotypes de la femme noire profondément ancrés dans l'imaginaire. Signe de notoriété, l'artiste sud-africaine aura en décembre prochain sa première rétrospective en France, au Musée d'art contemporain de Lyon.

« Nous avons proposé une vente beaucoup plus diverse, et qui a trouvé un intérêt sur le marché occidental. Même la sculpture animalière en bronze, dans un style différent par rapport à ce que nous présentons habituellement, a été vendue au-dessus de sa côte », commente Christophe Person. « Ce beau résultat nous confirme que malgré la période difficile que nous traversons, l'intérêt persiste pour le marché de l'art contemporain africain, notamment dans sa dimension politique. Les acheteurs réguliers sont toujours présents. Les nouvelles œuvres présentées ont aussi attiré de nouveaux acheteurs, américains et anglais. Nous parvenons à élargir notre clientèle », se réjouit-il.

Les Congolais aussi
Parmi les œuvres proposées, on retrouvait aussi les peintres révélés par l'exposition Beauté Congo, à la Fondation Cartier en 2015. Avec Chéri Samba, représentant emblématique du mouvement des peintres populaires du Congo, à travers un mode très figuratif et narratif, mêlant illustration et messages politiques voire humoristiques. Les toiles parlent, comme une bande dessinée, abordant les grandes problématiques (écologie, démographie, environnement…). Les tableaux de Moké, Chéri Chérin et JP Mika plongent dans la vie quotidienne, et pointent une problématique comme celle de la machine dans la vie humaine, le tableau de Chéri Cherin.

Eddy Kamuanga, autre peintre congolais, questionne l'effacement de la culture traditionnelle. Ses personnages sont dessinés à partir de circuits imprimés de téléphones portables qui fonctionnent grâce au coltan, un minerai exploité essentiellement en RDC. Son tableau a été adjugé à 50 700 euros. Plus onirique, le Tropical garden 4, du peintre ougandais Joseph Ntensibé, a doublé la marge haute de sa côte à 67 600 euros. Ce voyage dans la végétation luxuriante dominée par des contrastes de couleurs nous enchante, tout en nous rappelant la fragilité de la nature. Les œuvres des artistes d'Afrique de l'Ouest, comme les Ivoiriens Félix Eboué Kouamé, Aboudia ou Armand Boua, ou encore le Ghanéen Ablade Glover et le Sénégalais Oumar Ba ont également trouvé preneur.

La sculpture et les masques
Si la peinture reste majoritaire, la sculpture se fraye aussi son chemin. Les masques du Béninois Calixte Dapkopan, réalisés à partir de matériaux de récupération, tissent un lien entre tradition et modernité. Ceux de Gonçalon Mabunda du Mozambique, construits à partir d'armes et munitions décommissionnées, témoignent de l'histoire mouvementée de ce pays. Leurs charges émotionnelles interpellent, tout comme son trône de l'empereur de Gaza.
« Le masque tridimensionnel ressort comme un médium d'origine, qui trouve une prolongation naturelle avec la récupération et le recyclage », souligne Christophe Person. Entre masques, sculptures, installations mais aussi œuvres murales à partir de matériaux et d'objets de récupération, on retrouve une lignée d'artistes africains qui subliment cette voie du recyclage, donnant une vraie identité africaine. Ce travail sur le recyclage se retrouve aussi bien dans la grande tapisserie de l'Ougandais Sanaa Gateja, faite de perles de papier et d'écorce de ficus, que dans celle en lamelles de canette du Kenyan Dikens Otieno ou encore les toiles de Mounou Désiré Koffi qui utilise aussi des circuits imprimés.

Clichés d'Afrique

Enfin, la photographie était aussi bien représentée dans cette vente, notamment avec les œuvres phares des Sud-Aricains David Goldblatt, Guy Tillim, Zanele Muholi ou Mahau Modisakeng. Ce médium est l'un des plus développés et appréciés en Afrique du Sud. Une photographie de David Goldblatt, d'un mineur attendant son départ pour le puits, a été adjugée à 32 500 euros. Un portrait réalisé par l'Éthiopienne Aida Muluneh a trouvé un acquéreur à 8 450 euros et les tirages de Malick Sidibé et de Okhai Ojeiker ont tous été vendus.

Des artistes guides
« Les artistes africains confirment leur propension à nous alerter sur l'état du monde. Ils nous nourrissent, ils nous poussent à faire une pause et nous encouragent à nous interroger. Plus que jamais, les enjeux de société dépeints par les artistes illustrent la pertinence de leurs propos, pour dénoncer l'urgence environnementale, les conséquences de l'urbanisation, les excès engendrés par la globalisation et les risques sous-tendus par les inégalités internationales », écrit Christophe Person, en première page du catalogue.


Source Le Point Afrique

Sylvie Rantrua
Rédigé le Samedi 11 Juillet 2020 à 23:28 | Lu 320 fois | 0 commentaire(s)





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