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LE PRIX DE L’ESPACE CONQUIS PAR LES AFROBRÉSILIENS

Il ya plus de 20 ans, lorsque l’on discutait des questions raciales au Brésil, que ce soit dans le milieu académique ou en dehors, il était inévitable que le sujet dérive sur la comparaison entre le racisme brésilien, le racisme nord-américain et le racisme sud-africain. Nous avons participé à divers séminaires dont le thème principal était la différence de la discrimination raciale dans ces trois pays.


LE PRIX DE L’ESPACE CONQUIS PAR LES AFROBRÉSILIENS
On entendait des sud-africains nous raconter la violence et l’intolérance pratiquées par une minorité blanche qui les commandait d’une main de fer. On entendait également des nord-américains nous raconter la brutalité raciale. Lors de l’une des ces rencontres, on nous avait présenté les chiffres stupéfiants qui rendaient compte du fait que seulement en un an, plus de 30 églises noires avaient été brûlées par des sympathisants du Ku Klux Klan dans la sud du pays.

Quant à nous autres brésiliens, on parlait essentiellement d’un autre type d’agression, bien que nous admettions que la police d’ici, avec son fort héritage doctrinaire de la Dictature Militaire, était aussi raciste et violente avec nous les noirs que les racistes de ces pays, notre grand ennemi était l’invisibilité d’un racisme qui était même assumé par la population.

Nous racontions que même durant l’époque sombre de l’Apartheid en Afrique du Sud, il y avait plus de noirs dans les universités sud-africaines qu’au Brésil sans Apartheid et avec la deuxième plus nombreuse population noire de la planète.

On disait également qu’aux États-Unis, malgré l’héritage de la ségrégation raciale, la formation d’une élite économique et intellectuelle noire fut concédée, une chose jamais permise aux noirs brésiliens et que notre pseudo-“racisme cordial” ne fut toléré que parce que nous ne représentions pas une menace intellectuelle, politique ou économique; nous n’avions pas le moindre doute que le jour où cette menace allait se constituer, l’intolérance raciale allait se manifester.

Quand en 2001, à Durban en Afrique du Sud se réalisa sous l’égide de l’ONU – Organisation des Nations Unies – la conférence contre le racisme, l’intolérance et la xénophobie, notre pays emmena la plus forte délégation des plus de 170 pays présents à la rencontre, soit près de 300 activistes.

Et avec le boycott des États-Unis dont le gouvernement Bush n’envoya aucun représentant officiel, nous avons mené les discussions et à l’usure nous avons obtenu l’élection d’une brésilienne, Edna Roland, comme rapporteur de la rencontre. Le bilan de tout cela fut l’engagement que le pays assuma lors de la conférence d’appliquer des politiques d’actions affirmatives et de prendre des mesures effectives de lutte contre le racisme.

Sept ans ont passé et c’est grâce à l’engagement constant des activistes brésiliens qu’allait s’accomplir ce que le Brésil avait signé à Durban, que notre pays adopta des Actions Affirmatives dans divers secteurs, les entreprises, les syndicats, les états, les préfectures, les universités, et enfin, que ces actions allaient devenir constantes et que le résultat de tout cela peut déjà être perçu dans les statistiques. Seulement en ce début de siècle, il y a plus de jeunes noirs dans les universités que pendant tout le 20ème siècle.

Le Brésil joue aujourd’hui un rôle de leader en Amérique Latine comme le pays ayant le plus avancé dans les actions de l’État et de la société civile dans la lutte contre le racisme, avec un fort accent mis sur les Actions Affrimatives. Cependant, on ressent déjà ici le prix de cet espace que nous commençons à occuper: jamais nous n’avions été autant contestés par les grands médias qu’actuellement; des groupes intellectuels se sont unis autour de lettres, de manifestes etc. contre la politique des Actions Affirmatives que beaucoup d’entre eux défendaient dans le passé, quand nous ne disputions pas les espaces avec eux dans les universités ou dans les discussions tournant autour de nous.


Au cours des dernières années, les agressions perpétrées contre les temples religieux de matrice africaine ont drastiquement augmenté: seulement au début de cette année, des groupes de Skinhead ont été dénoncés et désignés pour diverses agressions à caractère raciste. À tout cela s’ajoute un certain sentiment contraire à tout débat relatif aux questions raciales au Brésil.

C’est comme si nous étions en train d’inventer les choses où elles n’existaient pas, ou comme si elles n’existaient que dans les chiffres de l’IPEA, de l’IBGE, du DIEESE, ou de n’importe de quel brésilien plus attentif aux inégalités raciales.

Si nous payons pour cet infime espace conquis (une fois que les données démontrent qu’il existe toujours de profondes inégalités dans notre pays), quel prix aurons-nous à payer lorsque nous construirons véritablement une société juste dans laquelle les espaces devront être répartis de façon égalitaire pour tous ?

Maurício Pestana , est Président du Conseil Éditorial de la revue Raça Brasil pestana.raca@escala.com.br

Par Mauricio Pestana
Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga

Guy Mbarga
Rédigé le Jeudi 31 Juillet 2008 à 17:47 | Lu 1376 commentaire(s)




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