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KURA SHOMALI

LE FILS À MAMAN

Le travail récent de ce peintre des environs de Kinshasa est d’inspiration photographique. Il injecte des couleurs sonores aux images de grands photographes africains.


Kura Shomali le discours le plus long 2014
Kura Shomali le discours le plus long 2014
C’est au terme d’un périple de deux heures à travers des routes serpentines et cabossées qu’on accède à la maison familiale de Kura Shomali, dans la commune de Mont-Ngafula. Maman Bernadette couve à la fois la marmite qui fume et un enfant qui fait ses premiers pas. Casquette vissée sur la tête, visage encore rond de poupon malgré ses 36 ans, Kura Shomali fait le kakou devant l’objectif du photographe. On lui fait remarquer qu’il est loin du cœur palpitant de Kinshasa. « J’en ai eu marre. La ville est très chère, les loyers ont doublé. Je suis plus tranquille dans la famille pour travailler. » Et de préciser : « Etre ici, c’est se faire rare. Il faut se cacher, car les gens te copient. Il y a des guerres de style et je veux rester original. » « Ici » se résume à une maisonnette qu’il appelle son ranch, jouxtant la demeure parentale. Il y travaille la télé branchée en permanence sur une chaîne musicale. « Il me faut de l’ambiance, je n’aime pas rester dans le calme », sourit-il.


Le jeune homme tient difficilement en place. Il tâte d’abord de la médecine, avant de s’orienter vers le dessin avec la bénédiction maternelle. En 2001, il intègre l’académie des beaux-arts de Kinshasa. Très vite, il en mesure les limites. « L’enseignement est carré, il faut travailler pour plaire, rapporte-t-il. C’était à chacun de nous de trouver quoi garder ou refuser. » Pour s’oxygéner, il assiste à des représentations de théâtre au centre culturel français, crée une troupe de marionnettes. En 2002, cinq artistes venus de France sont invités en résidence à l’académie. Kura Shomali rencontre alors Fabien Verschaere. « Fabien m’a beaucoup inspiré. J’aimais son énergie, il n’avait pas froid aux yeux, raconte-t-il. Les profs de l’académie disaient que ce n’était pas un artiste mais un touriste. On nous apprenait alors la perfection de la main, on devait presque fabriquer des icônes. » Cet enseignement bardé de limites commence à peser sur Kura Shomali et ses petits camarades. Un incident sert de détonateur à leur créativité. En 2004, une émeute éclate à l’académie à la suite de la hausse des frais d’inscription. Les étudiants brûlent des véhicules. Kura Shomali rejoint le collectif EZA Possible, créé par Pathy Tshindele. Avec ses camarades, il cherche dans toute la ville des carcasses de voitures brûlées pour rejouer la scène d’émeute. « On a voulu délirer, casser les normes académiques. »

Aujourd’hui l’artiste réalise plutôt de grands dessins et collages aux couleurs vives qui réinterprètent les images de photographes africains connus tels que Samuel Fosso. « Je ne veux pas montrer l’Afrique dans sa misère, mais des élégants qui sont bien dans leur vie », explique-t-il. Il peut aussi parfois se faire grinçant. Dans une de ses œuvres, deux maréchaux, Mobutu et Pétain, se congratulent. Kura Shomali, qui a rejoint la collection de Charles Saatchi à Londres, commence à se tailler une jolie réputation. Il attend beaucoup de l’exposition « Congo Kitoko » à la Fondation Cartier, à Paris : « J’y pense tout le temps, ça clignote dans ma tête. » Pour autant, il ne songe guère à partir pour de bon. « Fuir ? Mais qui me poursuivrait donc pour que je veuille fuir ? Moi je veux rencontrer d’autres gens, animer des séminaires, acheter du matériel… et revenir. »

Source lemonde.fr

Roxana Azimi
Rédigé le Lundi 7 Septembre 2015 à 15:21 | Lu 758 fois | 0 commentaire(s)






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