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José Raimundo dos Santos Silva

Bahia, Une nation Africaine?

Durant la période du trafic négrier occidental, le Brésil fut le pays qui reçut le plus la main d’oeuvre africaine esclavisée pour travailler sur ses terres. Bahia fut l’État qui concentra le plus ce contingent. A partir du 18ième siècle, le contingent de descendants africains était si grand que l’influence noire dans les différents secteurs de la “vie sociale” était ressentie par tous ceux qui fréquentaient ce lieu. Pour cette raison, Bahia a fini par être considérée comme la “Nouvelle Guinée” du nouveau monde.


José Raimundo, Panafricaniste afrobrésilien
José Raimundo, Panafricaniste afrobrésilien
Cette forte présence africaine a transformé Bahia en berceau de la culture noire au Brésil, et en l’une des principales régions du monde de préservation et de promotion de la culture africaine. L’influence culturelle des noirs de Bahia est si forte que toutes les manifestations afro culturelles du Brésil proviennent de là. Par exemple la samba, la capoeira, le candomblé, etc. Dans divers aspects de son histoire et de sa culture, Bahia, a le peuple noir comme principal adjuvant. Même dans les multiples rebellions populaires qui l’ont parcouru.

Jusqu’à présent, Bahia est considérée comme la “terre de la négritude”. Le lieu où la musicalité, les arts, la danse, l’alimentation, les vêtements, les parures, le parler, la conception du temps, et tout ce qui est lié à la façon d’être de son peuple est influencé par la forte et marquante présence noire.

L’attrait pour la “terre de la négritude” est si grand que de nombreux africains et afro diasporiques se rendent à Bahia pour apprendre sur une culture noire qui n’existe même plus en Afrique, ou, qui à cause des circonstances n’ont pas été conservées à d’autres endroits où se trouve la diaspora africaine.

Bahia sans l’ombre d’un doute est l’un des principaux foyers de résistance et de préservation de la culture originale et /ou traditionnelle africaine. La ville a même mérité la dénomination de “nation africaine”, de la part du bloc afro ilê ayê au cours d’un carnaval. Ainsi, on pouvait lire sur les T-shirt de ilê ayê la phrase suivante: Une Nation Africaine Appelée Bahia. Et c’est en réfléchissant à cette affirmation que m’est venue la volonté d’écrire cet article.

Cette présence marquante de la culture nègro -africaine est effectivement indiscutable dans le Bahia d’aujourd’hui. Jusqu’à présent, Salvador, capitale de cet État est une ville noire à majorité absolue, puisqu’elle a la plus grande concentration concentration de population noire (au monde)en dehors de l’Afrique, estimée à 82 % d’afrodescendants.

De même, Salvador, par sa forte influence religieuse fut et reste considérée comme la “Rome Nègre” ou la “Mecque Nègre” de la diaspora africaine, étant de même considéré comme la cité de tous les rythmes et enchantements.

Cependant, tout cet enchantement pour la “terre de la négritude ” prend fin lorsqu’on remplace le point de vue historico-culturelle par le point de vue critique politico-économique. Quand on considère les choses dans cette optique, des conditions politico-économique des noirs, nous verrons que Bahia ne peut pas être considéré comme une “nation” (africaine) dans son sens large, ou complet.

L’exclusion politico-économique historique des noirs à Bahia, et la conséquente et continuelle dégradation de leur situation sociale fait que la “terre de la négritude ” devienne un cauchemar pour le peuple noir lui-même.

Une terre qui, du fait de la concentration du de pouvoir politico-économique entre les mains des blancs, ressemble plus à une “nation africaine” qui vit dans la terreur raciste de l’apartheid. Dans laquelle les conditions de logement, d’accès à l’éducation et à la santé, la violence urbaine, le chômage, l’analphabétisme, le taux de mortalité infantile et autant d’autres indicateurs relatifs aux conditions sociales sont si inégales entre les blancs et les noirs, font que l’expérience de vie des noirs, dans une région dans laquelle ils sont majoritaire est similaire à celle des pays du continent africain.

En conséquence de l’exclusion des hommes et des femmes noirs des sphères de pouvoir politico-économique, il existe à Bahia une race noire opprimée intellectuellement, puisque l’oppression mentale exercée par les blancs empêche le surgissement de toute mentalité, ou prise de conscience révolutionnaire de la négritude.

L’usurpation de la culture, par exemple, par ceux-là qui détiennent majoritairement le pouvoir permet uniquement à la communauté noire locale d’avoir accès aux miettes données par les bourreaux du peuple noir.

Ainsi, le statut quo persiste entre les blancs et les noirs, ces derniers restant au bas de la société. Par conséquent, pour que Bahia devienne une véritable “nation africaine”, dans laquelle la présence africaine est marquante dans tous ses aspects, il faut nécessairement que les noirs aient une plus grande présence dans les sphères de pouvoir politiques et économiques de cet État, proportionnellement à leur contingent au sein de la population.

Autrement dit, pour que Bahia devienne une “nation africaine”, une véritable “terre de la négritude”, il faut que 82 % des sphères du pouvoir (exécutif, législatif et judicaire) soient occupés par les représentants du peuple noir. Que 82% du pouvoir politique et économique de cette région soit concentré et réparti entre les 82 % représentant la population noire. Que les médias d’informations et de communication soient, légitimement, sous la garde de cette parcelle de la population. Et que les institutions sociales (écoles, églises, universités, etc.) soient noircis, proportionnellement, pour le bien de la population locale. Qu’enfin, tous les secteurs de la vie humaine soient proportionnellement représentés, quand ils ne sont pas appropriés par les hommes et les femmes noires.

C’est en suivant cette voie, qu’à mon avis, nous légitimerons Bahia en tant que “terre de négritude”. C’est en tissant et en concrétisant ces objectifs qu’enfin nous pourrons, dans le futur traiter Bahia comme une véritable “nation africaine”.
C’est uniquement lorsque tous les aspects de la vie sociale, y compris politico-économique, seront imprégnés de négritude, ou d’africanité, que nous pourrons affirmer qu’il existe “Une Nation Africaine Appelée Bahia”.

Par conséquent tout projet politique qui tend à rendre viable l’amélioration de la situation du peuple noir de Bahia doit avoir en vue la concrétisation de ces objectifs. Parce que la véritable démocratie s’est constituée jusqu’à présent par la concrétisation de la démocratie représentative. Autrement dit, par le fait que les différents segments de la société sont représentés proportionnellement dans les sphères du pouvoir. Dans ce cas, les noir(e)s occupant 82 % des espaces dans les sphères du pouvoir politique et économique de Bahia.

Il est donc nécessaire que nous, femmes et hommes noirs comprenions que les blancs de ne le souhaitent pas. Au bout du compte, Salvador est la capitale la plus inégale du pays du point de vue socio-économique. Dans laquelle les indicateurs et les indices socio-économiques révèlent qu’il existe un racisme scandaleux, banalisé et brutal. L’élite blanche de cette région en étant les véritables bénéficiaires.

Par conséquent, un nouveau projet politique pour le peuple noir doit avoir en vue, à court terme, la viabilité de l’autonomie politico-économique de notre communauté, pour que nous puissions avoir la liberté de concrétiser nos idéaux de société juste, égale et fraternelle à partir de nos expériences de vie. Il faut en finir avec cette notion illusoire de société nègre. Il faut que nous les hommes et les femmes noirs commencions à penser à assumer le pouvoir politique de notre État pour que nous puissions gérer les ressources économique et financières et subvenir aux besoins du peuple noir.

Traduit du Portugais par Guy Everard Mbarga


Guy Mbarga
Rédigé le Samedi 24 Mars 2007 à 14:37 | Lu 1467 commentaire(s)




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