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John Thomas III

‘‘Les afrodescendants du Canada à la Terre de Feu ont des choses en commun’’.

REVENDICATIONS.

Au cours du Mois de l’Histoire Afroaméricaine, le spécialiste étasunien John Thomas III est venu au Pérou pour présenter des ateliers de politiques publiques aux communautés afropéruviennes de Lima, Chincha et Morropón. Il analyse la discrimination dans son propre pays.


John Thomas III
John Thomas III
Par Miguel Ángel Cárdenas M.

Son accent, son froncement de sourcil et ses gestes sont ceux d’un afro latino caribéen américain. Mais John Thomas III n’est ni latino, ni caribéen mais peut-être --de part sa formation et son combat—un des futurs leaders politiques de la communauté noire étasunienne. La superpuissance qui prétend représenter la liberté ne s’est pas affranchi selon lui de sa maladie germinale: le racisme.

Vous vous rendrez à Chincha, un lieu qui symbolise la culture noire péruvienne.

C’est un symbole, mais les gens doivent se rappeler que la majeure partie de la population noire de ce pays vit à Lima, car à Chincha seul 40% de la population est noire. Je me souviens que le premier jour que je suis arrivé, on m’a dit: si tu veux voir des noirs, va à Chincha, cela m’enchante, ça me fait plaisir d’y aller. Mais c’est au nord, à Morropón, que se trouve la première communauté qui se déclare afrodescendante dans le pays.

La revendication ethnique est controversé: être noir', 'être indien', ne s’agit-il pas d’une polémique à un moment ou on parle plus des droits citoyens ...?


Soyons honnêtes, car c’est vrai qu’on peut dire que nous sommes une race cosmique comme le disait Vasconcelos il y a des années; mais si nous nous jetons un regard sur cette race cosmique, on voit que les pauvres ont un teint un teint plus sombre, que les professionnels ont un teint plus clair que les autres. Nous devons nous débarasser de cette idée là que dire qu’on es noir ou indigène est polémique, je dis non.

Mais il n y a plus de pureté (des races), la réalité est métisse...

La pureté? Je ne comprends pas cela. Le concept de race est social, par exemple dans mon pays, il est défini que un noir est descendant d’africains... Je regarde mon histoire : mon grand-père avait trois quarts de blanc et un quart de noir, mais lorsqu’il est venu dans mon pays, dans les années 50, on a considéré qu’il était noir, car il s’était identifié ainsi, même s’il n’avait pas l’air noir. Donc, la pureté n’existe pas, ce qui existe c’est l’auto identification.

Dès lors, la communauté de Morropón ne s’identifie pas à une race, mais plutôt à une construction sociale?

Génétiquement, seuel la race humaine existe, avec des groupes distincts, mais lorsqu’une communauté dit qu’elle est afrodescendante, elle réclame une identité culturelle, qui peut également se transformer en une identité politique. Car un fait dans ce pays est que les apports culturels des afro sont bien évidents, mais on ne le voit pas dans les sphères politiques, des affaires, du pouvoir.

Vous avez étudié au Morehouse College, une école historiquement nègre.


Effectivement. Elle a été crée en 1867, deux années après la guerre civile, à l’origine pour former des prêtres ou des curés noirs , mais par la suite, la mission a changé pour s’orienter vers une éducation normale. On n’y trouve que des hommes noirs, et malgré cela, ce n’est pas une prison, je le dis en blaguant. Martín Luther King, Samuel Jackson, et Spike Lee, le réalisateur y ont étudié. Elle a grandement contribué au leadership des noirs dans mon pays.

Puis, vous êtes partis en République Dominicaine pour étudier l’Espagnol. Pour quelle raison vous vous êtes intéressés à cette langue, à cette culture?


Je viens du Tennessee, et au cours des dix dernières années, j’ai vu (arriver) une grande vague d’immigrants latinos, et je voulais mieux communiquer avec eux. De plus, ma mère vient de la Barbade, et elle était bien imprégnée par le fait caribéen. Une des choses que l’on pouvait noter était qu’il y existait une séparation entre les indiens clair de peau claire, ceux de peaux sombre, châtain clair, moi j’étais un indien à la peau sombre, mais personne ne voulait se dire noir. Et c’est là-bas que j’ai voulu le plus comprendre ce qu’était le sens de la race et le préjugé dans le contexte latino... l’an dernier j’y suis retourné pour travailler à la Banque Mondiale.


En quoi la discrimination des noirs en Amérique Latine ressemble et en quoi est-elle différente de ce qui se passe aux États-unis?


À l’époque de l’esclavage, les États-unis ressemblaient plus au Pérou. La plupart des noirs déportés d’Afrique l’ont été au Brésil et aux Caraïbes, les États-unis n’ont reçu que 6% de ce qui était la traite négrière. Les noirs arrivés dans mon pays ont toujours été la minorité, au Pérou c’est pareil, car même s’ils étaient une majorité à Lima au 18ème siècle, ils n’étaient pas la majorité dans le pays comme en Colombie, au Venezuela... Dans mon pays, nous avions la loi de la goutte, si tu as une goutte de sang (noir), tu es noir, la barrière avec les blancs était très forte; ici il y avait des variantes: zambo, mulâtre, saltapatrás... Il était plus facile de ne pas être noir au bout du compte. Selon la règle anglo-saxonne, non. Donc, dans mon pays, la discrimination était légale, les noirs doivent être mis en cage entre eux. Mais quelque chose qui s’est passé dans mon pays et qui ne s’est pas passé ici c’est que vous pouviez être un médecin noir, comme mon père, sorti de Harvard, et qui ne devait travailler que dans un hôpital pour noirs; mais nous avions au moins des médecins noirs, au Pérou quel médecin noir y a-t-il ? Dans mon pays, on pouvait voir les signes de la discrimination; elle y était forte, mais subtile.

Parlons du cas étasuniens. Un des films créé par le cinéma nord américain en 1915 fut "La naissance d’une nation", de David Griffith, qui est le film plus raciste qui puisse exister.


Dans une scène du film, on montre une législature dominée par des noirs et ils apparaissent comme des singes. Et c’était parce les noirs voulaient épouser des blances. Mon pays avait peur du fait que le noir "veut être avec nous", il fallait donc le mettre en cage pour qu’il ne sorte pas, spécialement dans le sud ou la discrimination était forte.

Il y a deux icônes de lutte des noirs : le pacifique Martín Luther King et la violente avec les Black Panthers. A quel point ont-elles été influentes selon vous, par le fait de réclamer une participation politique des noirs en plus de la participation culturelle?


Les gens traitent King comme un dieu, on oublie qu’il y avait un complexe d’organisation dans ce mouvement. Mais pour nous il représente un porte parole qui s’est levé pour dire stop à la discrimination d’une manière pacifique et qu’il fallait une action directe ... On ne peut pas parler des 'black panthers' sans évoquer Malcolm X qui à la fin de ses jours s’était rapproché de King, qui avait dit que la lutte n’était pas seulement pour les noirs, sinon pour les pauvres, pour les chicanos; lorsque King est mort, il était en train d’organiser la marche des pauvres à Washington DC... Les 'black panthers' n’étaient pas aussi radicaux qu’on les dépeint, ils étaient gauchistes, mais le FBI a utilisé des groupes ultras comme les Esclaves Unis pour lutter contre eux, car il craignait que leur message communautaire soit accepté par la société.

Actuellement aux États-Unis, les noirs représentent la plus grande population carcérale.


Les noirs représentent 39% de la population pénitentiaire, les blancs un peu plus de 30%, les hispaniques 20%. Les noirs ne représentent pourtant que 12% de la population, de même que les latinos. Que se passe t-il dans mon pays? De plus, un noir va gagner 77% de ce gagne un blanc dans sa vie. C’est une statistique brute. En 2005, les revenus d’une famille blanche sont de 50 000 dollars, et ceux d’une famille noire sont de 30 000. Un noir sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté, et je ne veux même pas parler des enfants noirs qui représentent 30% des pauvres. Quand on parle de discrimination, on ne nous lynche plus sur un arbre, mais elle s’est transformée en un certain type de discrimination latine, elle est plus subtile.

Considérez-vous comme des avancées le fait que l’ont mette en avant Halle Berry ou Denzel Washington comme vainqueurs d’un Oscar?

Je suis fier d’eux, de Forest Whitaker, qui va remporter un Oscar, que mon pays ait décidé que son représentant pour huit années soit un noir, Colin Powell et après Condoleezza Rice. Mais que vont-ils faire pour ce gamin qui va dans une très mauvaise école publique, l’éducation pour les noirs est un échec, elle est en dessous de celle des blancs, il y a des problèmes d’équité. Les députés c’est bien, nous en avons 43, et Barack Obama, le démocrate qui est candidat à la présidence, mais les statistiques montrent qu’il y reste beaucoup à faire.

Existe-t-il toujours des groupes d’extrême droite, racistes et puissants comme le premier auquel nous pensons, le Ku Klux Klan?


Certaines personnes diraient qu’ils sont arrivés jusqu’au gouvernement. Le Ku Klux Klan est né dans mon état, au Tenessee. Aujourd’hui, il y a une organisation appelée le Conseil des Citoyens Conservateurs (CCC), certains députés républicains et aussi démocrates font partie de cette organisation, qui est là-bas pour que le pays reste conservateur. Il y a un sénateur en Virginie qui a appelé une personne "singe", il fait partie du gouvernement de mon pays. Ils sont déguisés, mais ils sont présents.

Avez-vous entendu la phrase idiote de Bush lorsqu’il a dit à Lula: "Donc vous aussi vous avez des noirs au Brésil"?


Le fait est que lorsqu’on imagine un latino, on voit un métisse mexicain, on ne croit pas qu’il y a des latinos noirs. C’est la raison pour laquelle je me bats pour que les gens comprennent que les afrodescendants du Canada à la Terre de Feu ont des choses en commun dont ils doivent discuter, du problème de la discrimination, de la revendication culturelle, du fait de ne pas être dans le milieu politique.

Vous avez également été en Espagne, qu’en est il de la discrimination en Europe?

Je n’oublierai jamais lorsque j’étais à Séville, alors que je parlais à un de mes amis du Maroc, tout à coup un policier espagnol est apparu et m’a demandé mes papiers et lorsqu’il m’a entendu, il m’a dit : ah, je ne savais pas. Et mon ami m’a dit : c’est ainsi qu’ils nous traitent toujours. L’Espagne va devoir être confronté à ce qui se passe. Sa démographie est en train de changer, il y a des latinos et des noirs qui arrivent, et l’Espagne est en train de se transformer. Le racisme contre les immigrants est présent. Mais les maures y ont été et ont eu un fort impact, puisque l’Espagne a été une colonie de l’Afrique pendant 700 ans, et cela ne s’efface pas.

L’Afrique est un continent très pauvre, très violent, il y la Libéria, le pays formé par des anciens esclaves nord américains libres ou des atrocités sont commises. L’image d’ingouvernable a été prêtée au racisme d’extrême droite comme celui du français Le Pen.


Si l’Afrique ne peut pas être gouverné, il faut voir qui l’a gouverné en premier, comme le continent a été exploité pendant des années... Mon pays veut parler de démocratisation en Iraq, mais on ne parle pas de la Guinée Équatoriale, de Mobutu, de nombreuses choses qui se passaient dans ce continent ...

Vous êtes méthodiste, mais au niveau de la religion, les traditions africaines sont impressionnantes, les yorubas à Cuba, le candomblé au Brésil, ici le Señor de los Milagros (Seigneur des Miracles) fait partie d’un métissage religieux nègre.


Étant des personnes opprimées, notre dernier recours fut la religion, l’église fut le cœur de la communauté noire dans mon pays. Si on était un pauvre ouvrier, là-bas on pouvait être un grand employé. La façon de pratiquer la religion est quelque chose que nous avons en commun avec nos frères de l’Amérique Latine, cette effervescence si caractéristique.

Regrettez-vous qu’au Pérou, il n y ait pas un mouvement aux couleurs politiques comme c’est le cas aux États-Unis ? L’an dernier, il y a eu trois membres du congrès noirs, Risco, Moyano et Tait, mais sans qu’ils ne fassent une revendication spéciale.


Le mouvement noir du Pérou est le plus ancien en Amérique Latine, ils ont eu des organisations noires dès 1886, mais la maturité politique n’a pas jailli. – surgi.



SA FICHE
Nom: John Thomas III.
Äge: 25 años.
Profession: Études en Relations Internationales et un Master en Affaires Publiques à l’Université de Princeton. Il a travaillé pour la Banque Mondiale en République Dominicaine et a parcouru l’Europe, l’Amérique du Sud et les Caraibes. En tant que boursier et enquêteur de la Commission Fullbright, il a réalisé des études sur la communauté afropéruvienne en 2004.



Traduit de l'Espagnol par Guy Everard Mbarga



Guy Mbarga
Rédigé le Dimanche 8 Avril 2007 à 00:03 | Lu 1748 commentaire(s)




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