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Jeune, noire, avant-gardiste

Une nouvelle génération de photographes en pleine lumière

Œuvrant au carrefour de l’art et de la mode, s’amusant à déjouer les stéréotypes, ces artistes américains, éthiopiens, nigérians ou britanniques sont courtisés par les magazines, galeries et musées du monde entier. Leurs univers sont exposés à New York et réunis dans « The New Black Vanguard ».


« Sheani », 2018. Photo parue sur i-D.com. Photo signée Micaiah Carter (24 ans, né à Apple Valley, États-Unis). Micaiah Carter
« Sheani », 2018. Photo parue sur i-D.com. Photo signée Micaiah Carter (24 ans, né à Apple Valley, États-Unis). Micaiah Carter
Robe blanche et couronne de fleurs fraîches sur la tête, Beyoncé, assise de profil, fixe bien droit l’objectif. La photo de la pop star, publiée à la « une » du numéro de septembre 2018 du Vogue US, soit le plus important de l’année pour ce magazine de mode à la réputation ­ internationale, est signée Tyler Mitchell. « Immédiatement virale, elle a créé la surprise, se souvient le critique d’art américain Antwaun Sargent, 31 ans, collaborateur du New York Times et du New Yorker. Tout à coup, les gens ont compris que Mitchell était le premier photographe noir à signer une couverture de Vogue en cent vingt-cinq ans d’existence du magazine. Comment était-ce possible qu’aucun Noir auparavant n’en ait eu l’opportunité ? »

Aussi, lorsque, à la même époque, la galerie new-yorkaise Aperture a proposé à Antwaun Sargent d’écrire un livre, a-t-il saisi cette carte blanche pour mettre en lumière ce qu’il baptise « la nouvelle avant-garde noire ». Un mouvement composé par quinze photographes sélectionnés par ses soins, dont Mitchell est à ce jour l’un des plus exposés. « J’écris sur l’art depuis une dizaine d’années et j’ai vu monter ces nouveaux photogra­phes noirs qui travaillent dans le monde entier, toujours au croisement de l’art et de la mode, raconte Sargent. Une mouvance inédite qui a su atteindre le grand public et se faire une place dans les magazines comme dans les musées. »

Son beau livre, accompagné par une exposition qui se tient à New York jusqu’au 18 janvier, rassemble les ­travaux de photographes nés aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Suisse, en Éthiopie, au Nigeria ou en Afrique du Sud. Publiés par des titres tels que The Wall Street Journal, Vogue, Vice, Garage, i-D, Interview, Wonderland, 10 Men ou M Le magazine du Monde, ces artistes ont en partage la jeunesse (la plupart sont nés dans les années 1990), un goût pour les couleurs vives acidulées qui frappent la rétine, une façon de détourner les stéréotypes de genre, une absence de mépris pour la pop culture et le ­travail de commande… Et la volonté, consciemment, de prendre en photo principalement des mannequins noirs.

Mais leurs clichés n’en demeurent pas moins très personnels, sans cohérence commune ni forcément de sentiment d’appartenance à un même groupe. Leur force ? « Convoquer de nouveaux modèles identificatoires, applaudit Antwaun Sargent. Eux ont su tôt dans leur carrière varier les modèles qu’ils shootaient : connus ou anonymes, blancs, noirs, masculins, féminins… Ils sont bien placés pour savoir que, pendant si longtemps, les jeunes lectrices noires des magazines devaient s’identifier à Shirley Temple ! Eux proposent, au contraire, un nouvel imaginaire, divers, inclusif. »

Un univers qui, au fil du temps, a su séduire rédacteurs en chef, galeristes ou directeurs de musée, qui laissent aujourd’hui à cette jeune garde de plus en plus d’espace pour montrer leurs productions. Au départ, nuance cependant Sargent, c’est en investissant les réseaux sociaux, et particulièrement Instagram, que ces photographes ont su gagner en visibilité. « Les magazines et les musées ne se sont pas réveillés un matin en se disant : “Oh ! nous devons désormais inclure des gens que nous avons passé des décennies à exclure.” Ces institutions ont plutôt compris qu’elles devaient se réinventer pour survivre et continuer de parler à tous. Or, mettre en lumière ces photographes leur permet de rester connectées au monde, pas de façon cynique mais purement pragmatique. » Une manière de se régénérer en faisant advenir une nouvelle génération, derrière la caméra, devant l’objectif et entre les mains des lecteurs.

Source : Le Monde Afrique

Valentin Pérez
Rédigé le Vendredi 3 Janvier 2020 à 00:33 | Lu 429 fois | 0 commentaire(s)





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