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James Pavel NGALEBAYE

Notre pays ne se porte bien que dans la tête de nos dirigeants

Le discours du président de la République, Denis Sassou Nguesso, sur l'état de la nation, a laissé les Congolais sur leur faim. On s'attendait plutôt à un sursaut national, maintenant que le Congo fait partie, malgré sa manne pétrolière -et c'est un secret de polichinelle- des pays africains les moins dynamiques économiquement (et peut-être aussi politiquement). Au contraire, on a eu l'impression que " Ia montagne a accouché d'une souris": rien de nouveau n'a été dit pour répondre aux véritables préoccupations des Congolais et permettre à notre pays de se faire une place de choix, ne fut-ce qu'au niveau sous-régional.


Le président de la République a dit que le Congo se porte de mieux en mieux et qu'il s'agit là d'un constat objectif. A notre avis, l'optimisme du chef de l'Etat reflète bien le déficit d'ambitions de son gouvernement. En réalité, notre pays ne se porte bien que dans la tête de nos dirigeants. Les chiffres dont nous disposons l'attestent, à moins que le contraire nous soit démontré. Voici, donc, comment le Congo se porte mal, voire très mal.

Alors que le continent africain connaît, dans son ensemble, une relative amélioration de ses performances économiques avec, notamment, un taux de croissance économique de 4%, en 2003, et une croissance attendue de 5%, en 2004, notre pays demeure l'un de ceux qui tirent le continent vers le bas (pour utiliser l'expression d'un responsable politique congolais). En effet, contrairement à ce qu'on fait croire à la partie de la population endoctrinée par le discours officiel, notre pays présente des indicateurs économiques qui ne sont guère réjouissants :

- le P.i.b (Produit intérieur brut) n'a progressé que de 1,2%, en 2003 (contre en moyenne 4% pour la zone Cemac). Ce qui représente une chute d'environ 1,4% de notre richesse par habitant. Malgré la manne pétrolière de ces derniers temps, plusieurs facteurs contredisent l'optimisme du ministre de l'économie de réaliser une croissance de 4%, en 2004 (contre 8 à 9% en moyenne pour la zone Cemac); ce qui signifie, dans tous les cas, une réduction continue de la part de notre P.i.b dans l'économie aussi bien africaine que sous-régionale. La gigantesque hausse du prix du baril de pétrole ajoutée à une production en hausse n'a eu qu'un impact mesuré sur notre économie, à cause des mauvais choix gouvernementaux. A noter que d'après les statistiques de la B.e.a.c (Banque des Etats de l'Afrique centrale) la croissance de l'économie congolaise se situerait, cette année, autour de 2,5%. Ce qui signifie une stagnation de notre P.i.b par habitant.

- le déficit budgétaire atteindra cette année 12% du P.i.b, soit plus de 30% des recettes budgétaires et son financement demeure l'un des points de blocage dans les négociations entre le gouvernement, qui ne comprend pas la nécessité de réduire son train de vie, et le F.m.i (Fonds monétaire international) dans le cadre de l'initiative P.p.t.e (Pays pauvres très endettés) en vue de l'effacement d'une partie importante de la dette extérieure;

- le président de la République a parlé de la nécessité de diversifier notre économie. A ce propos, il a présenté l'agriculture, l'élevage et la pêche comme des domaines prioritaires de son gouvernement. A notre avis, il s'agit là d'un discours démagogique de plus. De notre point de vue, ce qui fait la force d'un pays, ce n'est ni l'agriculture, ni l'élevage, ni la pêche, mais l'industrie. La véritable diversification de l'économie congolaise passe nécessairement par de substantiels efforts de son industrialisation. Seul le président Alphonse Massamba-Débat l'avait compris, en faisant du Congo un des piliers de l'Afrique noire francophone. Si la RDC peut se vanter, aujourd'hui, d'être lé pays le plus industrialisé de l'Afrique centrale, le Cameroun d'avoir une agriculture florissante, le Gabon et la Guinée équatoriale, les revenus par habitant les plus élevés de la sous-région, le président Sassou et son gouvernement feraient bien de dire au peuple ce qui fait sa fierté dans la sous-région. Les Congolais voudraient savoir dans quelle mesure les milliards de F.Cfa engloutis à la célébration de la fête de l'indépendance profiteront au pays d'abord en termes de croissance économique, ensuite en termes de réduction de la pauvreté, enfin en termes de diversification de notre économie;

- le président a parlé des efforts de son gouvernement pour moraliser la vie publique et des poursuites judiciaires qui sont engagées contre les opérateurs économiques véreux. Mais, qui peut obtenir un gros contrat d'Etat s'il n'est pas solidement implanté dans les rouages du pouvoir, dans un pays où tous les ministres sont devenus des hommes d'affaires avérés ou déguisés? Des hommes d'affaires dont la plupart ne vivent que des marchés de l'Etat? Comment le président explique-t-il le contraste qu'il y a entre l'enrichissement colossal de nos ministres et la pauvreté devenue endémique dans notre pays? N'est-ce pas par le financement des gros travaux ou par le paiement, hors budget, de la dette envers les opérateurs économiques que le ministre de l'économie a toujours expliqué ses déboires budgétaires ?

Au total, la lutte contre la pauvreté, dans notre pays, se réduit à la création d'infrastructures économiques et sociales dont le financement entraîne l'enrichissement des dirigeants, alors qu'il faut, pour accroître le pouvoir d'achat des Congolais, augmenter progressivement les salaires, payer régulièrement les bourses et pensions. Ce serait une illusion que de croire qu'on peut lutter efficacement contre la pauvreté au Congo sans redistribution des revenus en faveur des catégories sociales les plus défavorisées. Cela est aussi le prix de la croissance durable et soutenue de l'économie congolaise. La redistribution des revenus en faveur des catégories sociales les plus défavorisées contribuera à élargir notre marché intérieur (par la consommation des ménages) et à créer les conditions de la reprise de l'investissement privé national (par l'épargne des ménages) pourvu qu'un mécanisme efficace de transformation de l'épargne en investissement soit mis en place.

En définitive, les Congolais n'ont pas besoin de solution en trompe l'oeil. Ils ont besoin d'une politique volontariste qui non seulement améliorera leurs conditions de vie, mais aussi et surtout permettra à leur pays d'occuper une place de choix, ne fut-ce qu'au niveau sous-régional. Pour cela, il faut un projet de société qui mette plus que jamais l'accent sur l'homme, car " les idées sont du capital, tout le reste n'est que de l'argent. La vraie richesse de toute organisation est dans la tête de ses gens; la clé du succès dans l'économie d'aujourd'hui, ce n'est ni le pétrole, ni le bois, ni les diamants... mais la pensée, les connaissances, le capital intellectuel ".

James Pavel NGALEBAYE
Diplômé sans-emploi
Docteur en sciences économiques,
Spécialiste des problèmes de croissance et de développement



Mwinda 20/08/2004)
Rédigé le Vendredi 20 Août 2004 à 00:00 | Lu 2879 fois | 0 commentaire(s)





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