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Gil Scott-Heron

1949 – 2011

Grâce à son retour inespéré avec “I’m New Here”, Gil Scott-Heron nous avait gratifié d’un des plus beaux albums de l’an dernier, ainsi qu’une démonstration magnifique de son génie inaltéré. Nous allons revenir en détail sur la carrière du poète qui nous a quitté aujourd’hui à l’âge de 62 ans. En attendant revoici la chronique d’un concert donné en mai dernier.


Gil Scott-Heron
L’architecture moderniste austère de L’Aula Magna de Lisbonne constitue un souvenir imposant de la dictature de Salazar. On pourrait imaginer un décor moins connoté pour accueillir un illustre pourfendeur des dérives despotiques. Casquette rivée, silhouette élancée, costume étriqué, Gil Scott-Heron débarque, seul, avec la démarche nonchalante d’un coureur de demi-fond. Avant même d’avoir prononcé le moindre mot, le public est déjà debout, honorant cette apparition longuement espérée.

Fidèle à son habitude, il entame le concert avec quelques anecdotes pleines d’esprit et de malice. Avec son talent de conteur, il revient en particulier sur les diverses contingences, généralement administratives ou juridiques, qui ont contrarié ses venues en Europe depuis plus d’une quinzaine d’années. “J’ai déjà tout eu, mais cette fois-ci, ils ont fait encore plus fort”, déclare-t-il avec éloquence, “ils m’ont balancé un nuage volcanique!”. Puis il ajoute, à propos de son retour et de l’impact médiatique occasionné par “I’m New Here” . “J’ai appris quelque chose d’essentiel sur moi-même grâce à la sortie de cet album. En vérité pendant toutes ses années, j’avais disparu! C’est incroyable, j’ignorais que je possédais un don de disparition. Je préfère vous prévenir, au cas où vous ne me verriez plus sur scène pendant le concert”. Nul doute, GSH c’est du charisme et de l’intelligence à l’état brut.

Il reste encore à voir si sa voix a conservé la finesse de son esprit. Il s’assied derrière son vieux Fender Rhodes pour entamer Blue Collar, un titre extrait de l’album “Moving Target” (1982). I been down in New York City, that ain’t no place to be down / I have been lookin’ at the faces of children, you see we’re lookin’ for higher ground /You can’t name where I ain’t been down/‘Cause there ain’t no place I ain’t been down. Si quelqu’un devait douter de l’esprit visionnaire du vieux trickster, ce titre prophétique efface tous malentendus. Un groove minimal emplit immédiatement l’espace et sa voix basse semble avoir encore gagné en profondeur, comme bonifiée par les goulées de bourbon, les bouffées de malback et quelques extras moins licites.

Ses musiciens le rejoingnent sur scène pendant le touchant “Winter in America”. On retrouve des vieux compagnons de route du “Amnesia Express” et “The Midnight Band”. Il y a Tony Duncanson au Congas, Glen Astro Turner à l’harmonica qui, pour l’occasion, a cédé sa place à une énergique pianiste, dont le nom m’a échappé, qui nous a gratifié d’un morceau jazz rock bien allumé en milieu de concert. L’absence du saxophoniste Brian Settles constituera le seul petit regret de la soirée. Peu importe, le concert décolle et nous avec. We Almost Lost Detroit, Pieces of a Man, “Be Safe, Be Free, Be Strong”, les titres s’enchaînent avec la même intensité, toujours entrecoupés par des petites histoires dont seul GSH a le secret.

C’est le cas par exemple de son interprétation rocambolesque de l’origine du mot “jazz”, à travers laquelle il introduit un “Is That Jazz” enfiévré dans lequel la pianiste se lâche corps et âme. Unique titre du dernier album, la très belle adaptation de “I’ll Take Care of You” témoigne de l’atemporalité dans son message. Un peu plus tard, il profite d’un long solo de percussion pendant “The Bootle”, pour entamer quelque pas de danse. Souriant et d’une décontraction contagieuse, tout son être laisse transparaître le bonheur que lui procure cette tournée. Après deux rappels providentiels, le public en redemande encore! Trop tard, cette fois-ci, il a bel et bien disparu.



JOËL VACHERON / Vibrations
Rédigé le Vendredi 2 Septembre 2011 à 19:36 | Lu 372 fois | 0 commentaire(s)






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