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Foro Ciudadano

Comment j’ai découvert que j’étais un Afrodescendant du Chili

La réalité des mondes afrodescendants est fascinante, troublante des fois. Elle plonge certes dans l’univers négrier de la traite et de l’esclavage, mais à l’époque contemporaine elle continue d’étonner par les syncrétismes, les adaptations, les moulages existentiels de ces communautés d’Africains arrivés aux Amériques malgré eux. Une profonde phase de reconnaissance de leurs racines africaines traverse beaucoup de ces populations, comme une lame de fond, résultant dans des reconstructions identitaires et de nouveaux positionnements politiques et culturels. Nul ne sait ce que donneront ces mouvements perceptibles au Pérou, au Brésil, au Venezuela et dans toutes les Amériques. Un rapport inédit à l’Afrique, aux Amériques, au monde et de quelles façons, avec quels ancrages…?


photo by wilfrid massamba
photo by wilfrid massamba
Adital – Il n’est pas rare de rencontrer des gens à la peau foncée, aux cheveux crépus et aux narines larges dans les rues d’Arica. La proximité du Pérou nous amène à les identifier à ce pays, ou aux nouvelles vagues migratoires de cubains. Cependant, ce sont bien des chiliens, qui portent également dans leur sang la cadence des tambours africains et la culture millénaire de ce continent.

Et de fait, le Chili est un pays multiculturel. Malgré la reconnaissance tardive de cette réalité et même si elle est reconnue en ce qui concerne les indigènes, les métisses et les étrangers européens et orientaux, notre pays est multicolore et le noir est la couleur qui domine à Arica, surtout dans la Vallée d’Azapa, où l’on trouve une communauté d’afrodescendants organisés en un ensemble culturel et social dénommé Lumbanga.

Ce sont près de cent personnes qui participent aux réunions et activités de Lumbanga qui ont pour objectif de "réunir et créer une conscience au sein des populations et de l’État sur la présence et l’apport important qu’a eu la diaspora africaine éparpillée dans toute l’Amérique Latine ", indique Cristián Báez, coordinateur général de l’organisation.
Les initiateurs de cette organisation se sont rendus compte que la seule façon de sauvegarder leurs coutumes, leurs traditions et de connaître leurs origines était de le faire par le biais des récits de leurs grands-parents. Ils ont alors créé la Table Ronde où se réunissent périodiquement quinze adultes de plus de 65 ans et où les plus jeunes peuvent écouter, poser des questions et s’imprégner un peu plus de leurs racines.

"C’est un Conseil des Anciens durant lequel ceux-ci racontent des expériences vécues, des histoires, évènements passés, les luttes, tout leur vécu. C’est comme cela qu’on a commencé à connaître leur histoire au Chili ", explique Ana Lucia Guerra Gama, professeur chargée de l’éducation de Lumbanga. "Il y a des réunions suivies et ils y vont de leur commentaire, participent, et ils aiment bien ça. C’est de là que sont inspirés les danses, les chants, les rites, et une grande expérience que nous pouvons faire connaître aux populations grâce à eux ", raconte-t-elle.
Ce regroupement est assez récent. Il y a encore peu de temps, les afrodescendants n’étaient pas conscients que leur condition était particulière, étant donné que la majorité de la population était aussi noire que les olives qui rendent la vallée d’Azapa fameuse. Malgré les doutes sur leur origine, certaines pensées persistaient dans leur esprit.
"En sachant que deux lignes dans l’Histoire disent qu’il y a eu des esclaves noirs au Chili, et par le seul fait d’avoir été élevé par ma grand-mère, qui avait la peau noire foncée, le doute m’a envahi. Venait-on d’Afrique ou non? C’est une chose qui n’était pas claire pour mes parents et mes grands parents. Eux ne pensaient pas qu’ils étaient noirs, car là où ils vivaient, il y avait des noirs purs - dans la Vallée d’Azapa- donc, pour eux c’était quelque chose de normal. Les anciens racontent que c’est lorsque la télévision est arrivée qu’ils se sont rendus compte qu’il y avait des noirs en Afrique et ils ne comprenaient pas pourquoi ils étaient noirs ici", raconte Cristián(1).
La méconnaissance de la présence africaine dans l’histoire chilienne les avait maintenus "ignorants" pendant 400 ans. Les textes scolaires évoquent clairement de petits groupes d’esclaves africains qui arrivèrent au pays, mais ne parlent pas d’eux comme de personnes enracinées au territoire, menant des activités agricoles liées à leur communauté, comme la production de canne à sucre, d’arbres fruitiers et de coton. Pour expliquer leur absence (aujourd’hui), on va même jusqu’à dire qu’ils furent incapables de s’adapter au climat et qu’ils sont morts.
Autant de mythes que Lumbanga essaye à présent de démolir en organisant des campagnes de diffusion de sa culture. Des mythes qui s’assimilent à ceux de la chilenisation du nord du pays, une histoire qui selon eux est plus compliquée que celle que l’on connait et dont on peut encore percevoir les épisodes d’horreur et de persécution dans le regard de leurs grands parents.

Le récit de l’Afro-chilien Foro Ciudadano, originellement intitulé «Les couleurs du Chili» et renommé par nous pour l’extrait présenté, traduit par Guy Mbarga, retrace la découverte par l’auteur de son africanité, et offre de percevoir cette problématique du souvenir, de la mémoire et de la transmission dans ce pays plus connu pour son indianité. Afrikara.

Traduit de l’Espagnol par Guy Everard Mbarga

http://www.adital.org.br/site/noticia.asp?lang=ES&cod=21098

Texte paru en février 2006
(1). (Note du traducteur : Parlant de sa grand-mère qui l’a élevée, Cristián dit qu’elle était negra azul …azul c’est bleu, azur, et je traduis negra azul par noirr fonceé. Cependant la suite de sa citation peut prêter à confusion dans la mesure où il parle des noirs purs de la vallée d’Azapa, ce qui semble les différencier de part la couleur de peau de ses parents et grands-parents…)

Afrikara.com
Rédigé le Mardi 6 Juin 2006 à 09:17 | Lu 3804 commentaire(s)




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Un foisonnement de couleurs et de motifs influencé par l'Afrique
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ROGER MAVEAU
28/11/2018





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