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Fela l'Africain !

Rien ne prédisposait le jeune Fela à embrasser une vie d'artiste tumultueuse, toute entière vouée à l'élévation des consciences des peuples d'Afrique.
Et pourtant son destin sera intimement noué au sort des plus faibles. Champion hors classe des luttes contre toutes formes de colonialisme et d'oppression, chantre absolu de l'unité Africaine, Fela fut aussi un artiste de génie dont la musique, le High-life se para d'une double vertu : artistique et militante...


Famille Olufela est né le 15 octobre 1938 à Abéokutta à quelques kilomètres de Lagos dans une famille de la bourgeoisie Nigériane. Par quête d'authenticité africaine, il renonça à ses prénoms chrétiens Hildegart Ransome au profit de Fela Anikulapo Kuti. Depuis plusieurs générations à travers ses grands parents puis ses parents, les Kuti font déjà parler d'eux dans le pays. Son Grand père, le révérend Canon J.J Ransome Kuti fut pionnier de l'implantation de l'église chrétienne Yoruba au Nigéria, ceci en totale opposition avec son père, l'arrière grand père de Fela qui fut défenseur des réligions traditionalistes africaines. Devenu directeur des lycées d'Abeokuta et premier président de l'Union des instituteurs, le père de Fela (ci-contre à doite) connut une véritable notabilité dans son pays. Stict, il infligea une éducation sévère à tous ses enfants, à sa mort Fela n'éprouva pas grande peine, tant il jugeait son père dur, il n'existait pas de réelle complicité entre les deux hommes. "Lorsque mon père est mort, je n'ai pas vraiment souffert, à vrai dire, j'ai presque remercié Dieu de sa disparition, au moins j'avais la paix."

Funmilayo Anikulapo-Kuti la mère de Fela, fut une "grandedame". La première fille admise au lycée de Abeokuta, la première à conduire une voiture au Nigéria, la pionnière de la lutte nationnaliste Nigériane et grâce à elle les femmes connurent le droit de vote.
Amie à Kwamé Nkrumah, son charisme politique la conduit jusqu'en Russie, en Chine à la rencontre de Mao.
Militante et activiste, comme son fils, elle lutta toute sa vie contre les injustices. Défenestée par les militaires du régime en place, elle paya de sa vie le prix d'une lutte acharmée.
Deux frères de Fela sont aussi de grandes personnalités de la vie politique et sociale du Nigéria. Koye Ransome Kuti, l'aîné fut ministre de la santé, Beko Ransome Kuti, un autre frère fonda un mouvement politique d'opposition qui lui valu plusieurs séjours en prison.

L'apprentissage
A l'âge de 20 ans, nous sommes en 1958, Fela qui a décidé de devenir musicien part à Londres pour étudier son art au Trinity College of Music.
C'est dans ce pays qu'il apprend son métier en affectuant ses premiers pas sur scène, "j'ai travaillé dur et réussi les épreuves pratiques à la trompette."
Le jeune homme découvre alors le jazz, et décide de fonder un groupe qu'il baptise "Koola Lobitos" (ci-contre à droite). C'est à cette époque qu'il rencontre une métisse Nigérianne, Remi Taylor qu'il épouse, elle devient sa première femme.
De retour au Nigéria en 1963, il décroche un contrat à la NBC, la radio Nigériane qui ne lui permet pas de subvenir aux besoins de sa famille.
Avec son groupe "Koola Lobitos" les choses ne s'arragent pas, au Nigéria la musique "ne nourrit pas son homme". Il décide alors de tenter sa chance au Ghana où le high-life ne fait plus recette, détrôné par la musique Soul d'un certain Geraldo Pino.

Conscience politique
Au Nigéria la musique Soul ravit tous les suffrages, un promoteur offre à Fela l'opportunité d'une tournée américaine.
Désabusé par son triste sort vécu au pays, il accepte. Dans le même avion voyagent Myriam Makéba et son orchestre, les deux artistes échangent ensemble. Plus expérimentée Miriam Makéba lui confie quelques "tuyaux", "Quand je lui ai dit que c'était la première fois que nous allions aux USA, elle s'est montrée très coopérative, m'a founi les adresses de plusieurs agents, mais n'a fait aucun commentaire sur la nature du système Américain."
Pendant huit mois que dura sa tournée américaine Fela connut la "galère" et l'humiliation permanente. Les Américains attendaient de lui du folklore Africain, certainement pas du Jazz.
Pour lui ce fut la révélation. Malgré les frustrations, les tracasseries administratives et le racisme des services de l'immigration, Fela franchit une étape déterminante en conquérant grâce à l'amour d'une femme, sa conscience politique.
"J'ai été confronté ici à une réalité de l'homme noir, j'ai appris une autre dimension du passé africain que j'ignorais. C'est Sandra Smith, une fille avec qui j'ai vécu, qui m'a parlé de Malcom X, des Black panthers (à gauche, fela avec les black panthers) et de la nécessité de revenir aux racines africaines.
Je crois être une personne importante, et je voudrais être certain que tout africain se considère comme une personne importante... Quand on a une haute idée de soi même, on n'accepte pas d'être rabaissé.
L'Amérique m'a ouvert les yeux sur ce point, sans cette expérience, je jouerais toujours de la musique Anglaise, classique,..., certains en sont même venus à interpréter des "symphonies africaines" devant un public européen ou américain. Quand on leur demande pourquoi ils ne sont pas populaires chez eux, ils répondent que le niveau de leur musique est trop élévé pour le public de la "jungle".
Ils ne se rendent pas que l'idée même d'une symphonie est totalement étrangère à l'homme africain et qu'ils ont subi un lavage de cerveau."
De retour au Nigéria en 1970, Fela était devenu un autre homme, il changea le nom de son orchestre "Koola Lobitos" en "Nigeria 70", "Fela et Africa 70" puis "Egypt 80", c'est après ce voyage qu'il se mit à saluer poing fermé, symbole du "black power". Artiste-musicien singulier qui pour affirmer sa profonde conviction fonde son propre parti en 1979, le MOP, Movement Of the People avec lequel il se présentera vainement aux élections présidentielles.

Kalakuta
De retour d'Amérique la sensibilité musicale et philosophique de Fela subissent un changement brutal.
Sa musique de prédilection devient L'Afrobeat, une synthèse de la Soul avec des rythmes traditionnels. Au sein d'Africa 70 Fela radicalise son propos, l'émancipation du peuple noir devient sa principale source d'inspiration, la lutte contre l'oppression, la colonisation et la corruption.
Il trasforme l'Afro spot en Shrine qui devient la tribune privilégiée de l'artiste militant. Le propriétaire de ce temple de musique subit des pressions administratives, et la police opère à ses premières descentes musclées.
Le 30 avril 1974, il est incarcéré pendant deux semaines dans une cellule appélée Kalakuta. Il est accusé de "détournement de mineures et détention de cannabis".
De retour chez lui, il installe un fil de barbelé autour de ce qu'il baptise désormais la république de Kalakuta du nom de sa cellule.
"La république de Kalakuta, c'est le royaume d'utopie à Lagos. Au départ c'est la maison de Fela, la clinique de son frère, un bout de terrain clôturé, puis par la suite une bonne partie du quartier où vivent finalement toutes sortes de gens, plusieurs centaines qui y trouvent refuge contre la misère en même temps qu'une activité politique".
En appelant sa maison Kalakuta, Fela voulait exprimer sa solidarité avec les prisonniers, et défiait du même coup les autorités nigérianes. Continuant cet almagame, les autorités ont ensuite considéré que tous les habitants de Kalakuta étaient des délinquants.
Après une tournée au Cameroun, de retour chez lui, le 23 novembre 1974, trois camions bourrés de policiers, bardés de matraques, révolvers, gaz lacrymogènes, haches et couteaux attaquent sa maison. Blessé Fela est conduit à l'hôpital.

Artiste militant
La musique de Fela répond à une contestation socila durement éprouvée par des millions d'Africains, "elle traduit la prise de conscience nouvelle et la lutte des noirs à travers le monde, c'est la musique des damnés de la terre, la musique de ceux qui ont passé leur enfance sous l'oppression, le colonialisme, le fascisme, les régimes néo-coloniaux".
C'est pratiquement dénudé, en langue Pidjin tel un satiriste de la société Africaine contemporaine que Fela dénonce les abus de pouvoirs de quelques "puissants" et chante l'unité Africaine.
En 1975 le Nigéria accueille le second Festac, festival mondial noir des arts et de la culture dont la première édition s'est tenu au Sénégal en 1966.
Flairant la récupération politique de l'événement, Fela décide de son boycott en dictant plusieurs principes à la commission nationale d'organisation :
- Que les diverses manifestations inscrites présentent des projets qui s'adressent au peuple qui revendique le droit à la vérité sur la colonisation et les déformations de l'histoire africaine et l'importation de réligions étrangères notamment.
- Que le festival présente des ouvrages sur l'histoire authentique de l'Afrique.
- Que des mesures immédiates favorisent la participation du plus grand nombre de Nigérian, stimulent la créativité des artistes, le développement de l'industrie du cinéma, de la musique et des arts plastiques.
A l'heure où un décret du régime militaire interdit toute forme d'activité politique au Nigéria, Fela finança pendant plusieurs années un journal gratuit imprimé à Kalakuta tiré à 60 000 exemplaires qui servit de support aux Y.A.P., les Young African Pionneers, un mouvement qu'il organisa dans la lignée des Y.A.P. du Ghana impulsé par Nkrumah.
De nombreux artistes présents au Festac, dont l'imposante délégation Américaine organisèrent un mini-Festac au Shrine de Fela.

Persécution
Le 12 février 1977, Kalakuta fut envahie par des militaires, puis le 18 février ils sont plus d'un millier armés à encercler la demeure de Fela.
Ils violent et tabassent sans vergogne avant de mettre le feu. Le frère de Fela perd sa clinique, sa mère chef traditionnel est defenestréé, elle succombera à ses blessures. Fela fut placé en détention.
Pour faire exemple le gouvernement décida de fermer le Shrine déifinitivement, il fit également évacuer plus de cinq mille habitants du quartier Kalakuta, de nombreuses maisons furent détruites sans aucune compensation, Fela se vit interdit de prestations publiques.
Il fut traîné plus d'une centaine de fois devant les tribunaux sous les prétextes les plus variés. Longtemps il échappa à l'emprisonnement en dépit de son discours révolutionnaire et de son attitude provocatrice ; le 18 novembre 1984, il fut condamné à une peine de prison de 10 ans.
Fela fut souvent confronté à des fausses accusations, à des procès tronqués, mais jamais même dans ses derniers retranchements, il n'a cédé à la compromission face à un pouvoir dictactorial et cynique.
Lorsque le jeudi 24 avril 1986, Fela franchit enfin le portail de la prison, il déclare : "Je ne remercie pas le gouvernement de m'avoir libéré, mais je remercie tous les Nigérians, les Africains, les Asiatiques, les Américains qui, d'une façon ou d'une autre ont réclamé ma libération. A tous je dis merci du plus profond du coeur !"

Black Président
Trop peu savent qu'à travers kalakuta, Fela projetait sa conception d'une Afrique idéalisée. Beaucoup ont seulement retenu son goût immodéré pour le cannabis, ses frasques légendaires avec ses 27 femmes dans un régime polygamique qu'il revendiquait sans complexe.
Il est vrai que ses convictions féminines frisaient le machisme exacerbé. Pourtant pendant plusieurs années l'artiste-militant s'est mué en pédagogue.
A la rencontre de la jeunesse Africaine, il s'évertuait à lui rappeler son histoire. Ainsi les universitaires le sollicitèrent régulièrement pour de passionnées conférences débats, près de 60 dans la seule année 80 à 81.
Fela était un artiste prolifique, il enregistra 124 albums, établit des rapports singuliers avec l'industrie musical, hors formatage l'homme se voulait "libre", même s'il se reconnaissait spirituellement inflencé par le professeur Hindu, un magicien ghanéen qui lui servit de guide.

Quelques réflexions personnelles..

L'herbe : Elle m'aide à avoir une meilleure musique et à comprendre mon peuple.

La monogamie : Elle est contre l'ordre naturel.

Le sexe : C'est un cadeau de la nature, la seule chose qui te donne vraiment du plaisir, pourquoi serait-il immoral.

Education coloniale : Je fais partie de la génération d'Africains qui ont appris le latin à l'école, puis l'anglais, puis la réligion, puis la littérature anglaise.
Maintenat il nous faut une éducation appropriée à nos besoins.

Les esprits : L'esprit m'a emmené en Egypt à Ifè, j'ai vu l'Egypt, j'ai vu Ifè, à présent je crois dur comme fer que les esprits existent.

Emancipation : Elle commence par l'éducation.

Frontière : L'Afrique doit être ouverte aux Africains, nous ressentons bien à quel point les frontières sont absurdes chez nous. Par exemple entre le Bénin et le Nigéria... Il s'agit en fait d'une même terre Yoruba.

Identité : Nous avons perdu une partie de notre identité et j'ai finalement découvert la vérité en lisant Nkrumah. Le manque de respect commence quand les gens ne savent pas d'où vous venez... J'ai enterré Ransome, Fela est Africain, Anikulapo est Africain.

Qui suis-je ? : Je le sais maintenant, l'esprit m'a dit qui j'étais, mais ça je ne le dirai à personne.



Réeditions en CD des albums de Fela chez Barclay/Universal...


Dossier réalisé par Afrobiz, le Magazine du Show et du Biz





Dossier réalisé par Afrobiz.
Rédigé le Lundi 20 Janvier 2003 à 00:00 | Lu 1017 commentaire(s)




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