Connectez-vous
BASANGO
Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Partager

Enseigner le code et les algorithmes

C’est investir dans l’avenir de l’Afrique

Pour Cina Lawson, ministre togolaise de l’économie numérique, il faut adapter le système éducatif aux débouchés de demain.


Cours d’informatique dans une école pour filles à Nairobi, au Kenya, en mai 2016. CRÉDITS : SIMON MAINA / AFP
Cours d’informatique dans une école pour filles à Nairobi, au Kenya, en mai 2016. CRÉDITS : SIMON MAINA / AFP
Du 9 au 12 janvier, le Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas a, une nouvelle fois, retenu l’attention du monde sur les nouveautés en matière d’innovation numérique. Sur des centaines de stands ont été dévoilées les nouveautés qui feront progressivement évoluer notre quotidien dans les années à venir.
Il est intéressant de constater que, les années passant, l’Afrique est en passe d’acquérir une place prépondérante au CES, avec un pôle qui lui est entièrement consacré. La vitrine technologique du monde est maintenant aussi la vitrine du développement africain en matière de numérique, à travers des initiatives toujours plus nombreuses et de qualité. Les téléphones portables jouent un rôle majeur, pour communiquer évidemment, mais également pour s’informer, payer, se soigner, etc. Le mobile est le catalyseur des innovations, alimenté par l’accélération de la couverture des réseaux haut débit 3G et 4G. C’est le fondement des innovations majeures actuellement à l’œuvre en Afrique.

Les emplois de demain

Derrière ce développement rapide se cachent évidemment des disparités entre les pays du continent. Mais la tendance est la même partout et le rattrapage technologique avance à grand pas. L’Afrique fait depuis quelques années figure de pionnière dans certains secteurs. Ainsi, en matière de paiement mobile, 52 % des transactions mondiales sont africaines. Plus de la moitié des utilisateurs de portables utilisent ce moyen de paiement au Kenya et en Tanzanie et plus d’un quart en Afrique du Sud, au Sénégal ou au Togo – alors qu’en Europe, ce mode de paiement demeure balbutiant dans de nombreux pays. Dans le domaine de la santé, l’Afrique est également capable d’être à la pointe, par exemple avec la mise en place de carnets de vaccination électroniques qui ont permis d’optimiser considérablement les campagnes de vaccination.
Appuyés par un volontarisme politique fort, de plus en plus de plate-formes d’innovations et d’incubateurs se développent sur l’ensemble du territoire. Au-delà de la désormais célèbre « Silicon Savannah » au Kenya, des hubs s’organisent dans la plupart des pays. Le Togo, par exemple, réunit autour de Lomé de nombreux incubateurs comme Woelab ou Innov’up, une structure dévolue à l’entrepreneuriat féminin inaugurée il y a un an. C’est là que naissent les services et les emplois de demain. Ce sont ces pôles qu’il nous faut renforcer pour permettre au continent africain de construire l’avenir.
Et pour y parvenir rapidement et de la manière la plus efficace, il nous faut investir massivement dans l’enseignement et dans la vulgarisation des nouvelles technologies. Si nous voulons donner à notre jeunesse les armes pour être compétitive demain sur le marché mondial de l’emploi et pour participer à la croissance africaine, il est impératif de donner la priorité à l’enseignement du code dès le primaire, mais avec un accent particulier sur l’apprentissage technique.

Une école gratuite de codeurs

L’enseignement que l’on pourrait qualifier de traditionnel est évidemment un socle indispensable pour notre jeunesse, mais c’est notre devoir d’adapter le système éducatif aux débouchés de demain. Pour l’instant, les initiatives en la matière sont peu nombreuses. Mais il en existe heureusement quelques-unes ! Particulièrement celle d’Andela au Nigeria ou bien celle de We Think Code, une ONG sud-africaine qui a ouvert la première école gratuite de codeurs, ouverte aux pays limitrophes, sur le même modèle que l’école 42 créée à Paris par Xavier Niel.
Les efforts gouvernementaux ainsi que l’investissement direct étranger devraient, à mon sens, privilégier ce type d’initiatives pour éviter de pérenniser un fossé technologique entre l’Afrique et les pays développés. En investissant dans la formation, nos Etats seront en mesure d’accompagner le développement en pensant à l’avenir, et non en voulant rattraper notre retard. Favoriser l’enseignement du code, de la programmation et des algorithmes, c’est investir dans notre jeunesse et dans l’avenir de notre continent sur le long terme.
J’en suis convaincue : le développement de l’Afrique passera par le numérique et les nouvelles technologies. Et le continent propose sans cesse de nouveaux projets, de nouvelles innovations, faisant la preuve du potentiel incroyable en matière d’innovation numérique. C’est une opportunité sans précédent pour l’Afrique de confirmer et d’étendre son leadership dans de nombreux secteurs d’activités ; nous devons la saisir, et exploiter l’ensemble des leviers à notre disposition.

Cina Lawson est ministre togolaise des postes et de l’économie numérique.

Source Le Monde Afrique


Par Cina Lawson
Rédigé le Mercredi 24 Janvier 2018 à 02:03 | Lu 1385 fois | 0 commentaire(s)






À lire aussi :
< >

Jeudi 7 Janvier 2021 - 12:25 Henri Lopes

Mercredi 30 Décembre 2020 - 12:50 Le roi Moe Makosso IV s'en est allé

L'OEIL DE BASANGO | LISAPO | TAM-TAM | TENTATIONS | ÉCONOMIE | DÉCOUVERTE | BASANGO TV | BONS PLANS









Afropunk célèbre la créativité des cultures afro

La dernière édition parisienne du festival underground américain a révélé toute l'étendue des cultures afro-descendantes.

Un foisonnement de couleurs et de motifs influencé par l'Afrique
Né à Brooklyn en 2005, le festival alternatif Afropunk a essaimé aux quatre coins du monde, d'Atlanta à Londres, de Paris à Johannesburg en l'espace de treize ans. Présent pour la quatrième fois dans la capitale le week-end dernier, l'événement célèbre l'affirmation des cultures noires décomplexées et dénonce toutes formes de discriminations raciales, physiques ou sexuelles. « Ce mouvement traduit la volonté de dire que les Noirs ne sont pas associés à un type de musique en particulier », précise l'essayiste et documentariste Rokhaya Diallo qui a animé une des deux journées. « C'est une manifestation extrêmement bienveillante qui prône une forme de liberté que l'on croise dans le public », poursuit-elle. « J'adore m'apercevoir que le spectacle est autant parmi les festivaliers que sur scène, dans les looks des gens se dégagent quelque chose de spectaculaire. » Ouvert absolument à tout le monde, le succès de la formule repose sur un savant mélange d'une programmation musicale éclectique mêlée à la mode, l'art et la ripaille avec une vingtaine de food trucks. Preuve du succès, la manifestation a déménagé du Trianon à La Villette l'année dernière et affichait complet pour cette édition avec 8 000 personnes aux styles vestimentaires pointus. Poids plume à côté du mastodonte new-yorkais et de ses 90 000 spectateurs, la déclinaison française attire déjà les voisins, du Benelux à la Grande-Bretagne, puisque près de 40 % du public est étranger.

ROGER MAVEAU
28/11/2018





Facebook
Instagram
Twitter