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Emmanuel Dongala

Les petits garçons naissent aussi des étoiles ou la candeur en trompe-l’oeil

Dongala réussit un angle original pour traiter d’une thématique répétitive et répétitivement actuelle, celle de la déliquescence de la vie politique et sociale dans l’Afrique noire contemporaine, et principalement son application congolaise.


Emmanuel Dongala
Emmanuel Dongala
La perspective faussement candide de l’auteur est supportée par la personnalité bien choisie du narrateur, un jeune adolescent curieux qui décortique son quotidien, familial d’abord, national toujours. L’écriture qui en découle, simple et digeste, cache ses prétentions recouvertes du voile rassurant de l’humour, de l’exagération, du ridicule.
Il y a toujours un peu de piquant derrière le récit drolatique du jeune Matapari, on en rit, à volonté et …on en pleurerait tout autant. La vie politique sert de fil conducteur, elle égraine à peu près toutes les phases des captations politiques, de l’impérialisme, du communisme, des corruptions, turpitudes, opportunismes routiniers dans une société sous la férule d’un énième guide éclairé, père de la nation, ami des masses, etc, etc.
Deux personnages rapidement s’opposent, l’oncle maternel Boula-Boula, qui est la meilleure caricature du système, rebondissant à chaque opportunité politique, jamais en retard d’une magouille, margoulin parfait, il va, à force d’esbroufes et de poudres aux yeux, parvenir à côtoyer le sommet de l’Etat. A ses risques et périls!


Mais après la prison qu’une parodie de procès allait infliger à un des artisans les plus en vue de la dictature populaire au pouvoir, les aspirations démocratiques viendront sauver celui qui se glissera alors dans les atours d’un démocrate et résistant invétéré. L’oncle Boula-Boula.Son contraire, homme de sciences, avide de connaissances, l’instituteur du village et père de Matapari le narrateur, n’éprouve que mépris pour la politique corrompue et en l’occurrence pour son beau-frère Boula-Boula. Désabusé par le monde véreux du parti inique et ses larbins, il trouve un refuge passionné dans l’univers des livres, de la connaissance, et préserve du tintamarre politique ambiant sa faculté d’étonnement devant les dernières trouvailles de laboratoires. Le quotidien congolais le laisse d’ailleurs plus ou moins indifférent…
Au fil du récit, qui perd progressivement en neutralité ce qu’il prend en accusation, Matapari traduit l’intérêt de Dongola pour les personnages plus sociaux, insérés et fondus dans les luttes quotidiennes où s’entremêlent pénurie, rationnement, expédients, tribulations, infortunes diverses.
La mère de Matapari résume ce versant social de la déconstruction de l’auteur, personnage au cœur de la vie de la cité, sans trop y paraître, arbitrant péniblement entre sa croyance au christianisme et les traditions qui orientent le sens qu’elle donne aux événements.C’est la naissance de Matapari qui trahit le mieux ce conflit d’interprétation et de représentation du monde. Ce triplé est redécouvert dans le ventre de sa maman, deux jours après la parturition de ses deux frères. Catastrophe, le triplé n’existe pas dans l’imaginaire de ce peuple, aucune explication autre que maléfique ne peut rendre compte du drame. Ils ne pouvaient pas être trois dans le ventre, le troisième n’est autre qu’un mauvais esprit errant qui a trouvé abri dans le ventre non encore refermé d’une femme qui venait d’accoucher…
Cela devait se vérifier puisque Matapari -synonyme de problèmes, soucis...-, surnommé ainsi du fait des conditions troubles de sa naissance, empruntait de bonne heure un chemin peu exploré par la tradition, il semblait vouloir être gaucher! Or, le seul souvenir que sa mère avait d’un gaucher était celui d’un oncle, qui avait été convaincu de sorcellerie.
Ici, le vécu de la famille est dépiécé du point de vue des rapports entre la vision traditionnelle faite de certitudes et soumises à des chocs inattendus, le pragmatisme qui s’accommode de la présence d’une accoucheuse mi-tradtionnelle mi-moderne…Un compromis instable, une négociation permanente.

Pourtant le parti pris de l’auteur pour sa mère se dissimule à grand peine, moins peut-être pour sa mère en tant que telle, que pour son caractère généreux, actif, pragmatique, mettant en avant les situations concrètes au détriment de la religion, du parti. Voyant avant le ponte corrompu du parti, son frère mis en prison et se démenant sans compter. Comme plus tard pour son mari, aux arrêts pour des raisons opposées à celles de son frère.
Autant l’immersion sociale de la mère de Matapari arrive à camoufler les sinusoïdes ambiguës de sa conscience éclatée, religieuse et ancestrale, autant la question est réglée avec le grand-père.
Décrit avec une tendresse et un amour écrits vrai, il est celui qui parle de vérité, de sagesses, celle des livres, celle du livre de l’univers. Il est celui qui initie aux rites des anciens, celui qui, à l’article de la mort, enduit de poudre protectrice son petit-fils bien-aimé, a qui il remet les objets totémiques familiaux.
Outre que les parents assistent à cette scène, sans que ni le rationalisme de l’instituteur ni la foi chrétienne de la mère ne trouvent à redire, le récit devient faussement neutre, amplifiant la dimension sentimentale…

L’incarnation du voyage, de la vie palpitante est le vieillard au bandonéon, qui par delà sa tragi-comique décrépitude physique trouve grâce auprès de Matapari, à se demander si la génération des anciens pouvait trouver meilleure défense que celle de Dongala…
Il y aurait comme une proposition, celle d’une modernité qui s’enracine sur des sagesses anciennes, elles-mêmes revisitées et mises en exergue de par leur profil ouvert sur les sagesses de l’univers. L’auteur suggère également, par la récurrence du recours aux inventeurs noirs dans l’évolution de la science contemporaine, un regard critique sur la place des noirs dans la science, dans la modernité.
Une once d’accusation pointe à l’endroit d’un père intègre, ce qui ne mange pas de pain, passionné de sciences, mais quelque peu égoïste, préférant la dernière démonstration mathématique à son devoir social et politique, celui de la reconnaissance des efforts de tant de gens qui se sont battus pour sa libération.
Comme si Dongala invitait un peu l’intellectuel à sortir de la prison dans laquelle les totalitarismes et la nécessité de les sublimer ont conduit certains, indifférence, égoïsme, connaissance pour la connaissance.

Ze Belinga
Rédigé le Mercredi 26 Avril 2006 à 08:52 | Lu 2305 commentaire(s)





1.Posté par cyprien kibangou le 11/05/2006 16:29 | Alerter
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comme tu aimes bien Dongala,je t'envoies ceci pour te relaxer

Maryzou


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