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Emmanuel DONGALA

Photo de groupe au bord du fleuve


Emmanuel Dongala
Emmanuel Dongala
On fait bien de suivre les coups de coeur de lecture de nos amis! Ainsi, ce roman vers lequel je ne serais sans doute pas naturellement allée sans le conseil enthousiaste de C.M.. Le récit, contemporain, se place dans un pays africain où seize femmes qui s’échinent à casser des cailloux pour gagner leur vie ont un jour décidé que ça suffit : s’éreinter comme elles le font pour 10000 francs le sac alors que les travaux pour le futur aéroport ont fait monter les prix et que les commerçants qui les leur achètent vont faire un énorme bénéfice, elles ne le veulent plus! Tout travail mérite un juste salaire proportionné au profit que d’autres en tirent. « Tu te réveilles le matin et tu sais que c’est déjà un jour levé qui se lève. Que cette journée qui commence est la soeur jumelle de celle d’hier, d’avant-hier et d’avant-avant-hier. » Ce sont les premiers mots de ce roman qui m’a happée en trois séquences trop courtes.

L’auteur s’adresse à Méréana, désignée porte-parole par les autres et, curieusement, ce discours direct capte littéralement en nous révélant petit à petit l’histoire de chacune, avec son cortège de petites choses de la vie, de malheurs, bien souvent : Méré- qui doit gagner les 120 000F pour son inscription
à une formation, Anne-Mariele « deuxième bureau » d’un homme riche dont l’épouse l’a défigurée par jalousie, Bileko la femme d’affaires dépossédée de tout par sa belle-famille à la mort de l’époux, Batatou au lourd secret, Zizina la jeune femme recrutée dans un corps de police féminin envoyé par l’ONU au Libéria… C’est une véritable aventure tragi-comique que vont vivre ces femmes analphabètes pour la plupart, mais surtout pas sottes, dans un pays dirigé par des pantins ridicules où on tire à balles réelles sur des manifestants, quand bien même il y a des femmes, des enfants. Où la corruption règne et, où toujours, les femmes sont maintenues par la société sous la loi des hommes, comme Tito, l’ex-mari de Méré, ridicule député à la botte du pouvoir, plus désigné qu’élu, prêt à tout pour complaire au Président, « veste cintrée orange, cravate rayée mauve, pantalon cintré bleu pâle». Pourtant d’autres hommes se solidarisent de ces femmes et leur sont précieux. Et, dans ce pays où, comme ailleurs, les flashs d’infos ponctuent la vie de nouvelles toutes plus absurdement terribles les unes que les autres, la solidarité et le courage peuvent avoir raison de la bêtise, des intimidations et menaces.

Ce roman est passionnant, qui nous transporte au milieu de ces femmes, souffrant avec elles, souriant aussi de savoureuses descriptions des rapports
de pouvoir (qui nous feraient rire si nous savions que les malheurs engendrés étaient faux).
«Photo de groupe au bord du fleuve» c’est en effet un portrait de groupe qui prend forme au fil des pages, comme une photo qui se révèle lentement dans un bac de chambre noire. De la première page où nous apparaissent 16 femmes révoltées qui refusent de se laisser avoir à la photo de groupe des mêmes, moins une, au bord du fleuve, droites et fières, qui clôt le récit.

Extrait : «Tu la regardes. Son visage dégage quelque chose de difficile à définir, quelque chose de nouveau ; disparu, ce petit air espiègle qui pouvait donner l’impression que sa seule aspiration dans l’existence était de plaire ; il exprime plutôt une liberté qui n’avait jamais été là et la résolution d’être
prête à prendre en charge sa propre vie»


Source lexpress.fr


Photo de groupe au bord du fleuve
Emmanuel DONGALA
Édition : Actes Sud
Collection : Babel
Poche: 446 p. 10€

Par les 8 plumes
Rédigé le Lundi 2 Février 2015 à 13:27 | Lu 701 fois | 1 commentaire(s)






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