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Driss Homet

L'exode par les planches

À 27 ans, l'auteur congolais prépare le retour au théâtre de sa pièce "La Fuite", le récit de son exode durant la guerre civile de 1997. Tout un symbole.


Une thérapie par les mots, c'est un peu comme cela que l'on pourrait décrire La Fuite. Alors qu'il n'a que neuf ans, Driss Homet, auteur du roman adapté au théâtre, fuit le Congo et la guerre civile de 1997 qui fait suite au coup d'État du président Sassou-Nguesso. Il laisse alors derrière lui les conflits et son père, contraint de rester au pays. À 24 ans, il prend la plume pour raconter cet exode vers le Gabon.

« Ce qui se passe en ce moment, c'est une Fuite 2 »
Dix-neuf années se sont écoulées depuis ces événements et le paysage congolais reste tristement familier. Le 20 mars dernier, le président Sassou Nguesso se fait réélire avec plus de 60 % des voix, et ce, après avoir changé la Constitution pour pouvoir se représenter, provoquant l'ire de l'opposition. C'est le début d'un bras de fer durant lequel des affrontements ont eu lieu le lundi 4 avril, faisant 17 morts. Ces événements, c'est un mauvais cauchemar qui revient pour l'auteur, dont le retour de la pièce au théâtre dimanche 10 avril prend un sens nouveau. « Ma liberté d'artiste, mon engagement en tant qu'auteur humanitaire, c'est de faire vivre ma pièce le plus longtemps, d'alerter les gens, et de sensibiliser sur ce qu'il se passe. Et ce qu'il se passe en ce moment, c'est une Fuite 2. »

La jeune troupe qui joue dans la pièce "La fuite" de Driss Homet. © DR
La jeune troupe qui joue dans la pièce "La fuite" de Driss Homet. © DR
Depuis l'annonce des résultats, communiqués discrètement à trois heures du matin dans la nuit du 24 mars, et le début des violences, certains Congolais ont repris la route. Pour survivre. Les populations du sud de Brazzaville, majoritairement hostiles au président Sassou, migrent vers le Nord, bastion du leader congolais, se réfugient chez des amis ou dorment dans la rue. Pendant que le Sud se dépeuple dans un silence insaisissable. Conflit de générations, Driss Homet parle du conflit d'une manière très personnelle. Au moment d'évoquer les violences en cours au Congo, son regard divague de temps en temps.

Un retour de souvenirs précis
« Ça me rappelle évidemment plein de choses. À 9 ans, on est conscient, les bruits, le son des tirs, les corps qui tombent, tout revient très vite. » Le jeune auteur en parle d'une voix calme. À travers ces souvenirs qu'il recompose au fur et à mesure de la discussion, et met en scène dans sa pièce, c'est toute une vision du Congo qu'il donne. Une vision forcément influencée par son éducation en France. En tant que « Congolais de la diaspora », Driss Homet est conscient de l'écart qui règne avec ses compatriotes du même âge. « Ce n'est pas évident, on est forcément contre ce qu'il se passe quand on grandit dans la démocratie. Aujourd'hui, la jeunesse au Congo ne peut pas se faire entendre. On considère, sous l'emprise de la peur, que c'est le plus fort qui doit rester au pouvoir. C'est la politique de l'intimidation. » Cette « loi du plus fort », ses parents l'ont depuis longtemps assimilée. Revenus au Congo après des études en France, sa mère travaille dans un hôpital et son père, ingénieur de formation, est devenu agriculteur, ses diplômes ne lui ayant pas permis de trouver un emploi. Ils sont son seul canal d'information sur place, ce qui n'empêche pas quelques désaccords. « Mon père a coutume de dire : au Congo on ne fait pas d'élections pour les perdre. Mais si l'opposition voulait du changement, il fallait qu'elle s'organise. Elle aurait dû s'unir dès le premier tour. Si on veut le changement, on le fait à tout prix. »

Congolais de la diaspora
Son statut de « Congolais de la diaspora » lui vaut aussi quelques remarques. « Ils me disent aussi que je ne maîtrise pas le conflit parce que j'ai vécu en France, que je n'ai que les infos locales. En même temps, la perspective est claire, la Constitution a été changée pour que Sassou puisse potentiellement rester au pouvoir jusqu'à sa mort. Donc c'est le moment ou jamais pour agir. » Ce conflit de générations, ce fatalisme parental, Driss Homet y fait face avec une pièce portée par des acteurs jeunes et engagés à l'image du Gabonais David Baiot, connu pour un rôle dans la série Plus Belle la Vie, ou encore le chanteur d'origine congolaise Jessy Matador. « Pour David, ce n'est que sa deuxième pièce, mais il a choisi de s'engager dans le projet car c'est une pièce d'actualité, tout comme Jessy, qui a déjà travaillé au Congo. Il avait un peu peur, mais il a aussi choisi de s'investir pour ça. »

Silence radio au Congo
S'engager. Le mot reste un dilemme pour le jeune auteur. Un risque aussi. Celui de mettre en danger sa famille. Simultanément, ne rien dire serait contre sa vocation « d'artiste humanitaire ». Alors il a propulsé son livre sur les planches. « Tout cela est raconté à travers les yeux d'un enfant de neuf ans. Je parle pour la jeunesse à travers cette pièce, puisqu'au Congo elle n'a pas la place pour s'exprimer. » Même s'il voulait s'engager publiquement, Driss Homet ne serait probablement que très peu audible. Aucune de ses interventions dans les médias, à la radio notamment, n'a été retransmise sur place, dit-il. L'origine de ce boycott ? L'auteur en a une petite idée. Au début de l'année, alors que sa pièce se joue au petit théâtre de la Comédie Nation dans le 11e arrondissement de Paris, trois membres de l'ambassade du Congo forcent leurs invitations à la représentation. Le metteur en scène n'est pas prévenu, il ne discutera même pas avec eux une fois le rideau tombé. « Le contact est resté très froid », résume-t-il. Depuis, silence radio dans les médias congolais sur son travail.

Source lepoint.fr

Par Romain Gras
Rédigé le Vendredi 8 Avril 2016 à 18:11 | Lu 1886 fois | 0 commentaire(s)






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