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Derrière le succès de Nollywood et de l’afropop

Les dures réalités de l’industrie culturelle nigériane

Faute de cadre juridique adapté, le cinéma et la musique « made in Nigeria » rayonnent dans le monde entier mais rapportent peu à leurs auteurs.


Devant un cinéma de Lagos, au Nigeria, en février 2019. CRISTINA ALDEHUELA / AFP
Devant un cinéma de Lagos, au Nigeria, en février 2019. CRISTINA ALDEHUELA / AFP
Dans un des quartiers branchés de Lagos, mégalopole effervescente du Nigeria considérée comme la capitale culturelle africaine, la première édition du Teffest, foire du cinéma et de la musique qui s’est tenue fin novembre, ne manquait pas de paillettes. Mais derrière les faux cils, les costumes sur mesure et les dizaines de millions de fans sur Instagram, la réalité du secteur est beaucoup moins glamour qu’il n’y paraît : des salaires de misère, aucune protection sociale, des lois sur la propriété intellectuelle pas ou peu appliquées et très peu de canaux de diffusion.

Selon le Fonds monétaire international (FMI), la culture représentait 1,4 % du PIB nigérian en 2016, mais cela pourrait être bien plus, dans un pays qui compte près de 200 millions d’habitants, d’autant qu’elle s’exporte sur tout le continent et à travers la diaspora. Les chanteurs de l’afropop nigériane, tels que Burna Boy, Wizkid ou Davido, multiplient les tournées, leurs titres passent en boucle sur toutes les radios et les chaînes spécialisées. Et Nollywood est considéré comme la deuxième industrie du cinéma au monde, avec 2 500 films produits par an.

Et pourtant, le secteur des médias et du divertissement n’a généré dans son ensemble que 4,5 milliards de dollars (environ 3,9 milliards d’euros) en 2018, selon le cabinet PwC. C’est très peu comparé à l’Afrique du Sud (9,1 milliards de dollars en 2018), qui produit moins, s’exporte peu et possède un marché national quatre fois moins important. Son secteur est toutefois beaucoup mieux organisé, avec des paiements de droits d’auteur pour les artistes, des studios pour les tournages, des scènes de concert dynamiques, des plateformes numériques d’écoute, davantage de cinémas…

« Personne ne nous a pris au sérieux »

Autant de revenus qui demandent des investissements et un cadre de protection juridique qui n’existent quasiment pas au Nigeria. « Ici, le divertissement s’est construit sans aucune structure », explique Omotola Jalade-Ekeinde, alias « Omo Sexy », fondatrice du Teffest et actrice aux 4,5 millions d’abonnés sur Instagram. « On a créé, inventé, produit et, pendant des décennies, personne ne nous a pris au sérieux. »

Désormais les choses changent, les grandes majors commencent à s’intéresser à l’afropop, Netflix et Canal + tentent de séduire les stars de Nollywood. Mais face à un secteur totalement désorganisé, il est parfois difficile d’investir. « Le secteur privé essaie désormais de comprendre qui nous sommes et comment nous fonctionnons », confie Omotola Jalade-Ekeinde. La « reine de Nollywood » a imaginé cette foire du secteur du divertissement comme une plateforme où acteurs, chanteurs, producteurs, assureurs, avocats et agents de stars peuvent se rencontrer et s’organiser ensemble.

« L’heure n’est pas aux célébrations », s’emporte Efe Omoregbe, manager de la superstar 2Face et ancien directeur de la société nationale des droits d’auteur, dissoute par le gouvernement pour cause de conflits internes. « Nous devons plutôt réparer et nous attaquer aux problèmes structurels graves dans le secteur », assène ce « vétéran » de la musique nigériane. « Nous vivons dans une culture de l’abus de la propriété intellectuelle. »

Des « deals » sans contrat écrit

Quelque 80 % des CD piratés dans le monde se trouvent au Nigeria, toujours selon PwC, et en presque vingt ans de carrière, Brymo, chanteur de pop à la voix envoûtante, n’a jamais touché l’argent de la diffusion de ses tubes sur les radios locales. « Nous ne sommes quasiment pas protégés de la piraterie, explique-t-il à l’AFP. A l’international, maintenant on profite des plateformes numériques de distribution telles que Spotify ou Youtube, mais localement, on gagne de l’argent en faisant des concerts ou de la pub.»

Là aussi, beaucoup de deals « se font avec des poignées de main » et trop peu de contrats, regrette Simeon Okoduwa, avocat spécialisé dans les droits de propriété intellectuelle.

Michelle Dede, une autre actrice nigériane, assure toujours demander un contrat écrit avant de commencer à tourner. « Les grandes boîtes de production comme Ebony TV ou Africa Magic le font toutes maintenant, et c’est un grand pas. Avant, on me prenait pour une prétentieuse ! »

« On gagne plus d’argent en développant notre “marque” sur les réseaux sociaux qu’en faisant des films, s’emporte Michelle Dede. Mais je devrais travailler mes rôles plutôt que de compter mes likes sur Instagram ! » L’actrice n’a toutefois pas hésité une seconde à abandonner son travail dans le marketing à Londres pour venir tenter sa chance à Lagos et devenir une star de Nollywood. « Même si on est mal payé, rien ne me rend plus heureuse que de tourner des films. Je n’abandonnerais ça pour rien au monde. »

Source: Le Monde Afrique


Le Monde avec AFP
Rédigé le Vendredi 3 Janvier 2020 à 00:16 | Lu 98 fois | 0 commentaire(s)





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