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Danny Glover produira Frantz Fanon

La Pensée et l’Action révolutionnaires du XXè siècle

Depuis quelques années la redécouverte du martiniquais Frantz Fanon fait l’objet d’un engouement particulier aux Etats-Unis auprès des universitaires et intellectuels africains américains, y compris des gazettes grands publics. Cette réinvention de Fanon traverse également l’Europe et la France où de récents travaux biographiques, ou d’orientation politiques lèvent un voile teigneux sur une des personnalités, des pensées anticoloniales les plus influentes du 20ème siècle. Une personnalité fascinante, joignant instantanément réflexion et action révolutionnaires que l’acteur africain américain engagé Danny Glover se propose d’immortaliser dans un documentaire dont la date de sortie n’est pas encore connue.


Danny Glover
Danny Glover
L’acteur à succès de Couleur Pourpre, et de bien d’autres livraisons qui apportent une respiration éthique et «black consciousness» à une industrie du cinéma essentiellement vouée au divertissement lucratif, dispose d’un terrain quelque peu labouré pour l’ouvrage. Jeune, Danny Glover avait déjà lu les Césaire, Fanon qui l’avaient bouleversé et marqué pour toujours.
Restituer Fanon ne sera de toutes façons pas une mince affaire. Il faudra aborder une vie complexe, intense, insaisissable et sur plusieurs terrains de lutte, Martinique, France, Algérie, Tunisie, Afrique sahélienne. Le choix des films de Glover est plutôt rassurant à cet égard, au-delà même de son engagement d’africain américain militant. Il n’a pas hésité à risquer sa réputation aux prises avec la police américaine, à plusieurs occasions, notamment en protestant violemment contre le génocide silencieux du Darfour devant l’ambassade du Soudan aux USA. Auparavant dans les années 60 il faisait partie du mouvement des droits civiques, puis de la contestation contre l’Apartheid.
En 1998, l’acteur et producteur venu à l’avant et à l’arrière de la caméra par le théâtre, avait partagé avec l’animatrice de télévision Oprah Winfrey les premiers rôles de l’adaptation sur grand écran du roman Beloved de Toni Morrison, traitant de la société africaine américaine post-négrière. Il était déjà apparu dans Rage in Harlem en 1991 et s’illustrera par la volonté d’interpréter des personnages qui sous des caractères différents, quelques fois en biais, défendent des valeurs de famille, de paix, dénoncent racismes et discriminations par l’humour, rappellent les séquelles et constitutions liées à l’esclavage.

Dit autrement le CV de Glover a de quoi rassurer les amateurs de culture et espérons les férus d’anticolonialisme. Mais la tâche n’est pas gagnée d’avance. Arrivé en Martinique pour le tournage du documentaire sur Fanon en septembre 2005, le producteur Glover s’est entretenu avec des proches de Fanon. Il a rencontré l’illustre Aimé Césaire, lui qui fut l’enseignant, puis une précieuse source d’inspiration que Fanon cependant délaisserait, privilégiant les rapports de force économiques de la dialectique marxiste à la négritude de son mentor.

L’acteur africain américain a l’intention de suivre les traces du révolutionnaire qui a influencé les Black Panthers, Che Guevara, Steve Biko, les résistances palestinienne et algérienne, et l’ensemble du mouvement anticolonial et tiers-mondiste. Pour ce faire il prépare un voyage en Algérie, patrie d’adoption de Fanon, l’ancien résistant au nazisme, blessé en Alsace pendant la guerre de 1939-45 et décoré de la Croix de guerre, et qui pourtant allait se retrouver quelques années plus tard aux côtés des forces de libération algériennes face à la colonisation française… Au péril de sa trop courte vie.

Frantz Fanon [1925-1961], brillantissime esprit dont les héritages se disputent entre psychiatrie, pensée anticoloniale, tiers-mondiste, lectures du dominant et des dominés, continu de parler aux sociétés contemporaines. Le silence qui a entouré son œuvre malgré un succès confiné aux milieux intellectuels et tiers-mondistes est petit à petit dépoussiéré par le regain d’intérêt des chercheurs anglo-saxons, et la contestation du tabou sur les massacres coloniaux singulièrement algériens.

Il est heureux que Danny Glover s’attelle à cet ouvrage, d’autant qu’il pense aussi à travailler sur Toussaint Louverture, un agenda qui ne déçoit pas, en attendant la réalisation. Cela devrait en inspirer d’autres car il n’ y aura pas, avant longtemps suffisamment de produits culturels et de matières à réflexion autour des œuvres colossales des Césaire, Anta Diop, Fanon, …

Sheryl

Pierre Prêche/Afrikara.com
Rédigé le Jeudi 13 Octobre 2005 à 09:09 | Lu 3084 fois | 0 commentaire(s)





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