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DAKAR : ARTITUDES URBAINES

Il fallait s'y attendre. Dakar, capitale du Sénégal, est le centre artistique de l'Afrique de l'Ouest.

Pour comprendre cette situation privilégiée, il faut se tourner un peu vers son passé. Tout d'abord, au contraire de ses voisins, l'art premier fait figure de parent pauvre au Sénégal, l'islam interdisant ce genre de représentations. Les masques ou les statuettes que l'on peut retrouver sur les marchés sont donc tout sauf d'inspiration sénégalaise.

Ensuite, il est important de préciser que le pays a bénéficié dans les années 1960 d'un homme à la fois président, homme de lettre et poète de renommée internationale : Leopold Sedar Senghor. Celui qui a osé affirmer "penser et agir par nous-mêmes : en nègres". Un homme déterminé à valoriser le potentiel culturel et artistique de son pays, un président qui a engagé une dynamique culturelle encore en vigueur aujourd'hui.


Première manifestation artistique en 1966

Soly Cisse
Soly Cisse
Le premier festival de l'art nègre se déroule à Dakar en 1966. Il s'agit de la toute première manifestation d'envergure en la matière. Le courant est porteur et entraîne le développement de la peinture et de la sculpture contemporaines au Sénégal.

Les noms apparaissent au fil des années, entre 1970 et 1980 : Amadou Bâ et ses vaches Peuls (les Peuls sont une ethnie du Sénégal, surtout des éleveurs), l'île de Gorée de Souleymane Keïta et Moustapha Dimé, les géants d'Ousmane Sow, les peintures abstraites de Sérigne Mbaye Camara, Viyé Diba, Seyni Gadiaga ou Djibril Ndiaye. Les quatre derniers cités, professeurs à l'école des beaux-arts de Dakar, entraînent les générations suivantes sur le chemin d'un art contemporain africain digne d'être montré sur la scène artistique internationale.

La capitale devient alors, sous l'impulsion de L.S Senghor, le siège d'une Biennale d'art contemporain, avec le m majuscule de Moderne. La dernière en date remonte à l'année dernière, intitulée Dak'art 2000. Il s'agit d'un véritable événement international qui souffle le chaud et le froid sur le continent, met en avant les nouvelles tendances de l'art noir.


La relève des jeunes

Soly Cysse
Soly Cysse
Une nouvelle vague de jeunes peintres urbains a toutefois remis en question l'héritage de ses pères et professeurs, une vague plus urbaine, plus graphique, toujours aussi abstraite et qui se démarque, tant dans la peinture (Soly Cissé, Modou Dieng) que dans la sculpture (Ndary Lo). Ces jeunes plasticiens sont en quelques sortes les avant-gardistes de l'art moderne africain.
Il fallait à ces peintres une sorte de mentor, une idole de la peinture, noire si possible. Cela n'a pas duré pour se concrétiser : le peintre américain Jean-Michel Basquiat, est décédé, mais sa peinture est disponible, on apprend l'homme, son œuvre et ses engagements à l'école des beaux arts de Dakar, une des rares écoles artistiques en Afrique noire. Le courant passe, le phénomène d'identification est amorcé, engouements sur les rangs, téléchargeons le raisonnement.

Dakar récupère l'art de Basquiat. Mais jusqu'ici il était surtout question de récupérer des bribes du concept de Basquiat et de créer à partir de quelques morceaux pris ici et là, sans une véritable cohérence. L'idée presque nouvelle, est de prendre la ville en entier. D'une bouchée, sans exotisme, de la digérer, puis de tout remettre à plat, en vrac, sur une toile.


Peintres urbains

Soly Cisse
Soly Cisse
Des preuves ? Ass M'Bengue, Soly Cissé, Birame Ndiaye, Cheikh Ndiaye et Modou Dieng.

M'Bengue, un temps leader, a pris la tangeante, il vit et travaille désormais à New York, il peint un autre style. Soly Cissé est sûrement le plus en avant de tous. Il est sur le point de dépasser le concept de départ, de trouver un équilibre entre le figuratif et l'abstrait. Mais les lignes, les code-barres représentés sur ses toiles, le graphisme, renseignent encore sur l'origine de sa peinture. Modou Dieng, quant à lui, se concentre sur la notion de centre-ville, de noyau urbain, Chiekh Ndiaye sur la culture du rap et Birame Ndiaye, sur les affichages lacérées des murs ou les journaux.

Le point commun ? Le mur, considéré comme une nouvelle toile, ou la toile considérée comme un nouveau mur.

Voilà pour la version officielle, celle des ouvrages et des magazines. Mais la rue n'a pas attendu les galeries pour exposer ses talents.

Les talents de la rue

On y trouve souvent des installations. Par exemple, des pattes de poulets entassées avec, au-dessus, une photo de mode arrachée d'un magazine, et sur les côtés des débris de miroir : une oeuvre faite de manière délibérée par un fou de la rue.

On y trouve également des fresques : Maïsama, vagabond, artiste à ses heures, passe ses journées à choisir les murs où il peint au charbon et à la terre latérite les messages appropriés et adressés au monde. Les pluies tropicales rendent l'ensemble éphémère.

Enfin, on y trouve parfois des sculptures étonnantes : un autre fou-errant qui s'obstine par exemple à creuser des spirales dans les troncs d'arbres.

Et tout cela, tous les jours, comme ça, pour rien, enfin si, vous, nous, les gens.

Retenons qu'il se passe quelque chose. Les collectionneurs allemands et nordiques y voient de l'intérêt, seront-ils les seuls ?

Dakar mérite bien un petit soin, un autre discours que la trilogie "Afrique-Statuaire-Ancien". Elle mérite au moins qu'on lui accorde une vue d'ensemble, un hommage, avec une trace iécrite et pourquoi pas, quelques affiches dans le métro.


Réalisé par Sophie Rocherieux, janvier 2001
Rédigé le Mardi 29 Avril 2003 à 00:00 | Lu 1086 fois | 0 commentaire(s)





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Afropunk célèbre la créativité des cultures afro

La dernière édition parisienne du festival underground américain a révélé toute l'étendue des cultures afro-descendantes.

Un foisonnement de couleurs et de motifs influencé par l'Afrique
Né à Brooklyn en 2005, le festival alternatif Afropunk a essaimé aux quatre coins du monde, d'Atlanta à Londres, de Paris à Johannesburg en l'espace de treize ans. Présent pour la quatrième fois dans la capitale le week-end dernier, l'événement célèbre l'affirmation des cultures noires décomplexées et dénonce toutes formes de discriminations raciales, physiques ou sexuelles. « Ce mouvement traduit la volonté de dire que les Noirs ne sont pas associés à un type de musique en particulier », précise l'essayiste et documentariste Rokhaya Diallo qui a animé une des deux journées. « C'est une manifestation extrêmement bienveillante qui prône une forme de liberté que l'on croise dans le public », poursuit-elle. « J'adore m'apercevoir que le spectacle est autant parmi les festivaliers que sur scène, dans les looks des gens se dégagent quelque chose de spectaculaire. » Ouvert absolument à tout le monde, le succès de la formule repose sur un savant mélange d'une programmation musicale éclectique mêlée à la mode, l'art et la ripaille avec une vingtaine de food trucks. Preuve du succès, la manifestation a déménagé du Trianon à La Villette l'année dernière et affichait complet pour cette édition avec 8 000 personnes aux styles vestimentaires pointus. Poids plume à côté du mastodonte new-yorkais et de ses 90 000 spectateurs, la déclinaison française attire déjà les voisins, du Benelux à la Grande-Bretagne, puisque près de 40 % du public est étranger.

ROGER MAVEAU
28/11/2018





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