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Covid-19 : l'art contemporain africain ne veut pas se laisser faire

Particulièrement impactés par la crise sanitaire, les galeristes et les responsables de foires ont décidé de construire une présence différente.


Galerie Cecile Fakhoury
Galerie Cecile Fakhoury
La pandémie de Covid-19 continue de frapper et se prolonge. Les acteurs de l'art contemporain africain tentent de résister. Mieux, certains ont décidé de se projeter vers l'avenir, même incertain, et investissent. Ils veulent y croire et n'hésitent pas à poursuivre leur projet. « Novembre n'a pas été facile », reconnaît Florian Azzopardi, qui a lancé en 2018 la galerie Afikaris. « Malgré tout, nous avons décidé d'investir, pour donner un lieu plus important avec plus de visibilité. » Début janvier, si tout va bien, il pourra inaugurer ce nouvel espace au cœur de Paris. Initialement uniquement sur Internet, la galerie Afikaris avait pris vie aussi dans l'appartement personnel de Florian Azzopardi qui organisait des vernissages et des accrochages d'œuvres d'artistes. Se lancer dès 2021 en ouvrant une galerie physique, « c'est un risque bien sûr, admet-il. Mais nous souhaitons maintenir la bonne dynamique que nous avions, donner plus de visibilité et surtout permettre aux artistes de s'exprimer. Nous sommes assez optimistes et prêts à repartir ».

Se lancer quand même

Yann Kwete
Yann Kwete
Au Canada, Yann Kwete, fondateur de la plateforme Kub'Art Gallery, ne s'est pas découragé. Certes, la pandémie a bouleversé ses projets. « J'ai dû revoir ma stratégie. Nous misons désormais sur le numérique et le développement de la plateforme. L'ouverture de la galerie d'art est reportée », explique-t-il. Installé à Montréal, cela fait près de trois ans qu'il porte ce projet ambitieux de monter une structure qui soit à la fois une vitrine de l'art contemporain africain et un pont entre les artistes africains, afro-descendants et ceux issus d'autres continents, mais aussi un espace de vente en ligne. Le site a été officiellement lancé le 7 novembre 2020.

En Allemagne, à Hambourg, Stella Melbye Konan, épaulée par son mari, a inauguré en septembre la galerie M, spécialisée dans l'art contemporain africain. « L'Afrique a une mauvaise image en Allemagne, beaucoup de gens ne connaissent pas bien ce continent. La galerie culturelle est un moyen de les amener à changer de vision », explique-t-elle. « Le projet était en préparation depuis trois ans. La pandémie l'a accéléré. Il était plus difficile de voyager et cela nous laissait plus de temps. Rapidement nous avons tout préparé. Depuis plusieurs années, nous avions déjà sélectionné des artistes. Nous avons eu la chance d'avoir ce beau lieu de 230 m² dans le centre de Hambourg, c'est un avantage ! » poursuit-elle. « C'est un pari risqué. Mais nous avons travaillé très dur et nous nous sommes donné encore plus de moyens pour réussir. Nous avons cherché des partenaires et nous nous sommes associés à de grandes sociétés allemandes », détaille Stella Melbye Konan.

Un nouvel équilibre
À Abidjan, en Côte d'Ivoire, privée de foires, de biennales et autres événements, la galerie Cécile Fakhoury mise aussi sur Internet. « Nous avons remédié à cette absence d'événements avec le développement de notre site, une programmation de viewing room, des foires en ligne… C'est un nouvel équilibre qui commence à exister », commente Cécile Fakhoury. « Je reste très optimiste pour la suite, car finalement le marché autour de nos artistes continue de bien se développer et nos projets d'exposition à Abidjan, Dakar et Paris sont pour l'instant maintenus. Nous avons des projets de production ambitieux avec nos artistes, des projets de publications et de documentaires », poursuit-elle.

En Afrique du Sud, la galerie Afronova s'est aussi adaptée. « J'ai inauguré récemment les viewing rooms d'Afronova, avec la jeune photographe Alice Mann qui fait partie des artistes les plus en vogue en 2020 sur Artsy. Pour cette première, nous avons collaboré avec l'historienne de l'art Christine Eyene. La prochaine sera consacrée à Senzeni Marasela qui a ouvert sa première expo solo au musée Zeitz Mocaa au Cap. Je travaille également sur une expo hommage à Henri Vergon, au Cap et à Johannesburg », détaille Émile Demon, à la tête de la galerie. En 2021, elle développera aussi une activité de mentor auprès de très jeunes photographes en collaboration avec le projet Of Soul and Joy à Thokoza, un township au sud-est de Johannesburg.


Octobre, entre les gouttes

Pierre Bodo, Oxygène,​ 2015 Acrylic on canvas,
Pierre Bodo, Oxygène,​ 2015 Acrylic on canvas,
Après un rendez-vous en ligne pour la foire de New York en avril dernier, Touria El Glaoui, directrice de la foire d'art contemporain africain 1-54, a retenu son souffle. « Nous voulions absolument organiser une foire physique en octobre et nous étions préparés mentalement à réaliser 1-54 Londres en nous adaptant aux réglementations et contraintes imposées par le Covid-19. Cela a été un énorme défi de planifier une foire physique et en ligne qui pouvait être suffisamment flexible pour répondre à quelque difficulté qui pourrait survenir à cause d'un durcissement des restrictions. Heureusement, 1-54 Londres s'est déroulée sans le moindre problème et a été un succès compte tenu des circonstances : des galeries ont vendu l'intégralité des œuvres exposées ! » se réjouit-elle.

Novembre, Paris confiné
En revanche, pour la foire d'art contemporain africain AKAA, qui devait se tenir à Paris en novembre, le coup est rude. L'annonce du second confinement en France, le 28 octobre, a entraîné l'annulation de l'événement juste 10 jours avant sa tenue. « On espérait passer entre les gouttes, mais cela a été catastrophique. Nous avons travaillé sans visibilité. Difficile en mars d'imaginer que nous serions tant pénalisés, confie Victoria Mann. Il faut dépasser tout cela. Nous étions plus inquiets pour septembre qui, finalement, a été un sursis incroyablement dynamique. » L'édition 2020 avait été revue pour en faire un événement plus intime, avec moins d'exposants compte tenu des difficultés de voyager et dans un lieu plus petit, l'Atelier Richelieu. « Nous avions préparé une jauge de visiteurs, des créneaux de visites, sans vernissage et un étalement des rencontres… Ce travail a été fait avec sérieux. Si j'avais imaginé à l'École du Louvre que je rédigerais un protocole sanitaire ! » lâche Victoria Mann.

Rebondir
« Notre secteur est l'un des plus impactés, mais pas le plus aidé. Ou tout du moins, tout reste encore très flou. Nous devons encore attendre pour avoir un peu plus de recul et connaître l'aide octroyée. Pour notre cas, dans l'événementiel, sur quelle période sera calculé le chiffre d'affaires ? Nous avons eu recours au chômage partiel et bénéficié des 1 500 euros du fonds de solidarité. Cela reste une goutte d'eau », analyse Victoria Mann. « Ce qui me sauve, c'est ma très bonne année 2019, qui nous permet de tenir et de trouver des solutions pour 2021 », poursuit-elle. Elle a d'ailleurs pu rembourser tous les participants à la foire. Comme beaucoup, elle reconnaît que rien ne remplace la rencontre physique. « Le plaisir physique de découvrir l'œuvre, l'artiste, le galeriste, cela joue un rôle important dans le processus d'achat », insiste Victoria Mann.

Des projets se dessinent pour 2021. La directrice d'AKAA prépare un événement rassemblant une quinzaine d'artistes à Lyon, dans un lieu privilégié, Manifesta, dédié à l'art contemporain au service des entreprises. De son côté, « 1-54 s'est récemment associé à Christie's afin d'organiser une nouvelle foire physique à Paris fin janvier dans leurs locaux, avenue Matignon. Ce sera notre première foire sur le sol français », annonce Touria El Glaoui.

Saison Africa 2020
L'épidémie du Covid-19 a bouleversé le calendrier culturel. La saison Africa 2020, prévue du 1er juin à fin décembre 2020 sur tout le territoire français, a dû être décalée : ouverte ce mois de décembre, elle se déroulera jusqu'en juillet 2021. Depuis début décembre, les chaînes de télévision France 2 et TV5 Monde ont lancé « Oh ! AfricArt », une courte émission labellisée Africa 2020 sur la création contemporaine africaine. Invitée d'Europe 1, la présentatrice de ce programme, Élisabeth Tchoungui, précise : « L'idée est de mettre en lumière la bouillonnante création contemporaine africaine. » Rendez-vous aussi, on espère, avec de nombreux événements… à suivre.

Source LePoint/Afrique

Sylvie Rantrua
Rédigé le Mardi 5 Janvier 2021 à 16:31 | Lu 569 fois | 0 commentaire(s)





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Afropunk célèbre la créativité des cultures afro

La dernière édition parisienne du festival underground américain a révélé toute l'étendue des cultures afro-descendantes.

Un foisonnement de couleurs et de motifs influencé par l'Afrique
Né à Brooklyn en 2005, le festival alternatif Afropunk a essaimé aux quatre coins du monde, d'Atlanta à Londres, de Paris à Johannesburg en l'espace de treize ans. Présent pour la quatrième fois dans la capitale le week-end dernier, l'événement célèbre l'affirmation des cultures noires décomplexées et dénonce toutes formes de discriminations raciales, physiques ou sexuelles. « Ce mouvement traduit la volonté de dire que les Noirs ne sont pas associés à un type de musique en particulier », précise l'essayiste et documentariste Rokhaya Diallo qui a animé une des deux journées. « C'est une manifestation extrêmement bienveillante qui prône une forme de liberté que l'on croise dans le public », poursuit-elle. « J'adore m'apercevoir que le spectacle est autant parmi les festivaliers que sur scène, dans les looks des gens se dégagent quelque chose de spectaculaire. » Ouvert absolument à tout le monde, le succès de la formule repose sur un savant mélange d'une programmation musicale éclectique mêlée à la mode, l'art et la ripaille avec une vingtaine de food trucks. Preuve du succès, la manifestation a déménagé du Trianon à La Villette l'année dernière et affichait complet pour cette édition avec 8 000 personnes aux styles vestimentaires pointus. Poids plume à côté du mastodonte new-yorkais et de ses 90 000 spectateurs, la déclinaison française attire déjà les voisins, du Benelux à la Grande-Bretagne, puisque près de 40 % du public est étranger.

ROGER MAVEAU
28/11/2018




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