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Cheikh Anta Diop

Savant et Inventeur de la Nouvelle Histoire Universelle

Eminent héritier spirituel des très anciennes traditions intellectuelles africaines, savant africain du Sénégal, précoce et visionnaire est décédé le 07 février 1986, laissant une œuvre immense dont la lame révolutionnaire aura rétabli l’antériorité des civilisations africaines, faisant de l’Afrique le berceau de l’humanité, et de l’Egypte la civilisation africaine par excellence.


Cheikh Anta Diop
Cheikh Anta Diop
On imagine peu et mal l’apport de Cheikh Anta Diop à la connaissance universelle, l’érudition qu’il a dû produire pour parvenir à se hisser, lui l’Africain né dans le premier quart du siècle dernier, au niveau que les plus brillants esprits de la planète et de sa discipline lui enviait. Car de l’érudition il en aura fallu pour renverser plusieurs siècles de révisionnisme, d’ouvrages, de programmes de recherches, de chaires universitaires, d’opinions aprioriques unidirectionnels, relatant l’histoire africaine et universelle, dans le but de faire apparaître l’Europe comme seul sujet historique. La conséquence a été également un décalage énorme entre Anta Diop et les élites africaines du 20ème siècle, et on peut affirmer que le savant sénégalais avait au moins un siècle d’avance sur son temps qu’il a totalement dominé intellectuellement.


S’attaquant aux grandes questions de civilisation, arènes des pontes et sommités occidentales jalouses de leurs auréoles et de leur empire, Cheikh Anta Diop va vite représenter un danger pour l’eurocentrisme conscient ou induit. Les spécialistes européens de l’Afrique -africanistes- en tête mais les politiques guère loin, c’est un front opaque de la négation qui accueillit dans l’ensemble les travaux de Diop, car c’est un édifice en bloc solide concourant à l’aliénation et donc à une forme de légitimation de la domination qui vacillait sous le feu de la rupture scientifique dans la représentation de l’Afrique.

Seul contre tous, armé de science et de convictions inébranlables, Diop remonte à contre-sens le courant de la longue marche de l’homo sapiens sapiens, premier homme deux fois sage, dont il confirme et conforte le bassin primitif négro-africain. La vie entière du savant sera consacrée à la science, à l’Afrique, au projet de bâtir un corps d’élite de sciences au profit d’une politique continentale éclairée et de ranimer le passé sur une période allant au moins de l’Egypte pharaonique à l’Afrique pré-coloniale. Cette orientation qui se voulait une contribution à l’avènement d’un état unitaire en Afrique s’avérerait féconde à plus d’un titre, se soldant par un changement de repère, de paradigme dans la lecture des faits d’histoire et de civilisation africains. Le Blanc cessait d’être le commencement du Noir, quand le Noir assumait la position d’origine de l’aventure du genre humain.

La thèse la plus populaire d’Anta Diop se révèle être le faisceau de preuves mobilisées pour démontrer l’évidence de l’appartenance de la civilisation égyptienne à l’Afrique et vice versa, la Nubie précédant d‘ailleurs l’Egypte dans sa geste. Les témoignages des Anciens grecs, Aristote, Diodore de Sicile, Hérodote contemporains des Egyptiens sont des matériaux précieux intégrés à sa méthodologie. S’ajouteront à cet arsenal des arguments d’ordre linguistiques, culturels, anthropologiques…

Les origines de l’humanité interpellent le savant au premier chef, soucieux qu’il est de suivre la trace la plus lointaine des Africains et du genre humain sur terre. La perspective de ses travaux sans cesse confortée jusqu’à ce jour l’amène à la conclusion que les premiers homo sapiens étaient noirs africains, que les autres homo sapiens blancs et jaunes sont issus de l’ancêtre noir par un processus de différenciation des phénotypes.

Chaque démonstration achève de déconstruire l’édifice eurocentrique, bouillie de préjugés religieux et d’anthropologie physique raciste, ses analyses sur l’évolution des sociétés et des différentes formes d’état permettent de caractériser l’état égyptien, son mode de production relativement à l’évolution des populations septentrionales -Europe.

Un moment fort de la production intellectuelle de Cheikh Anta Diop réside dans l’étude de la contribution africaine à l’universel dans les domaines de l’art, de l’architecture, de l’habillement, de l’écriture, des sciences, de la philosophie… Cet apport s’est diffusé aux autres aires culturelles et géographiques -pourtour méditerranéen- jusqu’en Europe, l’Afrique n’apparaissant plus comme le parent pauvre de l’humanité, récepteur et consommateur stérile des contributions des autres. Les premières écritures -hiéroglyphiques, vaï, mende, bamoun,...- sont historiquement attestées en Afrique, pour les hiéroglyphes tout au moins, inventions autochtones et exportations ultérieures vers l’espace méditerranéen.

Un tel apport à l’histoire universelle ne pouvait faire l’économie d’innovations méthodologiques indispensables. Pour Anta Diop, c’est de rupture épistémologique qu’il faudrait parler, c’est à dire d’une modification radicale du sens de lecture, d’appréhension et de compréhension de l’histoire africaine. L’interdisciplinarité est convoquée afin de réintroduire l’Afrique dans le temps historique dont Hegel l’avait expulsée et subvertir les émiettements ethnologiques dans le paradigme robuste de l’unité culturelle à partir duquel l’Afrique est désormais objectivée.

La pensée d’Anta Diop, par sa vision et son tranchant, en avance sur son siècle condamnait le penseur à une existence hors institutions pour l’essentiel, ce qui ne le desservirait qu’à court terme. Paradoxalement, la position marginale du savant pour scandaleuse qu’elle fut, y compris dans son propre pays sous la présidence de Senghor notamment où il ne disposa pas de chaire universitaire, lui a évité de laisser parasiter ses thématiques de recherches par des questions adultérines à sa vision. On imagine que dans un pré carré français par excellence, au cours des années 60, un chercheur sénégalais appartenant aux appareils d’état n’aurait pas pu librement développer les thèses de falsification de l’histoire africaine, prôner la recherche nucléaire militaire et civile en Afrique, avancer le primat de l’intégration régionale au sein d’une Afrique unitaire alors que l’indépendance toute fraîche quoique formelle suscitait tous les fantasmes nationalistes.

La fécondité de l’œuvre intellectuelle diopienne est aujourd’hui au stade d’une lente mais irréversible diffusion mondiale, évoluant sur le modèle d’une contagion virale thérapeutique prenant petit à petit en tenaille l’espace public africain et singulièrement les institutions bientôt cernées. En Afrique, aux Etats-Unis, dans les Caraïbes, en Europe, la théorie de Cheikh Anta Diop fait des adeptes et, mieux, de nouveaux chercheurs, souvent indépendants qui tentent de se structurer malgré les rationnements dont ils expérimentent le parti. En Afrique l’intérêt pour les hiéroglyphes croît de façon étonnante et les jeunes se débrouillent pour se fabriquer des itinéraires d’apprentissage entre quelques notions passagères, des cours par-ci par-là, des ouvrages de vulgarisation…

Il est probable que 18 ans après sa disparition, l’œuvre du professeur Anta Diop, qui a triomphé des résistances et réticences des Africains et Afro-descendants, passé le cap d’un face à face avec les africanistes eurocentristes, constitue une alternative extrêmement prometteuse à la Renaissance Africaine en attente d’un terrain d’expérimentation. Elle est un indispensable supplément d’âme à la continuité panafricaine, reliant dans un référent positif tous les Africains et Afro-descendants dont le destin solidaire et commun peut enfin être ré-envisagé, sous une forme ou sous une autre, mais jouissant d’une véritable assise scientifique, psychologique, motivationnelle.







* Lire les œuvres de Cheikh Anta Diop : Nations Nègres et Cultures (1954), L’Unité Culturelle de l’Afrique noire (1960), L’Afrique Noire précoloniale (1960), Civilisation ou Barbarie (1981), aux Editions Présence Africaine, 25 bis, rue des Ecoles, 75 005 Paris


Akam Akamayong / Afrikara.com
Rédigé le Mardi 9 Novembre 2004 à 00:00 | Lu 2710 fois | 1 commentaire(s)





1.Posté par jean boury le 08/05/2006 16:13 | Alerter
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