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« Barber Show », la web-série qui cartonne


Du postérieur de Nicki Minaj à l’ascension mode de Kanye West, en passant par de réels débats de société sur le féminisme ou le racisme : on parle de rien mais surtout de tout dans le Barber Show, une mini-série sur Internet qui a pour ambition de décloisonner, par le biais de l’humour, les communautés. Réalisé par Hugues Lawson-Body, ce concept original diffusé depuis décembre 2015 sur le web propulse dans l’ambiance d’un salon de coiffure « afro » du quartier parisien de Strasbourg-Saint-Denis. Immersion dans cet univers, où le temps d’une coupe, les conversations les plus pimentées sont prises sur le vif.
Situé au 94, rue René-Boulanger dans le Xe arrondissement de Paris, l’enseigne Lucky Coiffure ne déroge pas à la règle d’or des salons de coiffure « afro » : ne pas se prendre au sérieux. Accueilli par Babs, coiffeur d’origine ghanéo-nigériane de 48 ans au visage juvénile, impossible de ne pas se laisser contaminer par la bonne humeur. A la remarque « Black don’t crack », il répond du tac au tac : « Ouais, mais y en a qui sont craqués ! » C’est évident, le Barber Show est l’endroit où il faut être en on comme en off.

« Bande flamboyante »

Babs (au centre) et Gaye (à gauche) dans le salon Lucky Coiffure du Xe arrondissement de Paris, où le réalisateur-photographe Hugues Lawson-Body capte sur le vif les débats animés des clients pour sa mini-série le "Barber Show". © DR
Babs (au centre) et Gaye (à gauche) dans le salon Lucky Coiffure du Xe arrondissement de Paris, où le réalisateur-photographe Hugues Lawson-Body capte sur le vif les débats animés des clients pour sa mini-série le "Barber Show". © DR
En chef d’orchestre charismatique du salon, Babs anime la plupart des conversations de ce haut lieu de la coquetterie masculine. Une atmosphère survoltée et une tchach qui n’ont pas échappé au regard affûté du photographe Hugues Lawson-Body, venu là par hasard quatre ans plus tôt pour se faire couper les cheveux. Babs devient vite son « coiffeur attitré » et, au fur à mesure de ses passages, le photographe se prend à imaginer d’y filmer un programme court « autour de cette bande flamboyante, drôle et stylée ».
Avocats, stylistes, médecins, bouchers ou chauffeurs, des hommes de la rue, et parfois aussi quelques femmes, se retrouvent à cette adresse pour s’épancher sans langue de bois sur tous les petits et grands sujets du quotidien. Les épisodes « Jay Z vs Kanye West », « Maintenant le mariage, c’est swag », « Lorsqu’un homme se déshabille, est-ce que c’est une pute ? », « Les vrais marabouts marchent là où les gens sont jaloux » et « Das Racist » reflètent la variété des thèmes abordés.

Cigare posé sur la table, Gaye, 38 ans, est l’autre personnalité forte du programme. Ami de toujours de Babs, ce salarié du groupe hôtelier Costes se bagarre avec gouaille pour défendre ses idées. Le premier épisode donne le ton en tentant de répondre à la question fashion et cruciale « T’es plutôt Jay Z ou Kanye West ? » Gaye argumente, tenace, dans un argot afro-anglo-titi parisien étonnant. La gestuelle est hyper expressive, les looks sont stylés et transgressifs. Les répliques cinglantes rythment la série dans des échanges parfois difficiles à suivre, où se mélangent tous les accents de l’Afrique et de la rue. Pas de complexes : les sous-titres sont là pour rattraper l’oreille du spectateur. L’objectif est de « faire comprendre au plus grand nombre que ces mecs-là, au-delà des clichés qu’on attend d’eux, pensent exactement comme le reste de la population française », explique Hugues Lawson-Body.

« L’identité française »
Né au Togo, ce Parisien dans l’âme de 38 ans immortalise depuis une vingtaine d’années des personnalités et des anonymes avec la même aisance : le réalisateur militant Spike Lee, le tennisman Jo-Wilfried Tsonga, le rappeur français Booba installé à Miami ou l’un des politiques les plus controversés de sa génération, Jean-Marie Le Pen, sont passés devant son objectif.

En 2010, Hugues Lawson-Body ressent « l’envie de réaliser des documentaires », un « processus naturel », dit-il, qui découle de son travail photographique. Combinant avec efficacité les codes de la comédie afro-américaine, les répliques saccadées du théâtre africain et la truculence de caractères solidement ancrés dans le paysage parisien, le Barber Show offre un point de vue unique sur la « culture black » en France. Il est porté par la magie de ces personnages du quotidien qui ont l’intuition de leur propre mise en scène et se plaisent à jouer littéralement leur propre rôle. Le montage fait le reste. « Les gens que je filme sont sensibles, intelligents et rigolos. La série a ce côté “Strip-Tease” où l’on dévoile une communauté », explique le créateur. Hugues Lawson-Body avait déjà exploré ce thème et celui de « l’identité française » avec son livre Jeunes Parisiens, publié en 2010, qui montre les visages d’une jeunesse mixte, hétéroclite, ultra stylée et décomplexée.

« On a une diaspora différente de celle des Américains et du coup, on en est fier », analyse Hugues, dont l’adolescence a été bercée par le film Un Prince à New York. « Le Barber Show est une fête sans tomber dans le cliché : l’Afrique, c’est sympa, tout le monde sourit et tout le monde danse. Mais c’est parce que ces gens sont conscients de la fragilité de nos petites vies éphémères qu’ils aiment la vie et en profitent encore plus aujourd’hui qu’hier », clarifie-t-il.
« Cosmopolite », « branché » et surtout « léger », le Barber Show tombe à pic. Dans le climat tendu de l’après Charlie et du 13-Novembre, les acolytes du salon Lucky Coiffure sont les stars d’un rendez-vous hebdomadaire tourné vers la mixité. Des tranches de vie qui ont tapé dans l’œil « pop » de Konbini, un média producteur de contenus originaux. Comptabilisant plus de 300 000 vues par épisode, la première saison du Barber Show cartonne et consolide son ancrage dans la réalité française contemporaine.

Source lemonde.fr

Par Amanda Winnie Kabuiku
Rédigé le Mercredi 17 Février 2016 à 13:02 | Lu 568 fois | 0 commentaire(s)






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La dernière édition parisienne du festival underground américain a révélé toute l'étendue des cultures afro-descendantes.

Un foisonnement de couleurs et de motifs influencé par l'Afrique
Né à Brooklyn en 2005, le festival alternatif Afropunk a essaimé aux quatre coins du monde, d'Atlanta à Londres, de Paris à Johannesburg en l'espace de treize ans. Présent pour la quatrième fois dans la capitale le week-end dernier, l'événement célèbre l'affirmation des cultures noires décomplexées et dénonce toutes formes de discriminations raciales, physiques ou sexuelles. « Ce mouvement traduit la volonté de dire que les Noirs ne sont pas associés à un type de musique en particulier », précise l'essayiste et documentariste Rokhaya Diallo qui a animé une des deux journées. « C'est une manifestation extrêmement bienveillante qui prône une forme de liberté que l'on croise dans le public », poursuit-elle. « J'adore m'apercevoir que le spectacle est autant parmi les festivaliers que sur scène, dans les looks des gens se dégagent quelque chose de spectaculaire. » Ouvert absolument à tout le monde, le succès de la formule repose sur un savant mélange d'une programmation musicale éclectique mêlée à la mode, l'art et la ripaille avec une vingtaine de food trucks. Preuve du succès, la manifestation a déménagé du Trianon à La Villette l'année dernière et affichait complet pour cette édition avec 8 000 personnes aux styles vestimentaires pointus. Poids plume à côté du mastodonte new-yorkais et de ses 90 000 spectateurs, la déclinaison française attire déjà les voisins, du Benelux à la Grande-Bretagne, puisque près de 40 % du public est étranger.

ROGER MAVEAU
28/11/2018





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