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BRICE TOUNDA

"On n'apporte pas à l'art la valeur qu'il mérite"

Depuis son retour à Brazzaville après un long séjour en France, Brice Tounda, jeune amateur d’art, a créé l'association Pass’réel, dont le crédo est la valorisation, la promotion et la vulgarisation de l’art congolais.


Brice Tounda
Brice Tounda
Tour à tour agent commercial, responsable commercial junior puis sénior, depuis son retour au Congo, Brice Tounda s’est attelé à investir dans son pays. Aux côtés de sa compagne qui est aujourd'hui son associée, il a monté divers sociétés, notamment dans le conseil, (Select Conseil et Communication), dans la production audiovisuelle, dans l'import export et même dans le nettoyage industriel, Mais l'enfant du pays, après un long séjour en France, reste aussi un militant culturel. Raison pour laquelle il a monté l'association Pass'Réel pour assurer la promotion de l'art congolais. C'est dans son bureau, au premier niveau de l’immeuble Nkounkou fils, à Bacongo, qu'il nous reçoit.

D'où vous est venue l'idée de créer une association culturelle?
Brice Tounda :
Je suis un grand amoureux de l’art, dans toutes ses déclinaisons. Et je me suis rendu compte que l’art congolais était, à quelques exceptions près, inexistant sur la scène internationale. Il y a des choses qui se font , je ne le nierai pas, mais je pense que la dimension qui nous est accordée ne représente pas les différents talents que nous avons. Donc nous avons décidé de créer l’association Pass’réel pour promouvoir, vulgariser et valoriser l’art congolais.

Comment s’est faite votre rencontre avec l’art ?
Brice Tounda :
Disons que ça part d’une frustration. J’ai toujours voulu être écrivain. Puis je me suis rendu compte, qu’au-delà de l’écriture, je pouvais faire beaucoup de choses, même si je n’étais pas à même de sculpter une belle œuvre d’art, de peindre un beau tableau ou, par exemple, comme les vanniers, de concevoir des sièges. (Il dessine toutefois quelques pièces produites ensuite par la Coopérative des vanniers congolais, ndlr). Je me suis dis qu’avec le parcours professionnel qui est le mien la parenthèse n’était pas fermée.

Quelle est l’actualité de l’association ?
Brice Tounda :
L’association Pass’réel existe depuis deux ans, et cette année, après avoir fait le Kercun (Kinshasa) en 2008, le Sama (Salon de l’artisanat et de la mode africains) égalemment en 2008, le Siao (Salon international des arts de Ouagadougou) toujours en 2008, nous avons décidé de nous atteler à la tâche de l’organisation du Fipa, la 1ère édition du Festival international de la parole qui devait se tenir à Dolisie du 22 au 29 août 2009. Pour des raisons budgétaires, nous avons décidé de repousser cette 1ère édition au mois de juin.

Au fait, pourquoi le nom Pass’Réel ?
Brice Tounda :
L’idée part d’une passerelle, d’où nous avons scindé le mot en deux : pass’ qui nous permet de passer d’un point à un autre, et réel dans la mesure où nous estimons simplement que l’art et l’artisanat congolais sont sous valorisés, sous promus et sous exploités en tant que tel.
Pass’Réel a une dimension très militante. Quel appel aimeriez-vous lancer aujourd’hui ?
Brice Tounda : Mon appel serait dirigé vers tous ceux qui estiment, qui veulent ou qui se doivent de participer à l’essor de l’art et de l’artisanat congolais au Congo et dans le monde entier. Le savoir-faire artisanal congolais est en train de mourir. Aujourd’hui, nous avons du mal à établir une feuille de route de notre histoire pour la simple raison que nous ne l’avons pas écrite. Pourtant nous l’avons faite cette histoire, nous l’avons vécue. Alors, demain écrivons la, faisons de façon à ce qu’on en garde les traces et qu’on puisse mesurer le parcours effectué.

Cet amour pour l’art n’est-il pas exacerbé par votre vécu en Europe ?
Brice Tounda
: Non parce qu’ici, on le côtoie, même si je pense qu’il est galvaudé dans le sens où on ne lui apporte pas la valeur qu’il mérite. Et je dirai même qu’il est méprisé parce que les artistes et les artisans sont sous valorisée chez nous. Il s’avère que le savoir-faire exploité jusqu’à ce jour risque de disparaitre, dans dix ans ou quinze ans, par manque de transfert de compétences. L’Occident m’a permis de pouvoir côtoyer tant des artistes de renom que de moindre importance, mais tous de qualité. L’art, en Occident, a une place qui est beaucoup plus importante que chez nous. Nous avons le musée Savorgnan de Brazza, et hormis la galerie du Congo qui est située à Mpila, celle du père et fils Ndinga et celle du marché plateau, nous n’avons que très peu de galeries. Nous n’avons que très peu de lieux d’exposition où la valorisation artistique se fait. La valorisation artisanale est, quant à elle, sectorisée, parce qu’on ne rencontre les vanniers que sur quelques artères de Brazzaville, à la rue de la Mfoa, vers le rond-point Bifouiti, à la Covaco (Coopérative des vanniers congolais) à Mpissa… Ils sont toujours considérés dans la plupart des cas comme des exceptions. Chez nous l’ameublement, les décorations sont occidentales sinon asiatiques.

Qu’est-ce qui a motivé votre retour au pays?
Brice Tounda
: On va dire un trop plein d’Occident et un gros manque de chez moi, de nos valeurs,…
Comme m’a dit un grand Monsieur : « la place de l’Africain est en Afrique ». Et pour paraphraser Kennedy : «Ne vous demandez pas ce que le pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays». Donc, moi, en retournant en Afrique, en étant l’initiateur de Pass’Réel, de la 1ère édition du Fipa et de la création de la Covaco, j’estime après avoir fait ces deux, trois pas et que ma place est ici, en tant que promoteur artistique et artisanal. Nous sommes en passe d’être signataires d’un protocole d’accord avec l’Ana (Agence nationale de l’artisanat Ndlr), nous sommes reconnus comme opérateur artisanal nous avons fait le Sama, le Kerkoun avec le groupe Musée d’art, puis le Siao (Salon international de l’artisanat de Ouagadougou)…

En matière d'artisanat, vous misez beaucoup sur la vannerie. Vous avez, d'ailleurs créer la Covaco.
Quelles sont exactement vos ambitions en la matière?

A la Covaco, nous avons à l’atelier un vice président, Didier Meya, et un chef d’atelier, Ulrich Massengo. Didier Meya rentre tout juste d’Algérie. Il a par ailleurs participé à plusieurs salons internationaux ; ce qui lui a permis d’acquérir différentes techniques. Ulrich et lui ont à chacun 15 ans d’expérience dans le métier. Là, nous sommes en train de voir avec le ministère de tutelle dans quelle mesure nous pourrions bénéficier de bourses d’échange, ce qui nous permettrait d’aller travailler à l’extérieur pour acquérir différents savoir-faire, ou faire venir des étrangers avec qui nous échangerions. Ainsi nous pourrions, à terme, avoir un atelier où nous pourrions former la seconde génération des vanniers qui mettrait sur le marché des produits qui soient autant utiles et agréables que fiables. Aujourd'hui, nous fabriquons des meubles originaux, en mettant un accent prononcé sur le design, l’ergonomie et la fiabilité, à l’exemple des sièges de forme plus ou moins conique qu’on appelle communément oreilles d’éléphant et qui ont 15 à 20 ans de durée d’existence. Mais nous produisons également des articles qui n’existent pas traditionnellement en vannerie au Congo. Des produits comme les montres, les sofas, des cades, des lustres, des méridiennes, des lits à baldaquin, des coffres,… A cela, je rajoute le fait que nous travaillons sur des matériaux entièrement naturels, et qu’il y a derrière un programme de développement durable qui fait que tout ce que nous prenons à la terre, nous le replantons et nous l’entretenons par la suite. Et c’est d'ailleurs exactement ce que nous faisons avec les bambous à Makana 2, dans la banlieue sud de Brazzaville.

Propos recueillis par Ifrikia Kengué Di-Boutandou

Propos recueillis par Ifrikia Kengué Di-Boutandou
Rédigé le Samedi 29 Mai 2010 à 18:02 | Lu 1136 fois | 0 commentaire(s)






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