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Aux frontières du hip hop africain

Le rap a conquis le monde. Ses rimes scandées sont présentes sur toutes les radios.
En un rien de temps, le hip hop est devenu une forme d’expression universellement partagée par des jeunes qui protestent, s’affirment et s’émancipent. Les sons ont un caractère cosmopolite, mais ils véhiculent toujours des histoires locales.


Terry da Rapman
Terry da Rapman
En 1999, Eminem sort son album Slim Shady, dont l’un des titres les plus connus est
«My name is…?». La star du rap y règle ses comptes avec la vie quotidienne aux États-Unis. Quelques années plus tard, au Nigeria, le jeune rappeur Terry da Rapman reprend cette chanson et en livre sa propre version sous le titre «I am a Nigerian.» Il imite parfaitement la manière de déclamer d’Eminem pour décrire sa vie au Nigeria. Dès les premières images du clip, il est évident que l’on ne se trouve pas aux États-Unis. Des pneus brûlent à l’arrière-plan tandis que la populace se livre au pillage dans des rues dévastées. Jouant finement de l’ironie,Terry dessine un portrait peu complaisant de lui-même et de ses concitoyens.
Il est fauché, il n’a pas de travail et sa petite amie se plaint que les hommes nigérians manquent de romantisme, car "they don’t buy expensive gifts"
(ils n’achètent pas de cadeaux chers). La suite du texte est de la mêmeveine: "Life is hard, I can nearly" survive, but like most Nigerians, I swallow my pride" (la vie est dure,
je survis à peine,mais comme la plupart des Nigérians, je ravale mon orgueil).Ou encore: «If a rich man offered a million buck to sleep with my wife, I’d be sure, take
her for half the price» (si un homme riche m’offrait un million pour coucher avec ma femme, je suis sûr qu’il la prendrait aussi pour la moitié du prix).


Le Nigeria sur une musique américaine

Aux frontières du hip hop africain
Terry a commencé à faire du hip hop en 1991. Mais les diverses formes locales du genre ne sont pas vraiment prises en considération sur la scène internationale. Depuis une bonne décennie, le hip hop est pourtant le langage qu’utilisent nombre de jeunes partout dans le monde pour affirmer leurs valeurs et leur identité. Un adage rebattu prétend que la
musique ne connaît pas de frontières. Cela dépend du genre musical, devrait-on ajouter après un coup d’œil sur les bacs des disquaires européens. Les échanges culturels entre l’Europe (l’Occident) et le reste du monde se conçoivent en termes de traditions régionales. Alors qu’un pays comme le Nigeria est perçu à travers ses traditions, on parle plutôt
de culture en ce qui concerne l’Europe. Cela transparaît par exemple dans les compilations distribuées sur toute la planète sous des titres tels que «global hip hop». Le «hip
hop mondial» désigne du hip hop auquel on a ajouté des éléments de musique traditionnelle
locale.Ce qui est recherché, c’est une sorte de «world music hip hop».Terry da Rapman n’entre pas dans cette catégorie. Sa musique tient en effet du plus pur style américain. Mais les idées qu’il transmet ne pourraient être plus locales et plus actuelles. L’imitation d’Eminem donne tout leur effet à ses chansons. Terry démontre premièrement qu’il connaît Eminem, car les jeunes Nigérians sont aussi branchés sur le monde, deuxièmement
qu’il peut rapper aussi bien que son modèle, et troisièmement qu’il peut en rajouter puisque
ses descriptions ironiques et grotesques de la vie au Nigeria prouvent que ce pays n’a rien
en commun avec l’Amérique.


La fête au son du kwaito

Bongo Maffin
Bongo Maffin
La culture musicale noire d’Afrique du Sud a connu un essor incroyable au cours des années
qui ont suivi les premières élections démocratiques de 1994. Après des décennies d’oppression sous le régime d’apartheid, l’Afrique du Sud noire s’est à nouveau donné une musique bien à elle: le kwaito.Apparu au début des années 90, le kwaito est
un mélange de house, de hip hop, de reggae, de musique des townships et de texte.C’est d’ailleurs au son du kwaito que l’Afrique du Sud a célébré la fin de l’apartheid.
Ses textes sont apolitiques et parlent surtout de faire la fête: l’ère de la résistance politique
s’achevait enfin. Quelques groupes de kwaito, comme Mafikizolo,Aba Shante ou
Bongo Maffin, se sont remis à puiser dans le répertoire traditionnel. «Il s’agit de fêter notre
identité retrouvée», explique Thandi, la chanteuse de Bongo Maffin. «L’apartheid avait tenté
d’anéantir tout ce que nous étions: notre langue et notre culture. Pendant longtemps,
l’Afrique a été pour nous une idée mythique, nul ne savait cequ’elle était vraiment. Lorsque
nous arrivons en Europe, tout le monde pense que nous allons chanter et danser des choses traditionnelles. Bien sûr, nous le faisons car c’est une partie de notre style,mais notre style a aussi été influencé par la house, le hip hop et le reggae.» Le style de Bongo Maffin, c’est une combinaison urbaine de traditions khosa et de musique des townships, un soupçon de Lauryn Hill et d’afro-romantisme, ainsi qu’un trait de mode streetwear internationale.
Bongo Maffin est le groupe qui a jusqu’ici rencontré le plus de succès à l’étranger.
Les grandes vedettes du kwaito, comme Zola et Mandoza, qui ne mêlent aucune mélodie ou instrument traditionnels à leur musique, mais chantent des textes zoulous sur des rythmes house ralentis, sont de parfaits inconnus sur la scène internationale. Ils partagent le sort de Terry da Rapman: on les ignore bien qu’ils représentent l’Afrique du Sud et fassent partie intégrante de son évolution. Aujourd’hui, une nouvelle vague de hip hop déferle sur l’Afrique
du Sud. Cette fois-ci, elle a pris
naissance au Cap et non à Johannesburg. Les groupes les plus connus, comme H2O ou
Skwatta Kamp, viennent des townships. Ils doivent leur succès au fait qu’ils rappent en zoulou, en khosa ou en scamto, le dialecte des townships.Une majorité de
la population se retrouve dans les histoires qu’ils racontent. Ce sont précisément ces histoires qui rendent le hip hop si captivant dans le monde entier, bien plus captivant
que des productions musicales traditionnelles.



* Jay Rutledge, journaliste indépendant, anime l’émission «Weltempfänger »
à la radio bavaroise. Il a aussi fondé son propre label musical, qui se concentre sur la musique jeune et urbaine du reste du monde.

Jay Rutledge / Un seul monde
Rédigé le Mercredi 10 Novembre 2004 à 00:00 | Lu 4186 fois | 1 commentaire(s)





1.Posté par Ekomy Ndong Mba le 20/07/2006 14:02 | Alerter
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